Additifs sensoriels : l'avenir sent bon chez Phodé

Basée dans le Tarn, l’entreprise spécialisée dans les additifs sensoriels notamment à destination de l’alimentation animale, affiche une insolente croissance depuis bientôt vingt ans. Et ce n’est certainement pas fini…

À certains égards, Phodé entretient le mystère. Autour de son nom tout d’abord. « Il vient de l’alphabet ougaritique, le premier connu dans le Monde, confie Daniel Eclache, le fondateur. Phodé en est la 17e lettre. Elle signifie de manière symbolique la bouche et la langue ». Du fait de son activité de fabrication d’additifs fonctionnels, l’entreprise basée à Terssac, à quelques kilomètres d’Albi, vit aussi souvent dans l’ombre. Elle est pourtant incontournable dans son secteur.

L'entreprise Phodé compte désormais une centaine de salariés.

L’entreprise Phodé compte désormais une centaine de salariés.

La PME tarnaise a vu le jour le 1er octobre 1996. En l’espace de quelques années, elle s’est imposée dans le monde entier sur le marché des additifs fonctionnels à base d’arômes. Une problématique qu’elle a été la première à défricher. Il s’agit notamment de s’appuyer sur l’impact des molécules olfactives au niveau du cerveau pour obtenir des réponses positives en matière de gestion du stress ou de l’appétit des animaux. En pratique, cette activité se décline désormais dans trois secteurs : l’alimentation animale, qui reste son cœur de métier, mais aussi l’alimentation humaine et l’environnement au travers de procédés de destruction d’odeurs par minéralisation.

Véritable pilier de la structure, Daniel Eclache n’a pas l’habitude de perdre son temps. Avant de se lancer dans cette aventure, il a commencé sa carrière comme vétérinaire dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Spécialiste de la physiologie et des pathologies de la reproduction, au niveau de l’espèce bovine notamment, ses travaux l’ont amené à se pencher sur l’hormonologie.

Vétérinaire de formation

Après douze années passées dans son cabinet en milieu rural au pied des montagnes pyrénéennes, il a ensuite rejoint le poste de directeur scientifique chez Sanofi Santé. Quelques années plus tard, il devient P-DG d’un laboratoire suisse axé sur les arômes. C’est là qu’il fait le lien entre le pouvoir de modulation de l’olfaction et celle de la reproduction avec les performances animales, qui concernent les mêmes médiateurs chimiques dans le cerveau. « Je me suis rendu compte que les arômes avaient un potentiel encore totalement inexploité. Jusque-là, la très grande majorité des solutions développées dans le monde de l’élevage ne se penchaient pas vraiment sur l’animal en tant que tel, mais plutôt sur les désagréments qu’il pouvait connaître. »

Dans le secteur de l’alimentation animale, Phodé travaille donc à partir d’extraits de plantes qui permettent d’isoler des molécules agissant de façon directe sur l’hypothalamus et les différentes aires du cerveau. Les odeurs sont intégrées à ce niveau et entraînent la libéralisation d’endohormones Ces molécules agissent donc au niveau physiologique, via une stimulation du système nerveux central. « Une molécule olfactive n’est pas obligatoirement associée à une odeur mais est stockée dans le cerveau sous la forme d’une image précise et reproductible puis enregistrée comme un sentiment de bien-être ou de déplaisir. Enfin, elle est enfin associée à un comportement spontané positif ou négatif », explique le président.

Action directe sur le cerveau

Au fil du temps, Phodé a donc développé plusieurs gammes d’additifs. Certains ont une action directe sur le cerveau et les neuromédiateurs. Principalement dédiés à la gestion du stress en limitant ses conséquences négatives, ces additifs fonctionnels interviennent sur la productivité, la fertilité (gamme VéO), ou encore sur la stimulation de l’appétit dès les premiers jours de la vie (Optifeed). D’autres gammes s’intéressent à la sphère intestinale. Parfois en association avec des huiles essentielles, elles ont une visée de santé et d’alternative aux traitements traditionnels (Oleobiotec). « On est par exemple capable de s’adapter à des cibles bactériennes très précises et d’éradiquer telle ou telle bactérie dans l’intestin, poursuit Daniel Eclache. On peut citer l’exemple de Campylobacter qui peut se caractériser chez le ruminant par de l’infertilité, une mortalité embryonnaire précoce et de l’avortement. »

Phodé travaille à partir d'extraits de plantes qui permettent d'isoler des molécules agissant de façon directe sur l’hypothalamus et les différentes aires du cerveau.

Phodé travaille à partir d’extraits de plantes qui permettent d’isoler des molécules agissant de façon directe sur l’hypothalamus et les différentes aires du cerveau.

Grâce à des traitements technologiques et brevetés, Phodé peut se définir comme « un améliorateur du pouvoir naturel des plantes ». Ainsi, d’autres types de produits s’appuient sur la vectorisation de molécules, afin d’en optimiser l’efficacité. L’un d’eux concerne par exemple la curcumine. La gamme Force 6 de Phodé vise une valorisation optimale de cet actif bien connu pour ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, d’immunomodulation et de protection hépatique.

En l’espace de quelques années, l’entreprise tarnaise est devenue une référence en matière de recherche, y compris sur l’espèce humaine. Ses équipes s’appuient notamment en routine sur des imageries cérébrales dans leur travail d’élaboration et de vérification de l’efficacité des produits. Ces examens sont réalisés en partenariat avec l’Inra de Rennes. « Derrière nos produits, il y a une vraie démarche scientifique, souffle le président. On montre comment nous sommes capables d’inhiber le centre du stress, de stimuler le centre de l’appétit et de moduler les circuits cérébraux gérant le comportement alimentaire… Actuellement, beaucoup de monde essaie de s’approprier la notion de bien-être animal. Nous, on le montre ». Avec son développement à l’international, Phodé a également tissé des partenariats avec de nombreuses universités étrangères, comme celles de Montréal et de l’Ontario au Canada ou encore de Penn State (Etat de Pennsylvanie) aux États-Unis…

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F. Brèthes

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 692 – décembre 2015

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