Congrès Coop de France : à la (re)conquête du consommateur

À l’heure de la mondialisation, le made in France n’a jamais eu autant le vent en poupe. Alors que la société porte un regard critique sur l’agriculture et l’alimentation, la course au prix bas semble toucher à son terme et la recherche de la qualité autant que la volonté d’un acte d’achat citoyen pourraient devenir une source de compétitivité. C’est du moins ce que pense et veut encourager Coop de France, qui organisait son congrès annuel le 18 décembre 2013.

« Nous sommes convaincus que ce n’est pas une crise que nous traversons. C’est la fin d’un modèle », alerte Hubert Garaud, président du pôle animal de Coop de France.

« Nous sommes convaincus que ce n’est pas une crise que nous traversons. C’est la fin d’un modèle », alerte Hubert Garaud, président du pôle animal de Coop de France.

Coop de France Nutrition Animale fait le constat de grandes difficultés pour les filières françaises de productions animales lors du dernier exercice. La crise de la viande de cheval a mis en lumière la complexité des circuits d’approvisionnement et généré une crise de confiance des consommateurs dans les produits animaux élaborés, venant renforcer celle touchant globalement l’alimentation. Les filières animales sont de plus en plus souvent interpellées sur les modes d’élevage et d’alimentation des animaux malgré la mise en place d’actions et l’amélioration de pratiques. Cependant, ces bonnes pratiques sont souvent méconnues et les professionnels peinent à les valoriser et à capitaliser dessus.

 Penser « filière »

Pour remédier à cette situation, le syndicat propose de « réfléchir par filière » en partant du point de vue de la perception par le consommateur. Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition Animale, analyse : « Chaque maillon, depuis la nutrition animale et ses fournisseurs de matières premières jusqu’aux distributeurs de produits animaux en passant par les éleveurs, les abatteurs, les industries de première et seconde transformation…, dispose de fragments de réponse qui ne peuvent suffire à eux seuls mais qui, conjugués à ceux des autres maillons, peuvent former un engagement cohérent de filière en phase avec les attentes des consommateurs. (…) Les fabricants d’aliments pour bétail ont un rôle dans la construction de filière ; nous avons comme ambition d’être des partenaires des filières plutôt que des fournisseurs. » De plus, une mise en avant du savoir-faire des filières françaises pourrait ainsi rassurer les consommateurs et valoriser l’exigence française.

Cette stratégie a été appuyée par Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l’agroalimentaire, qui soulignait dans son discours la « nécessité de parvenir à structurer des filières durables, avec comme priorités de créer de la valeur, dans une logique de ‟marques” et donc de reconnaissance des savoir-faire, ainsi que de l’adaptation des entreprises au marché et donc aux besoins des consommateurs. »

« Nous sommes 3 000 entreprises au cœur des territoires, nous sommes 600 000 hommes et femmes, agriculteurs, coopérateurs et salariés, nous sommes la coopération agricole » scande le film publicitaire de la coopération agricole.

« Nous sommes 3 000 entreprises au cœur des territoires, nous sommes 600 000 hommes et femmes, agriculteurs, coopérateurs et salariés, nous sommes la coopération agricole » scande le film publicitaire de la coopération agricole.

 Faire d’Oqualim une marque

Après cinq années d’existence, Oqualim entame une nouvelle phase de sa croissance et renforce sa structuration dans le cadre de la maîtrise de la qualité sanitaire des aliments pour animaux. La certification Oqualim devrait bientôt représenter près de 90 % des volumes mais là non plus, les efforts mis en place ne sont que très peu connus du grand public et ne sont donc pas valorisés. Dans un esprit de pragmatisme économique, Coop de France Nutrition Animale ambitionne de faire d’Oqualim une marque d’ici deux à trois ans et de répondre ainsi de manière plus spécifique aux attentes des consommateurs. Cela se traduirait par un étiquetage garantissant aux consommateurs les meilleurs standards de l’alimentation animale.

Le syndicat adopte ainsi une démarche offensive. « Il faut avoir de l’audace » lance Jean-Luc Cade. (…)

 La fin d’un modèle

La reconquête du consommateur passe par une plus grande transparence pour lever le rideau de la méconnaissance du travail et de la valeur ajoutée des filières agricoles et regagner un peu de confiance auprès du grand public. « Militons pour une distinction entre la production nationale et les importations. L’origine du produit doit faire partie de l’information » lance-t-il à l’adresse de Guillaume Garot. « Plaçons l’acte d’achat comme un geste citoyen en communiquant sur les conditions d’élaboration du produit, apportons de la valeur au consommateur au travers de l’environnement, du sanitaire, du bien-être. » Ainsi, la création de valeur pourra se traduire par l’innovation d’un produit qui répond à la demande sociétale comme le bien-être animal, l’origine France ou celle des aliments consommés par l’animal. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture venu clôturer la journée du 18 décembre, est lui aussi partisan de la politique de l’offre pour gagner en compétitivité : « La double performance économique et écologique et la restauration de la compétitivité vont de paire. »

 Par ailleurs, le poids démesuré de la grande distribution dans les négociations est pointé du doigt et accusé d’avoir mené une guerre des prix dont l’agriculture est la principale victime.

« Nous devons construire une relation commerciale avec la grande distribution. Certains pays voisins ont su développer une relation de filière qui respecte l’ensemble des maillons interdépendants ». En s’organisant en filières, producteurs et transformateurs feraient le poids lors des négociations face aux géants de la distribution. Les répercussions bénéficieraient à l’ensemble de la chaîne jusqu’aux agriculteurs en passant par les fabricants d’aliments.

Emilie Auvray

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 673 – Janvier/février 2014

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