Chouvy, l’irréductible Auvergnat

Dans la région Centre-Auvergne, les opérations de rapprochement se sont multipliées ces dernières années pour donner naissance à des opérateurs de grande taille, aux multiples visages et aux ramifications très étendues. Au pied du plateau de Gergovie, demeure pourtant un irréductible fabricant d’aliments, aux capitaux 100 % familiaux, qui non seulement résiste… mais croît.

Installée en zone sismique, l’usine de Vic-le-Comte a dû se contraindre à de nouvelles normes qui ont entraîné des surcoûts, notamment au niveau des volumes de béton nécessaire aux fondations.

Installée en zone sismique, l’usine de Vic-le-Comte a dû se contraindre à de nouvelles normes qui ont entraîné des surcoûts, notamment au niveau des volumes de béton nécessaire aux fondations.

Aliments Chouvy existe depuis juillet 1986 à Vic-Le-Comte, au pied du plateau de Gergovie. Tout un symbole. Cette entreprise de fabrication d’aliments pour le bétail a été créée par Jean-François Chouvy, son actuel directeur-président-formulateur (qui a récemment accepté de se démettre de ses casquettes de responsable commercial et responsable logistique). « Après avoir passé mon BTS à l’École nationale supérieure de meunerie et des industries céréalières, j’ai créé cette activité à côté du moulin de mon père, Paul, lui-même agriculteur qui avait fait perdurer la meunerie dans la tradition familiale. »

4 millions d’euros investis en 2013

L’usine est alors située à 3 km de là où elle se trouve actuellement. Dès 1998, elle s’installe dans la bien nommée Zone artisanale des Meules et passe d’une capacité de 12 000 t/an à 45 000 t/an. « On pensait être tranquille pour pas mal d’années… mais dès 2002, l’usine est saturée. » Un premier agrandissement porte sa capacité à 70 000 t, atteinte dès 2011. Début d’année 2013, un investissement de 4 millions d’euros vient de s’achever puis lui permettre de disposer d’une capacité de 120 000 t – « pour 79 000 t produites en 2012 », commente Jean-François Chouvy qui espère en être quitte avec les agrandissements industriels jusqu’à sa retraite désormais !

L’usine compte 46 silos d’expédition, mixtes mash et granulés, dont 20 fraîchement installés.

L’usine compte 46 silos d’expédition, mixtes mash et granulés, dont 20 fraîchement installés.

85 % de ce volume est dédié au bovin, de manière équilibrée entre le lait et la viande. « Nous avons démarré notre activité avec une forte prédominance du lait, notamment les AOP comme le Saint-Nectaire, qui ont constitué nos premiers clients. En effet, ces élevages situés en zone de montagne ne disposent pas de production végétale, sont de gros consommateurs d’aliments. » Le porc représente 10 % du tonnage : « Ce volume est stable depuis 5 à 6 ans. Dans notre région c’est une production difficile qui souffre du coût élevé de logistique des aliments et de l’éloignement des abattoirs », commente Jean-François Chouvy. Les seuls aliments volailles, sont destinés aux gibiers et aux animaux de basse-cour. « Cette franche spécialisation en bovins s’explique par notre saturation quasi-constante de l’outil qui nous a toujours poussés à nous centrer sur notre cœur de métier. »

La nouvelle configuration de l’usine permet néanmoins à Chouvy de diversifier ses gammes ruminant vers le mash : « C’est devenu incontournable, notamment en viande. Les mash sont apparus sur notre marché il y a une dizaine d’années et aujourd’hui c’est un marché difficile à contenir. »  (…)

Un cœur de métier diversifié

L’agrandissement récent de l’usine a impliqué l’installation de 18 nouveaux silos de matières premières, qui sont aujourd’hui au nombre de 40.

L’agrandissement récent de l’usine a impliqué l’installation de 18 nouveaux silos de matières premières, qui sont aujourd’hui au nombre de 40.

Malgré cette nouvelle capacité de production, Chouvy ne se lancera pas dans une course au tonnage. « En 15 ans on est passé de 12 000 t à 80 000 t en demeurant sur notre marché. On a encore du travail à faire en bovin. Augmenter notre capacité nous permet aussi d’être plus souples du point de vue industriel. Avant on tournait 7 j/7 24 h/24. Aujourd’hui on tourne 5 j/7, en 16 h par jour. Avec un pic de production de novembre à mars qui nécessite quelques phases de travail de nuit. »

L’investissement a consisté à construire une nouvelle ligne de dosage-broyage-mélange et son stockage dans un bâtiment contigu et communiquant avec l’usine existante. « On dispose désormais de deux lignes de dosage-broyage, l’ancienne étant dédiée au mash. » Une quatrième presse a été rajoutée : « Ce nombre de presses est sans commune mesure avec les usines bretonnes spécialisées en monogastrique, reconnaît Jean-François Chouvy. Mais malgré notre forte spécialisation en ruminants, nous avons 250 formules d’aliment, ce qui nous oblige à avoir quatre lignes de presse. » L’usine tourne à un rythme moyen de 25 t/h pour des lots de 3 à 30 t avec une moyenne autour de 10 t. Cette diversité n’est pas liée à une forte déclinaison des formules à la carte, marché que Chouvy commence tout juste à explorer, mais bien à la diversité des systèmes de production locaux, notamment laitiers. « Nous avons quatre gammes en vaches laitières : en haute montagne, ils ne disposent que d’herbe, en moyenne montagne, certains ont des céréales, en plaine, il y a du maïs… » Cette grande diversité des systèmes de production se retrouve dans le rayon de distribution de Chouvy à 150 km autour de son usine. « À l’est, nous allons jusqu’à Tarare, au sud vers la limite de l’Ardèche, on descend jusqu’à Mendes en Lozere, puis tout le Cantal », énumère-t-il…

Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 672 – décembre 2013

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.