Marchés agricoles : la révolution météo en marche

Les puissances de calcul informatiques, chaque jour accrues, ont bouleversé les manières de travailler dans quantité de domaines industriels et des services. Pour prendre l’exemple de la nutrition animale, on ne saurait aujourd’hui concevoir une formulation d’aliment efficace et rapide sans l’aide de l’ordinateur. Mais, déjà, de nouvelles frontières sont en passe d’être franchies, qui ouvrent des perspectives gigantesques dans le domaine des matières premières agricoles.

Les prévisions météorologiques à l’échelle de quelques mois voire de plusieurs années ne relèvent plus de la fiction. C’est, au contraire, « une science en construction », a démontré Tristan d’Orgeval, un expert de Metnext, à l’occasion d’un récent séminaire InVivo. Exemple : en mars 2009, Metnext avait établi des cartes mondiales des anomalies de température ou de précipitations attendues pour l’été suivant. Or, qu’il s’agisse de l’Europe ou de l’Amérique du nord, le pronostic s’est globalement vérifié. Pour le printemps 2010, un scénario humide est privilégié sur l’Europe et le centre des États-Unis. Pour l’été, les ordinateurs envisagent un scénario plutôt chaud sur l’Europe. On mesure l’intérêt de telles informations pour l’acheteur de matières premières agricoles qui peut ainsi se positionner, à l’avance, en fonction des niveaux de récoltes attendus. Mais il est désormais permis de voir plus loin encore. L’intensité du cycle solaire attendu d’ici à 2013 devrait favoriser La Niña plutôt que El Niño, tendant à écarter les risques de sécheresse en Australie, mais les renforçant en Amérique latine. Les oscillations décennales de la température de l’Atlantique ou du Pacifique augurent d’épisodes de sécheresse aux États-Unis, de pluies et d’intempéries plus fréquentes en Europe du nord.

De telles prévisions sont évidemment stratégiques pour le marché des céréales ou celui du soja et, par extension, pour l’industrie de la nutrition animale, dont les achats de matières premières constituent le plus gros des dépenses. De la prévision météo aux récoltes et aux prix de marché, il n’y qu’un pas, désormais franchi. « Quand El Niño est fort, le prix du soja baisse ». Des corrélations sont progressivement mises en évidence entre les indices de température et la production de blé ou de soja sur longue période. L’augmentation des prix agricoles en 2007/08 était prévisible plusieurs mois à l’avance, assure Metnext. Pas leur explosion. Mais cela ne saurait tarder…

Benoît Contour,

La Revue de l’Alimentation Animale – Mai 2010 – N° 636

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