La digestibilité des éléments nutritifs d’un aliment peut être influencée par de nombreux facteurs dont l’état et le stade physiologique des animaux.

Face à la crise : la filière cunicole en pleine mutation

La consommation de lapin continue sa vertigineuse descente. La filière est par ailleurs touchée par une maladie hémorragique virale hautement contagieuse qui n’épargne aucune région et laisse les élevages touchés exsangues. Toute la profession s’est réunie lors des récentes Journées de la recherche cunicole pour se serrer les coudes et imaginer des solutions d’avenir pour cette filière en pleine mutation.

La digestibilité des éléments nutritifs d’un aliment peut être influencée par de nombreux facteurs dont l’état et le stade physiologique des animaux.

La digestibilité des éléments nutritifs d’un aliment peut être influencée par de nombreux facteurs dont l’état et le stade physiologique des animaux.

La baisse de consommation des viandes impacte tous les produits carnés ces derniers mois en France. Sur l’ensemble des viandes fraîches, elle est de -2,6 % en 2015, -2,5 % en 2016 et -1,2 % en 2017 (1). Le lapin est particulièrement affecté : les observateurs du marché estiment qu’en 2017, elle a connu un recul de -15 %. Selon l’Itavi (2) : « En France, la viande de lapin est particulièrement touchée avec une consommation de 810 g/habitant/an en 2015, contre 1,42 kg en 2000, soit -42 % sur la période concernée. Sur la même période, la consommation totale de viande a baissé de -9,7 %, à 90 kg/habitant/an en 2015. »

« La GMS représente 70 % des volumes de viande de lapin écoulé sur le marché, rappelle Dominique Le Cren, animatrice de l’interprofession cunicole Le Clip. Or les perspectives d’achat continueront de baisser car le rayon est travaillé en volume, en masse. Les gammes courtes comme le lapin sont plus délicates à gérer pour les GMS. Cette dernière n’a pas la capacité à mettre le lapin en valeur. Et cela sera encore plus vrai si nous nous engageons dans une démarche de segmentation dont nous pensons qu’elle peut être source de croissance et de plus-value. Nous pensons que nous devons rééquilibrer nos marchés vers les circuits traditionnels. Ce qui est déjà en partie fait car le traditionnel représente déjà un poids plus important en lapin qu’en d’autres viandes. » L’interprofession a donc engagé un vaste chantier de réflexion pour chercher des idées nouvelles afin de défendre la spécificité de la viande du lapin : produits régionaux, circuits courts, nouveaux réseaux de distribution en mutation, etc.

Une grave crise sanitaire

Cette crise économique se double, depuis plusieurs mois, d’une grave crise sanitaire : les élevages sont atteints d’une mystérieuse maladie hémorragique virale, la VHD, Viral hemorrhagic disease (ou RHD pour Rabbit hemorrhagic disease). « Cette maladie a été décrite pour la première fois en République populaire de Chine en 1984, apparemment chez des lapins angoras importés d’Allemagne, a rappelé Ghislaine Le Gall-Reculé, chercheuse à l’Anses, lors de la session pathologie des récentes Journées de la recherche cunicole (JRC). Elle a été détectée dès 1986 en Europe, en Italie, et le premier cas a été répertorié en France en juillet 1988 sur des lapins domestiques du département de la Haute-Saône. » L’agent étiologique est le Rabbit hemorrhagic disease virus (ou RHDV). C’est un virus de la famille des Caliciviridae, genre Lagovirus. La très forte contagiosité du virus, sa persistance dans l’environnement et notamment dans la matière organique, et sa transmission efficace via un transport passif par des objets contaminés ou par l’intermédiaire de vecteurs (insectes, oiseaux, mammifère charognards, homme) explique sa rapide diffusion géographique sur tout le territoire. Alors que des procédures vaccinales se mettaient en place en 2010, un nouveau génotype de RHDV, nommé RHDV2, a été identifié dont le profil antigénique unique, échappe partiellement à l’immunité dirigée contre les souches de RHDV, y compris les souches vaccinales. Il s’est diffusé en quelques mois sur tout le territoire français où il a désormais remplacé complètement le virus classique. « L’épidémiologie de la RHD a changé avec l’émergence du RHDV2, décrit le vétérinaire Samuel Boucher. Ainsi, la maladie présente des différences en termes de durée de la maladie un peu plus longue, de taux de mortalité variables (de 30 à 80 %), d’une plus forte proportion de formes chroniques, et surtout, de sa capacité à infecter et à induire des mortalités chez les très jeunes lapereaux jusque-là épargnés. »

Le lapin découpé perd moins de part de marché que le lapin entier qui est lui en grande perte de vitesse.

Le lapin découpé perd moins de part de marché que le lapin entier qui est lui en grande perte de vitesse.

La Fédération des groupements d’éleveurs de lapins Fenalap estime le préjudice de cette maladie en 2017 à 2 millions d’euros pour la filière. « Pour sauver notre filière de ce désastre, nous devons aujourd’hui adopter un plan de vaccination massif, explique le président de la Fenalap Serge Lefèvre, lui-même éleveur de lapins. Mais nous, éleveurs, n’avons pas les moyens financiers de supporter le coût des vaccins et ceux de leur administration, car nous parlons là de vacciner tous les lapereaux d’un élevage soit plusieurs milliers d’animaux. Nous estimons le coût d’une telle campagne de vaccination à l’échelle nationale à 10 millions d’euros, le maillon de la production n’a clairement pas les moyens de l’assumer. Cette crise est un accélérateur des arrêts d’élevages. »

Le secteur de l’élevage cunicole a ainsi enregistré un recul de 15 000 femelles en 2016 et de 13 000 femelles rien que sur le premier semestre 2017. La profession s’est engagée dans la signature d’un pacte d’avenir dont elle espère qu’il permettra de faire émerger l’élevage de lapin du futur pour conduire la nécessaire mutation de la filière.

(…)

Supplémentation en lysine

Emeline Grand, du service cunicole de Neovia, a présenté une étude examinant les effets d’une supplémentation en lysine lors des périodes périsevrage et finition (29-35 j, 35-49 j et 49-70 j) sur les performances des lapereaux (ici de souche Hyplus). Plusieurs aliments variant les niveaux de lysine ont été distribués aux animaux. Concernant la période avant sevrage, 29-35 j, le résultat montre une amélioration du GMQ des lapereaux ayant consommé l’aliment à haute teneur en lysine (0,84 % contre 0, 58 %) de +29 %. « Ce résultat est original car, jusque-là rien n’a été publié sur l’impact d’une supplémentation en lysine sur la période pré-sevrage concernant les performances de croissance des lapereaux », souligne-t-elle. Pour la période 35-49 jours, les résultats montrent une amélioration de +2,3 % de l’indice de consommation lorsque le taux de lysine est élevé.

Extrait de menthe et microalgues

Michel Colin, de la société Copri, a étudié les effets de la supplémentation en extrait de menthe pouliot sur la reproduction et la croissance des lapins. La menthe pouliot (Mentha pulegium) est connue pour ses nombreux principes actifs susceptibles d’avoir un effet positif sur la santé des animaux : des actions immunomodulatrices, analgésiques, antivirales, antioxydantes, antibactériennes et antifongiques sont documentées dans la bibliographie. Michel Copri relate le résultat de trois expérimentations : deux en engraissement (mai-juin 2013 et mars-avril 2014) et une troisième à la fois en maternité et en engraissement (mars à juin 2016). Le principe actif de l’extrait de menthe pouillot est obtenu par décoction selon un procédé mis au point par la société Tecnovit. Il conclut à des effets faibles sur la croissance et la mortalité mais suggère un effet de l’extrait sur le microbiote et donc préconise d’éviter de l’utiliser uniquement en maternité ou seulement en engraissement afin de ne pas déstabiliser la flore. Des tests hédoniques ont par ailleurs abouti à des résultats contradictoires : « Les notations ont été favorables aux râbles de lapins nourris avec des aliments contenant de la menthe pouliot alors qu’elles ont été défavorables pour la cuisse. »

Michel Copri a également présenté des résultats concernant l’incorporation de microalgues (Schizochytrium) dans l’alimentation des lapins et leurs effets sur leurs performances en engraissement et sur la teneur de leur viande en DHA (acide gras oméga-3 à longue chaine). Sept expérimentations regroupant 4 919 lapins ont permis de tester l’incorporation de cette source de DHA originaire de micro-algue dans le régime alimentaire des lapins et de valider la possibilité d’enrichir la viande en DHA, ouvrant la voie à des allégations santé.

(…)

Matières premières fibreuses

Gwenaël Rebours, de la firme-services Techna, a présenté une étude sur la comparaison entre deux méthodes de dosage de la fraction ligneuse sur les matières premières fibreuses. « Les fibres sont un constituant important des aliments pour lapins car, outre leur rôle de nutriments, elles ont un effet sur le niveau d’ingestion, la vitesse de transit des aliments et elles constituent le substrat majeur du microbiote caecal, ce qui n’est pas sans effet sur le risque digestif, a-t-il introduit. Deux méthodes de dosage de la fraction ligneuse sont normalisées selon les normes Afnor françaises et européennes : la méthode de la lignine sulfurique, et la méthode de Van Soest qui est une procédure séquentielle. » L’étude qu’il a présentée, a consisté d’abord à comparer ces deux méthodes sur plusieurs matières premières et sur un mélange fibreux, le Lapilest, utilisés en alimentation cunicole. Sur un panel de matières premières, il ressort des écarts entre les deux méthodes d’analyses du résidu ligneux variables selon les matières premières notamment pour les produits du raisin, pulpes et pépins, pour lesquels la méthode d’ADL de Van Soest révèle des niveaux supérieurs à la méthode de la lignine sulfurique (entre +4,4 points et +8 points).

Logiquement, ces mêmes différences se retrouvent sur les analyses de l’aliment formulé : « Des valeurs ADL supérieures par la méthode de Van Soest à celles de lignine sulfurique pour les produits issus du raisin expliquent cette différence. » Gwenaël Rebours conclut que « la méthode de la lignine sulfurique qui respecte mieux l’additivité des résultats analytiques lui donne plus de pertinence pour caractériser la fraction fibreuse des matières premières et des produits finis intégrant des produits du raisin ».

Pour trouver l’origine de cet écart analytique, l’équipe de Gwenaël Rebours s’est penchée sur les composés phénoliques des produits issus du raisin. Leur richesse en polyphénols et particulièrement en flavonoïdes explique cet effet : en présence de tannins (composés phénoliques), l’étape d’attaque au détergent neutre de la méthode Van Soest engendre des complexes avec les protéines.

Françoise Foucher

(1) Données Kantar ; estimation 2017 basée sur les trois premiers trimestres 2017.

(2) Structure et organisation des filières cunicoles en Europe. Analyse comparée des filières espagnole, italienne, hongroise, belge et néerlandaise, étude présentée par l’Itavi lors du Space 2017.

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