Sylvain Bedfert, éleveur du groupement de porcs Bio Direct et les responsables techniques Mickaël Auroy (Fermiers de Janzé) et Emmanuel Réveillère (Aliment Mercier) témoignent des stratégies de leurs structures en matière d’alimentation.

Filière : le Space attire les futurs éleveurs bio

Chaque année les acteurs de la filière s’y installent. L’objectif : informer les producteurs à travers des conférences et un pôle bio Grand Ouest. Côté nutrition animale, le salon est un reflet des évolutions.

Quatre conférences à thématiques bio ont eu lieu cette année à destination principalement des producteurs, le moment de prendre le pouls de cette filière en plein boom. Parmi les enjeux récurrents, l’autonomie alimentaire. Au vu du coût élevé des intrants en bio et des aléas climatiques, les éleveurs sont encouragés à utiliser des pratiques résilientes et efficientes. C’est aussi la mise en avant de l’origine France, tant pour la cohérence d’un système voué à la proximité, que la sécurisation des matières premières. Le fabricant d’aliment Mercier a témoigné sur ce point. Un répertoire bio est édité à l’occasion du salon. Cette année près d’une centaine d’opérateurs, dont en nutrition animale, y figurent.

Sylvain Bedfert, éleveur du groupement de porcs Bio Direct et les responsables techniques Mickaël Auroy (Fermiers de Janzé) et Emmanuel Réveillère (Aliment Mercier) témoignent des stratégies de leurs structures en matière d’alimentation.

Sylvain Bedfert, éleveur du groupement de porcs Bio Direct et les responsables techniques Mickaël Auroy (Fermiers de Janzé) et Emmanuel Réveillère (Aliment Mercier) témoignent des stratégies de leurs structures en matière d’alimentation.

Autonomie, équilibre, proximité, développement

Ces enjeux de fond en bio ont été abordés lors des conférences. En porc, l’aliment représente près de 70 % du coût de production. Bio Direct, principal groupement, encourage la fabrication d’aliments à la ferme (Faf) et impose un lien au sol de 50 % (20 % dans le cahier des charges européen). En volailles et pondeuses, l’aliment est plus souvent acheté en totalité. Ces productions sont en plein boom. À tel point que le Synalaf, le syndicat des labels avicoles LR et bio, tire la sonnette d’alarme sur un risque réel de surproduction. Il s’agit aussi d’assurer le précieux équilibre entre productions animales et végétales sur le territoire en se conformant à la réglementation. « Il faut trouver un équilibre entre production de céréales, protéagineux et volailles en développant des accords avec des céréaliers bio », souligne Emmanuel Réveillère, responsable technique pour le fabricant Aliments Mercier (voir ci-dessous). En ruminants, l’autonomie alimentaire autour de l’herbe est centrale, mais aussi l’évolution et la diversité des assolements pour faire face aux aléas climatiques. Toutes les filières animales sont en développement. Triballat et Agrial ont évoqué un manque de lait caprin pour répondre aux attentes du marché et la recherche de nouveaux producteurs. Agrial compte relocaliser 4 millions de litres de lait de chèvre bio pour fabriquer sa buchette Soignon bio, qui l’est actuellement avec du lait belge. Plusieurs programmes de recherche ont été évoqués, Optialibio et Résilait pour les ruminants, Sécalibio et Ok-Net EcoFeed en monogastriques. Ces derniers intéressent les fabricants d’aliments. Le premier vise à sécuriser les systèmes alimentaires et le second, à accompagner les producteurs vers un aliment 100 % bio (prévu en 2022) en favorisant les matières premières locales.

L’autonomie aussi pour les fabricants d’aliments

Acteur historique en bio, le fabricant vendéen Aliments Mercier a présenté sa démarche lors de la conférence l’autonomie alimentaire, une force pour les élevages de monogastriques organisée par Initiative Bio Bretagne (IBB) et Inter Bio Pays de la Loire. La première certification bio (Ecocert) a été obtenue en 1992 et l’usine l’est à 100 % depuis vingt ans. Elle produit aujourd’hui 30 000 t d’aliments bio pour différents cahiers des charges. Une partie est fabriquée avec des matières premières d’origine France et 100 % bio. « On y parvient avec certains partenaires, mais il y a un manque de 50 % de matières premières au niveau français pour répondre à tous les besoins, explique Emmanuel Réveillère, rappelant la nécessité d’avoir recours à l’import pour d’autres cahiers des charges. « Cela ne signifie pas moins qualitatif car nous sommes très pointilleux sur la traçabilité et on s’interdit certaines provenances », précise-t-il. Depuis deux ans, le fabricant renforce son objectif d’autonomie. La trituration en interne de graines de soja françaises (Soleil de Loire) « enlève déjà une étape de risque ». La position d’Aliments Mercier en Vendée favorise l’achat de maïs, blé, pois, fèverole, voire soja avec des coopératives et producteurs en direct. « Des contrats avec des céréaliers proches de l’usine sont passés sur 4 à 5 ans avec prix garanti », expose le responsable. Quant à Poulet de Janzé, spécialisé en poulet plein air depuis 1980 (Label Rouge, IGP), ce groupement de producteurs s’investit en bio depuis un an. « Nous fournissons 4 000 poulets bio par semaine au groupe LDC », explique Mickaël Auroy, responsable technique. L’achat d’aliments est l’orientation choisie pour « sécuriser l’homogénéité des produits ». Un contrat est passé avec l’Ufab, en Ille-et-Vilaine, proche du bassin de production. « Par cohérence et respect des valeurs bio », aucun atelier n’est créé sans terre. « Nous réfléchissons à la mise en place de contrats-cadre pour que nos producteurs soient de plus en plus apporteurs de mélanges céréaliers bio au fabricant d’aliment car nous sommes encore déficitaires sur ce point », précise Mickaël Auroy.

F. Ripoche

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