L’Alimentation équine chevauche l’inconnu

Traditionnellement axées sur les activités et les acteurs professionnels du cheval de compétition, les marques abordent en ordre dispersé le cheval de loisir. Le périmètre de ce marché reste encore flou, mais il pourrait pourtant constituer la principale perspective de croissance de la nutrition animale dans un proche avenir.

À côté de l’événement sportif, la Grande Semaine de Fontainebleau est aussi un rendez-vous économique incontournable de la filière équestre. Les fournisseurs d’aliment pour chevaux ont profité de ce rendez-vous pour réunir l’assemblée générale du Club de nutrition équine française (Cnef) et désigner son nouveau président, Éric Touzaint. Les industriels ont également tenu conférence et abordé le thème de la contamination des aliments par les Substances Naturelles Alimentaires Prohibées (SNAP) dont les implications dépassent largement la lutte antidopage. Enfin ce temps fort professionnel permet à la Revue de l’Alimentation Animale de faire le point sur ce marché très particulier de la nutrition équine.

Certes la nutrition équine occupe une place totalement à part dans l’industrie de l’aliment pour animaux. Avec une production d’aliment évaluée à 260 000 tonnes, le marché du cheval ne représente qu’1 % du tonnage total de l’alimentation animale, mais nettement plus en valeur… Sur la base de 1 kg par jour et par tranche de 100 kg de poids d’animal définissant le besoin alimentaire des chevaux, le taux de couverture de l’alimentation équine représenterait moins de 15 % du potentiel théorique des quantités nécessaire à l’alimentation du million de chevaux vivant en France.

Le marché réel et ses marges de progression restent difficiles à évaluer. Le monde équestre est en effet extrêmement hétérogène. L’élevage professionnel jouxte l’élevage amateur, les chevaux sportifs qui représentent l’archétype du cheval client des marques de la nutrition équine ne représentent qu’une infime minorité de la population. Axées sur les activités « encadrées », les statistiques équines n’apportent qu’une vision partielle du marché.

 Cheval de loisir, le grand inconnu

Dans sa thèse, le docteur vétérinaire Anne Desbordes (Université de Toulouse) constate une augmentation continue du nombre de chevaux de loisirs durant la dernière décennie ; elle estime que 42 % de l’ensemble des chevaux appartient à des propriétaires étrangers à toutes formes de structures officielles. C’est à ce niveau que se situent probablement la « matière noire » du marché de l’alimentation et aussi sans doute les plus grandes marges de progression de l’alimentation équine. Reste que ce segment du cheval de loisir (voire de compagnie), est le plus difficile à appréhender par des professionnels habitués à répondre aux attentes des chevaux de courses. Au final, la profession semble minimiser le phénomène du cheval de loisir, les pratiques « libres » et les propriétaires « informels » de chevaux.

Pour autant le marché « officiel » de l’élevage équestre est également très disparate dans ses pratiques et dans ses performances économiques. Il apparaît clairement que la clientèle est très segmentée et que ses besoins sont très variables. Si les marques se préoccupent beaucoup de la nutrition des chevaux, elles auraient peut-être aussi à gagner à renforcer leur connaissance marketing des « maîtres du cheval » qui ne sont pas tous, et loin s’en faut, des éleveurs de chevaux sportifs. Chez Sopral, qui est rattaché au groupe Glon depuis début 2011 (voir RAA 646), la segmentation entre les marques n’est pas taboue. « Dynavena est plus orientée sur la recherche de la performance et s’adresse plus directement aux écuries et aux élevages de course tandis que Sanders oriente plus son offre vers les clubs sportifs », explique Xavier Lippens, directeur commercial cheval pro de Sopral.

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Politique de marque

Les apparences sont trompeuses. En vitrine il existe toujours 11 marques mais en coulisses il n’y a plus que 4 maisons mères. La coopérative Triskalia et sa marque Equigold ; la société Lambey avec la marque éponyme et son allié Trophy ; le groupe Sopral et les marques Dynavea, Sanders et Spiller et enfin le groupe InVivo NSA, qui intègre à des niveaux différents Destrier et Royal Horse, UAR, DP Nutrition et Team, qui dépendent du groupe Evialis. Ainsi des marques qui étaient historiquement concurrentes se retrouvent aujourd’hui dans le même giron industriel. Pour le moment les groupes dont elles dépendent ne leur ont pas demandé de se fondre et de regrouper leur force commerciale. « Il n’y aurait aucun intérêt à le faire. Nos marques sont fortes et les clients y sont attachés », explique François Fournier. « Nous restons totalement différents », confirme Éric Touzaint, également directeur de Royal Horse. Même si elles peuvent être amenées à partager des outils industriels, les marques de la nutrition équine conservent leurs griffes marketing, leur formulation spécifique et leur propre stratégie de recherche et développement. Comme dans la haute couture, la logique de la marque prévaut sur la logique industrielle…

François Delaunay

… Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 651 – novembre 2011

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