La troisième édition des Assises de l’élevage et de l’alimentation, organisées par Ouest-France le 10 septembre à Rennes, a réuni près de 700 acteurs des filières agricole et agroalimentaire au Couvent des Jacobins. (Crédit : Terre 2018-Ouest-France)

Terre 2018 : transition alimentaire et politique européenne

Terre 2018, les Assises de l’élevage et de l’alimentation organisées par Ouest-France le 10 septembre dernier à Rennes, autour de la transition alimentaire, ont été l’occasion de faire le point sur les États généraux de l’alimentation mais aussi sur les évolutions des marges, les circuits courts, les nouvelles relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs ou encore sur le marché international et la politique agricole commune. Une journée riche en discussions.

La troisième édition des Assises de l’élevage et de l’alimentation, organisées par Ouest-France le 10 septembre à Rennes, a réuni près de 700 acteurs des filières agricole et agroalimentaire au Couvent des Jacobins. (Crédit : Terre 2018-Ouest-France)

La troisième édition des Assises de l’élevage et de l’alimentation, organisées par Ouest-France le 10 septembre à Rennes, a réuni près de 700 acteurs des filières agricole et agroalimentaire au Couvent des Jacobins. (Crédit : Terre 2018-Ouest-France)

« Nos agriculteurs, depuis l’après-guerre, n’ont de cesse de se réinventer. Qu’il s’agisse de nourrir les hommes ou de résoudre les grandes crises, ils sont à chaque fois au rendez-vous. Aujourd’hui, ils doivent faire face aux nouvelles exigences sociales et s’engagent à créer de la valeur, mais aussi de la fierté. » C’est ainsi que Loïg Chesnais Girard, président du Conseil régional de Bretagne, a ouvert la troisième édition des Assises de l’élevage et de l’alimentation, organisées par Ouest-France le 10 septembre à Rennes, en amont du Space. Une journée de débats autour des grandes actualités du secteur et d’un fil rouge, la transition alimentaire, qui a réuni près de 700 acteurs des filières agricole et agroalimentaire au Couvent des Jacobins.

La première table ronde, consacrée aux États généraux de l’alimentation (EGA), Un an après, quels changements selon les acteurs économiques ? a réuni Christian Couilleau, directeur général d’Even, Serge Le Bartz, président du Groupe D’Aucy, Stéphane Letué, directeur de l’association du Poulet de Janzé et Nicolas Gransard, avocat associé, spécialiste en droit économique au Cabinet Fidal. « C’était une démarche nécessaire, mais elle est loin d’être finie. Le vote de la loi ne marque pas la fin, mais le début ! assure Christian Couilleau. Une loi c’est bien, mais il y a aussi ce qu’on va en faire. Et il y a des choses pour lesquelles je ne vois pas clair ! » Nicolas Gransard porte également un regard critique, notamment par rapport au droit européen de la concurrence. « Il est extrêmement compliqué de privilégier la production nationale ! » Christian Couilleau ajoute : « Le cadre européen sur la concurrence est extrêmement contraignant, il est à mon sens à remettre en cause dans le secteur agricole, mais aussi environnemental et social. Les EGA sont partis à cloche pied à cause de ça… » Ces derniers ont été construits, selon le coordinateur, « afin d’apporter des solutions françaises aux défis auquel l’agriculture française fait face ». Seulement, estime Christiane Lambert, présidente de la FNSEA invitée à aborder l’impact des EGA sur la relation agriculteur et distributeur, « on ne peut pas être dans une Europe et sur un marché commun avec des règles différentes ! Le droit européen et les règles de la Pac prévalent. »

Une Pac qui a d’ailleurs été vivement critiquée durant ces assises. Après une intervention vidéo de Phil Hogan, le commissaire européen à l’agriculture, Éric Andrieu, député européen membre du Parti socialiste a dénoncé « une proposition en forme de leurre. L’enjeu collectif est de nourrir la planète. Il y a besoin d’orientations stratégiques avec des vrais moyens dédiés ». Michel Dantin, député européen Les Républicains renchérit : « Nous avons sur la table une proposition sans ambition, sans perspective, sans vision qui n’est ni politique, ni agricole, ni commune, alors que l’heure est à une nouvelle période de programmation plus ambitieuse. Il est impérieux que le Président de la République se saisisse du dossier et défende le budget de l’agriculture. »

Réunis en table ronde, Patrice Drillet, président de la Cooperl Arc Atlantique, Jacques Jaouen, président de la Chambre d’agriculture de Bretagne et Jacques Carles, président d’Agriculture Stratégies, ont été tout aussi critiques. « On n’a pas réglé les problèmes du passé et on n’a pas de futur ! Alors qu’on a besoin d’une Europe unie, chacun défend son pré carré. Il faut régler les questions de fond et que les règles du jeu sont clairement écrites et les même partout, au niveau sanitaire, sur l’import, etc. » martèle Patrice Drillet. Jacques Jaouen ajoute : « Si les règles du jeu sont claires, il n’y a pas de problème. Mais regardez aujourd’hui, beaucoup de monde s’assoit dessus ! » Jacques Carles estime quant à lui que « les convergences sont lentes. C’est une politique de petits pas. La Pac est une stratégie à court terme, une politique du plus petit dénominateur commun. Il est urgent de réformer en profondeur ! Mais on assiste aujourd’hui à un débobinage, on n’a plus besoin d’une politique commune si c’est comme ça ! »

Restauration collective et agriculture bio

Les discussions ont été plus consensuelles autour du « consommer local », même si le budget alloué est là aussi le nerf de la guerre face à l’ambition du Gouvernement de développer l’approvisionnement local pour atteindre 50 % de produits sous signe de qualité et au moins 20 % de bio dans les assiettes de la restauration collective en 2022. « On est encore loin du compte, lance Christophe Hébert, président d’Agores, association nationale des responsables de la restauration territoriale. Le bio dans la restauration collective pèse 3 % en moyenne. La part des produits issus de l’agriculture durable varient entre 1 et 10 % selon les collectivitésCe seuil de 20 % sera difficile à dépasser sans moyen supplémentaire vu les baisses de dotation ! On estime de 20 à 30 centimes par repas et par enfant le coût supplémentaire. » Frédérique Le Houx, directrice de Geco Food services, partage cet avis : « On a besoin d’une commande publique qui investisse dans cette filière. On a des prix d’achat matière très faible : 1,40 € en Ehpad et 1,80 € en collège. Si on veut monter en gamme, il faut changer les appels d’offres avec un critère prix indispensable. » Frédérique Le Houx ajoute que la restauration collective représente « 3,7 milliards de repas servis chaque année. Il est absolument essentiel d’intégrer toutes les entreprises agroalimentaires dans le débat local ».

L’agriculture biologique a également été au cœur d’une autre table ronde, Le bio, nouvelle locomotive de l’agriculture française ? réunissant Erwin Schöpges, président d’European Milk Board, Guillaume Riou, président de la Fédération nationale de l’agriculture biologique, Claude Gruffat, président de Biocoop et Hervé Balusson, P-DG d’Olmix Group. Pour ce dernier, « il est très clair que nous devons trouver un nouveau moteur pour nous permettre de produire de manière plus efficace, ce qui n’est autre que des paris sur les bioalternatives. Nous pouvons déjà le faire avec des algues ». Il ne faut pas que le bio soit un marché de niche, mais devienne un acteur majeur. Il va également falloir travailler sur l’agriculture décarbonnée. Il y a beaucoup à faire ! » Claude Gruffat ajoute que « la France n’y a pas cru pendant un moment. Aujourd’hui, c’est un véritable phénomène de société et nous sommes en retard. Les consommateurs sont en attente, beaucoup d’opérateurs arrivent sur ce segment et l’offre n’est pas làIl y a un véritable plan de développement de la bio locale à mettre en place, mais il manque une réelle volonté publique, alors que seule la bio pourra nourrir le monde, c’est une évidence ! »

E. Mouraud

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