Si le maître-mot de l’aliment pour le professionnel est « efficace », pour le particulier c’est « plaisir ».

Aliments et compléments pour chevaux : en direct du terrain !

Quelles sont les attentes des propriétaires, particuliers ou professionnels, d’équidés aujourd’hui en matière d’alimentation pour leurs animaux ? La société Alpha & Oméga agit sur le terrain en proposant un service de rations personnalisées et des journées de formation. Un point de vue objectif et indépendant du marché des aliments et compléments pour chevaux.

La conduite de l’alimentation des chevaux et de leurs cousins consiste à maîtriser leurs besoins, à choisir les aliments adaptés et à établir une ration appropriée en fonction du type d’équidé et de son activité. La prise en compte du comportement alimentaire du cheval dans ses conditions de vie quotidienne est importante puisqu’elle conditionne sa santé au quotidien.

La société Alpha & Oméga, basée en Loire-Atlantique, propose entre autres des services d’établissement de rations personnalisées et des animations de journées sur le thème de la nutrition équine. En direct du terrain, son analyse du marché permet de mieux comprendre les attentes des particuliers et des professionnels de la filière. Catherine Kaeffer, docteur ingénieur en agronomie et nutritionniste équin au sein de la société, nous éclaire sur ce que souhaitent, en matière de nutrition, les propriétaires de chevaux aujourd’hui.

Catherine Kaeffer, docteur ingénieur en agronomie et nutritionniste équin au sein de la société Alpha & Oméga.

Catherine Kaeffer, docteur ingénieur en agronomie et nutritionniste équin au sein de la société Alpha & Oméga. Crédit : Alpha & Oméga

La Revue de l’alimentation animale : Auprès de quels types de publics votre équipe intervient-elle ?

Catherine Kaeffer : Nous intervenons aussi bien auprès de particuliers qui ont un seul cheval que des écuries professionnelles. Les professionnels les plus demandeurs de conseils sont ceux qui ont des chevaux ayant des besoins extrêmement différents ou variables au cours de l’année : éleveurs, pensions ayant des chevaux, des poneys ou des ânes, etc. Pour les particuliers, notre activité porte surtout sur les chevaux de sport de bon niveau, les poulains et les seniors. Nous établissons aussi des rations adaptées aux chevaux ayant des pathologies ou des contraintes nutritionnelles particulières en relation avec le vétérinaire. Nous travaillons en collaboration avec des associations ou des particuliers pour la remise en état de chevaux maltraités. Nous intervenons en France mais aussi en Belgique et en Suisse. Nous avons même un client en Guyane qui peine à trouver sur place un suivi adapté.

RAA : Comment se déroulent les bilans nutritionnels que vous proposez ?

C. K. : Nous adressons un questionnaire très complet au propriétaire portant sur l’ensemble des caractéristiques du cheval, ses conditions de vie, son passé et les objectifs pour l’avenir. Il nous fournit des photos prises dans des conditions standardisées, des mesures mais aussi son ressenti sur le comportement du cheval au travail comme dans la vie. Il nous transmet en outre les retours du vétérinaire, du dentiste, du maréchal, du podologue ou de l’ostéopathe afin que nous puissions nous faire une idée la plus précise possible du cheval. Parfois, nous demandons spécifiquement une analyse ou un test génétique, lorsque cela nous paraît nécessaire. Enfin, le propriétaire nous dit quels sont les aliments ou les marques qu’il souhaite utiliser. Nous établissons un bilan nutritionnel personnalisé en cherchant la meilleure adéquation possible afin de couvrir les besoins du cheval en tenant compte des contraintes nutritionnelles, pratiques et financières.

RAA : Quelles sont les problématiques les plus courantes que vous rencontrez sur le terrain ?

C. K. : Contrairement aux animaux de rente, de nombreuses personnes possédant des chevaux sont soit des particuliers dont ce n’est pas le métier, soit des professionnels de l’équitation ou des courses ne possédant pas de formation agricole initiale. Les bases théoriques et scientifiques de l’alimentation équine mériteraient d’être diffusées plus largement. La génétique a fait beaucoup progresser le potentiel de nos chevaux. Encore faut-il que ce potentiel s’exprime pleinement et dans la durée. Actuellement, il me semble que la principale voie de progrès est l’amélioration de l’alimentation. Dans un contexte difficile pour la filière, alimenter mieux au moindre coût pourrait être la condition sine qua non de la survie de nombre de structures.

RAA : Quelles sont les attentes des propriétaires d’équidés en matière d’aliments et compléments alimentaires ?

C. K. : Pour les propriétaires individuels, il faut composer avec l’environnement qu’ils ne maîtrisent pas toujours : quantité de foins distribuée, nombre de repas possibles, conditions d’hébergement, possibilité d’isoler un cheval, disponibilité des produits en petites quantités, etc. Certains produits peinent à se développer simplement parce que leur réseau de distribution est insuffisant. Même si le coût entre en ligne de compte, leur principale préoccupation est d’alimenter au mieux leur cheval dans les conditions existantes. Devoir apporter un complément minéral vitaminé (CMV) tous les jours, y compris en hiver après le travail, alors qu’il fait déjà nuit, peut se révéler un vrai problème d’où le succès des CMV présentés sous forme de biscuits, faciles à donner mais qui restent encore peu nombreux sur le marché. L’aliment idéal est un peu la quadrature du cercle : généraliste… et totalement personnalisé pour leur cheval.

Pour les professionnels, on rencontre une grande diversité de situations. Les exploitations produisant leurs céréales vont se tourner vers des aliments de type balancer ou des compléments minéraux. Ceux qui n’en produisent pas vont souvent rechercher un aliment livrable et stockable facilement et pouvant convenir à l’ensemble de leur cavalerie.

Si le maître-mot de l’aliment pour le professionnel est « efficace », pour le particulier c’est « plaisir ».

Si le maître-mot de l’aliment pour le professionnel est « efficace », pour le particulier c’est « plaisir ». Crédit : Alpha & Oméga

RAA : Quelles nouvelles tendances remarquez-vous aujourd’hui, quels sont les nouveaux besoins qui apparaissent sur ce marché ?

C. K. : Le retour vers le « naturel» que l’on constate aujourd’hui peut prendre plusieurs formes. Certains propriétaires préfèrent acheter leurs céréales peu transformées. Il est primordial dans ce cas de communiquer sur la nécessité d’y adjoindre un CMV. D’autres rejettent en bloc l’aliment « industriel » et se tournent soit vers le tout foin-toute herbe soit vers les aliments « sans » (sans céréales, sans avoine, sans mélasse, sans OGM et plus récemment sans fer…). L’apport de matières grasses s’est développé suite à la dépréciation des céréales mais à mon sens, le mouvement inverse s’amorce. Récemment, on voit apparaître un mouvement vers le « sans huile ». Encore et toujours le bio est recherché.

La diminution des surfaces par cheval comme le développement du concept de paddock paradise fait que de nombreux chevaux sont actuellement nourris au foin toute l’année avec forcément des temps de stockage allant jusqu’à douze mois. La complémentation vitaminique prévue notamment dans les aliments élevage s’avère souvent insuffisante dans ce cas.

Nous assistons à un renouveau des chevaux de trait également, utilisés en attelage mais aussi pour la monte de loisir. Ce sont souvent des poulains récupérés au sevrage par des particuliers qui croient acheter un cheval rustique, à faibles besoins alimentaires et qui découvrent un animal en croissance rapide, exigeant nutritionnellement et pour lequel aucune préconisation usuelle n’est adaptée.

Si le maître-mot de l’aliment pour le professionnel est « efficace », pour le particulier c’est « plaisir ». Il doit voir ce qu’il y a dans son aliment, pour se sentir satisfait et valorisé de le donner à son cheval : les carottes, les fibres, les graines bien visibles sont très importantes. Le mash que l’on prépare amoureusement, fait plaisir autant au cheval qu’au propriétaire. Les ingrédients sont perçus comme ayant des qualités intrinsèques qu’ils confèrent à l’aliment par leur seule présence indépendamment de leur teneur.

RAA : Des conseils pour les fabricants d’aliments ?

C. K. : Les grands marchés aujourd’hui sont bien couverts par les produits existants. Les voies de développement me semblent surtout dans les marchés de niche, afin de répondre à l’envie d’avoir un aliment spécifique pour son cheval. D’où le développement important des aliments fibreux ou sans céréales, des aliments spécifiques à taux de sucre bas, etc.

Il pourrait y avoir un créneau dans l’aliment « régional », par exemple spécifique du sud de la France où les fourrages sont plus chargés en calcium. Certains fabricants se sont lancés dans des aliments spécifiques d’une race. Même si parfois la composition diffère peu de l’aliment standard, le caractère personnalisé est apprécié par le propriétaire qui se sent rassuré et conforté dans son attachement à la race. Les races à fort attachement affectif surtout si elles sont hors gabarit standard comme les minis, les arabes, les irish, les quaters, les KWPN ou les grands traits pourraient relever de cette orientation.

L’autre voie de développement est représentée par les produits de remplacement des fourrages. Emphysème, difficultés d’approvisionnement et de stockage, volonté d’alimentation naturelle, cheval vieillissant, beaucoup de facteurs amènent des propriétaires à se détourner au moins partiellement du foin pour aller vers des produits industriels à base d’herbe. A cette grande variété d’utilisations correspond une variété importante de produits : brins courts ou longs, rigides ou souples, herbe d’excellente qualité nutritionnelle ou au contraire pauvre, possibilité d’ajouter des carottes ou des graines de lin, délitement plus ou moins facile dans l’eau, etc. L’augmentation du prix de foin fait que la différence de coût avec les produits conditionnés diminue, les rendant plus attractifs. Là encore, l’indication de provenance du produit est un plus.

Dans tous les cas, la communication est le maître-mot : communication commerciale mais aussi communication technique. Il n’est pas concevable pour un fabricant d’aliment même modeste de ne pas avoir un site Internet convenablement référencé, présentant l’ensemble de ses produits, fiches techniques complètes comprises et régulièrement mis à jour. Dans notre époque où l’instantanéité est une valeur dominante, le client qui doit se tourner vers un commercial pour avoir un renseignement sur un produit un dimanche soir, risque de ne pas attendre le lundi matin.

Le marché de l’alimentation du cheval est un marché atomisé, de petits volumes et avec un nombre important de clients. Avec l’avènement des réseaux sociaux, il est très vulnérable aux phénomènes de mode entraînant des fluctuations importantes des consommations. Il convient de s’adapter à ces évolutions avec des produits tendance tout en gardant un fond de base d’aliments connus et appréciés par les habitués de la marque.

Propos recueillis par Caroline Villéger

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