Journée Réséda : les coproduits, un enjeu stratégique pour les filières

Réséda a présenté, mercredi 22 novembre à Paris, sa nouvelle enquête sur les gisements et les valorisations des coproduits des industries agroalimentaires. Rassemblant plus de 150 participants, cette journée fut également l’occasion d’élargir la réflexion aux enjeux liés aux coproduits : le gaspillage alimentaire et la bio économie.

Au regard des enjeux et des nouvelles politiques relatives à l’usage de la biomasse (paquet économie circulaire, loi sur la transition énergétique, stratégie nationale de bio économie, etc.), Réséda, plateforme d’échanges, de réflexion et de veille autour de la chaîne de production des denrées animales, a décidé de mettre à jour son enquête réalisée en 2008 sur les gisements et valorisations des coproduits des industries agroalimentaires (IAA). Les principaux enseignements de cette nouvelle enquête, qualifiée de « base de données totalement nouvelle » par Bénédicte Renaud, directrice Réséda, ont été dévoilés devant plus de 150 personnes, le 22 novembre 2017 à Paris.

Houmaïrat M’Madi, en charge de l’enquête enquête sur les gisements et les valorisations des coproduits des industries agroalimentaires.

Houmaïrat M’Madi, en charge de l’enquête enquête sur les gisements et les valorisations des coproduits des industries agroalimentaires.

Avant toute chose, Houmaïrat M’Madi, en charge de l’enquête, a rappelé la définition des coproduits retenue par Réséda : « Il s’agit de l’ensemble des flux des industries agroalimentaires autres que ceux destinés à l’alimentation humaine en première intention (anciennes denrées alimentaires, sous-produits, sous-produits animaux, résidus, écarts de tri et de transformation, etc.). Les déchets organiques sont inclus à l’exception des boues, effluents et eaux de lavage. » Ce qui représente 12,1 millions de tonnes de matière sèche en 2017, soit 2 millions de tonnes (23 %) de plus qu’il y a dix ans. « Les politiques publiques concernant les biocarburants sont la principale raison de cette progression, souligne Bénédicte Renaud, ajoutant cependant que les incertitudes pesant sur le développement de ces biocarburants en Europe pourraient impacter les volumes dans le futur. »

« Les chiffres, dont l’année de référence est 2016, correspondent à la production nationale des IAA, les importations de coproduits sont exclues », précise Houmaïrat M’Madi. Le secteur des oléagineux domine le gisement national avec 29 % du volume. Suivent la sucrerie (14 %) et l’amidonnerie-féculerie (13 %). « À eux trois, ces secteurs génèrent plus de la moitié des coproduits des IAA françaises enquêtées. » La distillerie, meunerie, transformation de la viande, des produits de la pêche et de l’aquaculture, industrie laitière et vin pèsent chacun autour de 8 %. Trois secteurs notent une progression majeure : les oléagineux (+1,6 Mt de MS), la distillerie (+1,6 Mt de MS) et la brasserie (+40 000 t de MS). « Le périmètre étudié diffère peu avec l’ajout des secteurs de la semoulerie de maïs et du vin mais l’absence des secteurs conserverie légumes, biscuiterie, céréales pour petit-déjeuner et alimentation infantile. »

Quinze secteurs enquêtés

Toutes ces données ont été collectées auprès des organisations professionnelles et interprofessionnelles de quinze secteurs producteurs de coproduits : treize filières de la 1re transformation (meunerie, amidonnerie, abattage-découpe) et deux industries de 2e transformation (brasserie, distillerie). « Nous nous sommes focalisés sur le périmètre de la transformation, explique Houmaïrat M’Madi. Lorsqu’un secteur ne disposait pas de données récentes, une enquête était réalisée auprès des entreprises par leur organisation professionnelle et les résultats étaient extrapolés à l’ensemble du secteur. » Pour les secteurs ne disposant d’aucune donnée sur les coproduits, un questionnaire a été envoyé aux entreprises adhérant à l’organisation professionnelle. « Ce questionnaire portait notamment sur la perception du répondant sur les enjeux et perspectives autour de la valorisation des coproduits. Il en est ressorti que les trois principaux facteurs influençant le choix pour la valorisation des coproduits sont le facteur économique, les caractéristiques du coproduit et la règlementation, notamment relative à la sécurité sanitaire. » Au total, 34 organisations ont été contactées, 29 ont accepté de participer.

Bénédicte Renaud, directrice de Réséda, plateforme d’échanges, de réflexion et de veille autour de la chaîne de production des denrées animales.

Bénédicte Renaud, directrice de Réséda, plateforme d’échanges, de réflexion et de veille autour de la chaîne de production des denrées animales.

« Pour fiabiliser au maximum les données et afin de compléter le volet qualitatif de l’enquête, des recoupements ont été faits grâce à des entretiens directs avec des experts de l’Inra, de l’Observatoire national de la ressource en biomasse de FranceAgriMer ainsi qu’auprès des organisations professionnelles des secteurs valorisant les coproduits, comme les industries de la fertilisation, de la nutrition animale et les intermédiaires entre industries alimentaires et alimentation animale. » La hiérarchie dans les voies de valorisation est maintenue par rapport à l’enquête de 2008 : la nutrition animale est largement en tête avec 76 % des volumes, dont 60 % pour l’industrie, 12 % en direct élevage et 4 % pour les animaux de compagnie. « L’utilisation des coproduits en nutrition animale a augmenté de 43 % en dix ans », souligne Bénédicte Renaud. 15 % sont ensuite utilisés dans d’autres valorisations industrielles telles que la pharmacie, la cosmétique, etc. Viennent ensuite les valorisations agronomiques (fertilisation, épandage, compostage) avec 6 % et les valorisations énergétiques (combustion, méthanisation) avec 3 % des volumes.

Le rapport contient, pour chaque secteur, une fiche spécifique « exhaustive et très visuelle » qui reprend les modalités de la collecte, la nature et la représentativité des données, qui présente la filière puis la nature et les caractéristiques des coproduits ? Suivent les volumes et les voies de valorisation et, enfin, les principales évolutions depuis 2007 avec les perspectives. Chaque fiche est assortie d’un schéma de process présentant les principaux coproduits et un schéma de synthèse des voies de valorisation de la filière. « Chacun, entreprise ou organisation professionnelle, pourra s’emparer de ce rapport pour valoriser sa propre position dans l’économie circulaire ou bien encore identifier des voies d’optimisation. » Notamment grâce à une approche territoriale renforcée et un dialogue accru entre les différents acteurs.

Ermeline Mouraud

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