Assemblée générale : Garun Paysanne mise sur les valeurs de la coopération

La coopérative bretonne Garun Paysanne tenait son assemblée générale le 28 novembre 2014, présentant une activité en légère baisse mais diversifiée. La journée était aussi et surtout l’occasion de présenter aux adhérents la campagne de communication de la Coopération agricole, lancée courant 2014, et ainsi de débattre sur les moyens et la stratégie pour rester « maîtres de [son] image en toute situation ».

Jean-Luc Cade, président, Jean-Michel Adenot, directeur général, et Sylvain Théon, directeur d’activités, lors de l’assemblée générale de Garun Paysanne, le 28 novembre 2014.

Jean-Luc Cade, président, Jean-Michel Adenot, directeur général, et Sylvain Théon, directeur d’activités, lors de l’assemblée générale de Garun Paysanne, le 28 novembre 2014.

Jean-Michel Adenot, directeur général, a présenté les comptes de résultat de Garun Paysanne qui enregistre un « petit chiffre d’affaires mais réalisé par beaucoup d’adhérents ». Si la part de marché de la coopérative reste significative en Bretagne, avec 3,8 % toutes productions confondues, les tonnages ont globalement baissé : -6 % en aliment porc, soit une baisse continue depuis deux ans, « sachant que la production a baissé de 3 % au niveau régional », rappelle Jean-Michel Adenot. Et surtout -47,1 % en aliment volaille (42 257 tonnes) : une baisse totalement assumée par Garun Paysanne qui a choisi de se désengager sur le segment volaille de chair. En pondeuse, la coop souhaite se recentrer sur le marché libre uniquement. En repro, elle enregistre en revanche une hausse de 8 % et affiche ses ambitions de franchir un « nouveau cap qualitatif » avec son outil de thermisation, dont elle veut renforcer l’image de « précurseur innovant du Grand Ouest ». L’équipement va ainsi être encore modernisé en 2015, annonce le directeur : « Il s’agit de prendre de l’avance sur le cahier des charges des clients et d’anticiper les demandes futures. Nous allons aussi améliorer les performances énergétiques du procédé. » Des portes ouvertes seront d’ailleurs organisées courant 2015 pour présenter l’outil industriel et se rapprocher davantage du grand public, dans une logique de séduction obéissant à l’esprit de la campagne de communication entamée (voir ci-après). Le secteur volaille, malgré sa forte baisse de tonnage, enregistre une diversification importante et voit son nombre de clients doubler.

Objectif 100 000 tonnes en bovin

En aliment bovin, la coop poursuit sa hausse (+19,7 %) et vise le cap des 100 000 tonnes : « Nous avons une équipe qui fonctionne bien, se réjouit Jean-Michel Adenot, qui ne cache pas la volonté de la coop de développer ce secteur. Si les perspectives laitières sont moins bonnes dans les semaines à venir, la demande est quant à elle au rendez-vous. L’avenir appartient aux plus rapides, pas aux plus gros ! » Et de rappeler que la coop double à peu près son tonnage tous les quatre ans (sa part de marché breton est actuellement de 7,3 %). « De nouveaux paramètres sont à prendre en compte, comme le calcul du prix de revient marginal, et non plus le seul prix de revient », souligne le directeur.

Pour le reste de ses activités, Garun Paysanne veut fournir à ses adhérents toujours plus de conseils : « Nous sommes dans une perspective où l’agronomie est au service de l’économie. » Ainsi en approvisionnement grandes cultures, la mutation se poursuit avec les contraintes telles que l’encadrement administratif et la problématique des bassins versants : « Il faut aussi saisir les opportunités et continuer d’aider les adhérents », assure Jean-Michel Adenot, qui avoue que « la campagne a été difficile à cause des restrictions mais aussi en raison de la baisse des soles de maïs et colza ». En ce qui concerne les produits vétérinaires, l’évolution suit la problématique de santé publique liée à la baisse de la consommation d’antibiotiques. La coopérative enregistre une progression de 3,3 % de son CA. Le réseau de proximité développé par les magasins (Gamm Vert Village) reste une activité marginale mais en nette progression.

Décrochage prix/production

Satisfait du « bilan solide » de la coopérative, Jean-Michel Adenot précise que l’endettement à moyen et long terme est faible, et le compte de résultat équilibré (170 556 euros de résultat net). Garun Paysanne pratique depuis cette année le contrat forward, qui fixe le prix de l’aliment sur une période et un volume donnés : « Il permet aux adhérents qui le désirent de mettre en avant leur sentiment de marché et de verrouiller un prix d’achat. Les cotations sont disponibles sur simple demande à la coopérative. S’il peut être avantageux, c’est un engagement important qu’il convient d’étudier avec soin. »

D’autant que ces choix sont indissociables de l’évolution des cours mondiaux des matières premières, comme est venu le rappeler Sylvain Théon, directeur d’activités, soulignant que les tendances qui se dégagent ne permettent pas forcément d’établir de prévisions : « Il est de plus en plus difficile de capitaliser sur le passé pour connaître l’avenir. » Revenant sur les événements majeurs de 2014 qui ont impacté le cours des matières premières (crise russe avec l’Ukraine, parité euro-dollar, récolte de mauvaise qualité en Europe…), Sylvain Théon a mis en évidence le décrochage de la courbe des prix par rapport à la production mondiale de blé, maïs et soja.

Le blé et le maïs enregistrent en effet une production record (720 millions de tonnes [Mt] pour le blé et 990 Mt pour le maïs) tandis que les prix ne baissent pas de façon tangible. « C’est la deuxième année excédentaire pour ces deux céréales, ce qui permet de reconstituer les stocks et d’augmenter les jours de stock. Le ratio stock/demande devient acceptable pour le blé en atteignant 27 %, même si on est encore un peu loin des 30 % de 2010. » En France, la récolte exceptionnellement bonne s’explique en partie par le déclassement d’une quantité importante de blé germé en blé fourrager : on a atteint 14 Mt de blé qualité fourragère contre 4 Mt en 2013, ce qui a conduit à des exportations importantes. Pour le maïs, quantité et qualité étaient au rendez-vous malgré une teneur en mycotoxines exponentielle à l’Est.

Au niveau mondial, il est un nouveau fait important à prendre en compte : l’utilisation aux USA du gaz de schiste au détriment du maïs, désormais moins utilisé pour l’éthanol et donc plus disponible pour l’alimentation animale. Face aux éléments baissiers que sont les bilans mondiaux (ainsi que le gaz de schiste et le projet de grand marché transatlantique), pourquoi les prix ne baissent-ils pas en conséquence ? « C’est l’aspect irrationnel des marchés », répond Sylvain Théon. Sur le marché des protéines, le soja affiche lui aussi une production record, avec une troisième année excédentaire, mais avec aussi des éléments haussiers de poids : la parité euro/dollar, la logistique, la météo et l’achat chinois. « Les bilans sont lourds mais la volatilité reste forte (…), la spéculation apporte beaucoup d’incertitudes », conclut le directeur d’activités.

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Sarah Le Blé

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 683 janvier-février 2015

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