Maison François Cholat : une famille au service de l’entreprise

En 141 ans d’existence, la Maison François Cholat n’a jamais quitté le giron familial et la sixième génération de dirigeants est déjà sur les rails : découverte de l’entreprise iséroise à travers son histoire, sa stratégie et ses projets.

Aujourd’hui, la cinquième génération est aux manettes de l’entreprise : François Claude Cholat, président, à droite, et son frère François Christian, directeur général.

Aujourd’hui, la cinquième génération est aux manettes de l’entreprise : François Claude Cholat, président, à droite, et son frère François Christian, directeur général.

Basée à Morestel (Isère), la Maison François Cholat a été placée sur les fonts baptismaux en 1877. Et, depuis, la structure n’a jamais quitté le giron familial. « Je suis rentré dans l’entreprise en 1959, à l’issue de mon Service national, raconte François Marie Joseph Cholat. Mon père m’avait confié le moulin : une activité que je connaissais car j’y passais toutes mes vacances. Or, si cela se passait bien, je restais. Sinon, je devais trouver du travail ailleurs. » L’essai ayant été concluant, quelques mois plus tard, l’intéressé vit ses fonctions étendues à l’ensemble de l’entreprise (meunerie et nutrition animale). Nommé directeur en 1960, l’homme devint président de l’entité en 1970 et il demeura à ce poste jusqu’en 1983. « La meunerie était et est toujours contingentée (NDLR : cette disposition est antérieure à la Seconde Guerre mondiale) : les possibilités d’évolution étaient limitées. L’extension s’est faite via l’alimentation animale et j’ai créé une nouvelle activité : la collecte de céréales en cultures. Étant utilisateur de céréales, nous ne pouvions pas acheter directement : il fallait passer par un organisme agréé (coopérative, etc.). Cependant, en 1968, il devint possible pour un gros utilisateur de se faire agréer comme négociant-collecteur. Ensuite, l’entreprise connut un développement logique : semences, engrais, produits de traitement, etc. » Le chef d’entreprise a eu deux enfants : François Claude et François Christian. Le premier a fait une école de meunerie et, après son passage sous les drapeaux, il a intégré l’entreprise familiale. Le second a suivi des études générales puis a travaillé à l’extérieur avant de rentrer au bercail quelques années plus tard. « Quand j’ai dû choisir un successeur, j’ai réuni mes deux fils : une entreprise ne peut avoir qu’un seul patron. Or François Claude me semblait le plus apte à prendre la présidence, François Christian devenant directeur général, chargé de la branche alimentation animale. Entre 1983 et 2002, date de mon départ en retraite, j’ai continué à participer à la vie de l’entreprise, François Claude restant néanmoins le décisionnaire. Aujourd’hui, je défends les intérêts des actionnaires en tant que président du conseil de surveillance. J’apprécie de venir quelques heures par semaine pour garder le contact et voir l’entreprise évoluer : mon rôle de transmetteur s’est bien passé. »

Les changements qui affectent l’agriculture

Lorsque l’on interroge François Claude, le discours est le même : « Je travaille en binôme avec mon frère. Ma mission : transmettre l’entreprise à la génération suivante (NDLR : la sixième). J’œuvre à faire grandir la structure : nouvelles compétences et nouveaux métiers. Exemple : le bio. (…) La famille est au service de l’entreprise et non l’inverse ! En trente-cinq ans, mon frère et moi n’avons jamais eu de différent ! » Le dirigeant a en charge les activités suivantes : meunerie, collecte et approvisionnements. « Mon objectif est d’intégrer les changements qui affectent l’agriculture : climat et fluctuation des cours mondiaux. Par exemple, nous prenons une assurance sur le cours des céréales. (…) Par notre implication dans nos différents syndicats professionnels, nous arrivons à anticiper les évolutions législatives : nous sommes très soutenus. Par ailleurs, le personnel fait preuve d’une capacité d’adaptation impressionnante. ! » L’activité collecte (blé, maïs, orge, triticale, tournesol, pois protéagineux, soja, etc.) représente 200 000 tonnes. Un quart de ce volume sert pour les besoins de l’entreprise. Le reste est vendu en France et à l’export. Sur les 50 000 tonnes utilisées en interne, 30 000 tonnes sont destinées à l’alimentation animale.

Les locaux administratifs ont été construits en 1998 : la forme de la péniche renvoie l’image d’une entreprise en mouvement entre les bâtiments de production, d’après-guerre, et le moulin d’origine datant de 1461.

Les locaux administratifs ont été construits en 1998 : la forme de la péniche renvoie l’image d’une entreprise en mouvement entre les bâtiments de production, d’après-guerre, et le moulin d’origine datant de 1461.

Une traçabilité par département

« L’enjeu est d’avoir des céréales de la région, déclare François Claude Cholat. Pour la meunerie, on trace par département. Par exemple, nous transformons le blé de Savoie en farine de Savoie et le boulanger fabrique du pain de Savoie : nous fournissons tout le marketing qui va avec. (…) Nous cherchons à valoriser le travail de nos clients : nous leur apportons des produits qui leur permettent de se développer. Par exemple, le département de l’Isère a créé une marque départementale pour tout produit alimentaire et nous sommes les seuls à avoir dix-neuf farines agréées Isère. » En outre, en blé et en maïs, la structure garantit à ses agriculteurs un prix minimum sur trois ans. « Celui-ci permet aux agriculteurs de vivre de leur métier. Si le prix augmente, l’agriculteur en bénéficie et l’entreprise se couvre avec des assurances. » Pour vendre, l’entreprise dispose de trois équipes différentes, soit un total de soixante personnes : meunerie, alimentation animale et conseillers-préconisateurs en approvisionnement. Les enjeux : « Proposer le bon produit au bon moment ; trouver des solutions pour réduire les doses ; trouver des techniques alternatives aux produits phytosanitaires. Objectifs : préserver la nature et permettre à l’agriculteur d’avoir des résultats économiques intéressants. La démarche consiste à vendre moins de produits à l’hectare mais à trouver plus d’hectares chez de nouveaux clients : le développement se fera par la recherche et l’innovation. »

Gilles Hardy

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