Environ 300 délégués venus du monde entier ont participé au symposium Phileo à Rome.

Symposium porcs et volailles : réduire l’usage des antibiotiques

Un an après le symposium volailles de São Paulo au Brésil, Phileo a organisé avec succès un symposium dédié aux porcs et aux volailles qui a eu lieu à Rome, en Italie, les 24 et 25 octobre. Près de 300 participants venus du monde entier ont suivi cet événement qui a eu comme thème central la réduction des antibiotiques et les opportunités que présente un marché mondial en pleine mutation sur ce sujet d’actualité.

Après une première matinée dédiée à la découverte de Rome, une première après-midi de session plénière a permis de planter le décor sur le plan mondial. « Notre challenge est de produire plus avec moins et l’homme est au cœur de nos préoccupations », a précisé dans ses propos d’introduction Frédérique Clusel, directrice générale de Phileo Lesaffre Animal Care.

Environ 300 délégués venus du monde entier ont participé au symposium Phileo à Rome.

Environ 300 délégués venus du monde entier ont participé au symposium Phileo à Rome.

Une préoccupation mondiale

Le symposium de Rome a permis de dresser un constat fort : la réduction de l’usage des antibiotiques fait l’objet d’une prise de conscience mondiale, et la vingtaine de conférenciers internationaux qui se sont succédé pendant deux jours l’ont bien démontré, par des interventions tant économiques, que techniques ou scientifiques.

Sur le plan économique, la première après-midi de session plénière a donné la parole au consultant brésilien Osler Desouzart qui a insisté sur l’importance de l’Asie, et notamment de la Chine. « L’Asie comptera pour plus de la moitié dans l’augmentation de production mondiale de viande attendue d’ici 2026, avec la Chine comme locomotive », a affirmé Osler Desouzart. Selon ce dernier, les productions animales seront confrontées à l’avenir à un manque de terres et de disponibilité en eau au niveau mondial. « 75 % de la production de volailles sera concentrée dans 26 pays d’ici 2026 », a ajouté le consultant brésilien qui estime qu’il sera possible de produire sans antibiotiques grâce aux progrès de la science et des biotechnologies.

« La sécurité alimentaire est une préoccupation croissante des autorités chinoises qui mettent actuellement en place un système de supervision de l’usage des antibiotiques », a ensuite affirmé le consultant chinois Qiu Rongsheng. Selon ce dernier, l’Association des consommateurs chinois pèse de plus en plus dans le débat scientifique, et les professionnels de l’élevage font de plus en plus appel aux alternatives aux antibiotiques, et notamment aux enzymes en plein développement en Chine. Des propos complétés par ceux de la chercheuse américaine Shawn Bearson qui a rappelé les efforts menés aux États-Unis depuis janvier 2017 par l’USDA (Département de l’Agriculture des États-Unis) pour développer des alternatives aux antibiotiques favorisant la réponse immunitaire des animaux et la santé humaine.

« La production d’aliment du bétail chinoise devrait passer de 200 millions de tonnes (Mt) en 2015 à 220 Mt d’ici 2020, avec un nombre d’usines qui passerait dans le même temps de 6 772 à environ 5 000 », a ajouté Qiu Rongsheng qui a donné ensuite quelques données sur le marché chinois des additifs. Ce dernier est estimé à 1,373 million de dollars en 2012, avec en tête les antimicrobiens in-feed et les minéraux et vitamines qui représentent environ 65 % du total. Le porc arrive en tête de la consommation des additifs (64,6 % du total), suivi de la volaille (28,6 %). « Le marché des additifs est soumis à plusieurs réglementations en Chine et quatre antibiotiques, dont la colistine, ont été interdits en 2017 dans l’alimentation animale comme facteurs de croissance, tandis que d’autres interdictions devraient suivre », a affirmé Qiu Rongsheng.

Une réalité d’entreprises

Le symposium a également donné la parole à de nombreuses entreprises des filières animales ou de la distribution pour lesquelles la réduction des antibiotiques est une réalité quotidienne. « L’Italie est le troisième consommateur d’antibiotiques pour les animaux d’élevage en Europe et Coop Italia a démarré, dès mai dernier, la vente de ses premiers produits issus de fermes ayant la volonté de réduire les antibiotiques ou même de les supprimer », a commenté Chiara Faenza, responsable durabilité et innovation de Coop Italia, l’un des principaux groupes de distribution italiens (près de 19 % du marché des super et hypermarchés). « Nous avons mis en place un plan d’actions stratégiques visant à ménager la santé intestinale des porcs issus de truies prolifiques au moment du sevrage », a précisé pour sa part Carlo Lasagna du groupe agroalimentaire italien Martini, actif dans de nombreuses filières (porcs, volailles, lapins). Produisant 700 000 tonnes d’aliment par an, Martini a organisé sa production porcine de façon intégrée (plusieurs sites de sélection et 200 élevages en intégration), et la préoccupation actuelle du groupe est de parvenir à une traçabilité totale à chaque étape de production et jusqu’au consommateur final.

Ces propos de Carlo Lasagna ont été complétés, pendant la session porcine, par ceux de Mathieu Gloaguen, en charge de la station expérimentale de la Cooperl. « La formation des éleveurs et des vétérinaires et la recherche de solutions alternatives qui renforcent l’immunité des animaux, constituent les leviers d’une stratégie à long terme qui doit être portée par l’ensemble des acteurs », a précisé Mathieu Gloaguen. Pour l’heure, 1,7 million de porcs sont produits sans antibiotiques au sein de la Cooperl dont la stratégie est orientée, depuis deux ans, sur la limitation de l’usage des antibiotiques.

Mieux connaître le microbiote

La science a été également au cœur du colloque, tant lors des sessions plénières que des deux sessions dédiées au porc et à la volaille, ces dernières étant traduites simultanément en cinq langues (anglais, italien, espagnol, mandarin et français). « Nous ne sommes qu’au début des connaissances sur le microbiote, et ce dernier est profondément affecté lors de l’usage d’antibiotiques », a affirmé le professeur américain Jan Suchodolski. Dans une intervention très claire et concrète, la chercheuse brésilienne Elizabeth Santin a invité les participants du symposium à prendre en compte tout un faisceau d’informations, et notamment celles en provenance du terrain, pour mieux évaluer la santé intestinale des porcs et des volailles et développer une approche préventive amenant à une moindre utilisation des antibiotiques.

L’importance des fibres et l’amélioration de leur digestibilité ont également constitué un thème fort de la session porc. « En produisant des acides gras volatils, les fibres améliorent la santé intestinale », a affirmé Gilles Langeoire, consultant français en nutrition porcine. « Mieux connaître la composition chimique des fibres et leur effet sur le processus digestif du porc en croissance permettrait d’utiliser des rations plus riches en fibres », a-t-il ajouté.

Tadele Kiros Gebreyohannes, responsable R&D porcs Phileo Lesaffre Animal Care-Canada.

Tadele Kiros Gebreyohannes, responsable R&D porcs Phileo Lesaffre Animal Care-Canada.

Les bénéfices des levures vivantes

Les levures vivantes peuvent également améliorer la santé intestinale des porcs grâce à l’amélioration de la digestion des fibres, comme l’a expliqué Tadele Kiros Gebreyohannes, responsable R&D porcs de Phileo Lesaffre Animal Care Canada. « Une supplémentation quotidienne des porcs avec le probiotique de levure vivante Actisaf favorise les fermentations dans le gros intestin, conduisant à une augmentation de la valeur énergétique des ingrédients alimentaires et à l’amélioration des performances des animaux », a affirmé Tadele qui a ajouté qu’Actisaf rend donc possible l’utilisation d’ingrédients peu coûteux et peu énergétiques dans les rations des porcs.

Des propos complétés par Jimmie Corley, responsable porcs et volailles pour Phileo Lesaffre Animal Care USA, qui a conclu la session dédiée au porc par une présentation de solutions pro, pré et paraprobiotiques permettant de sécuriser la santé intestinale tout en améliorant les performances zootechniques. Parmi ces dernières, la levure vivante de référence Actisaf montre de nombreux bénéfices comme le développement d’une flore digestive favorable chez le porcelet, la réduction du nombre de bactéries coliformes de l’intestin ou l’amélioration de la valeur énergétique des rations.

« Les levures vivantes ont de nombreux avantages au moment de la naissance, a ajouté Jimmie Corley. Elles améliorent les qualités nutritionnelles du colostrum et du lait de la truie durant toute la lactation, avec un lait plus riche en protéines et matières grasses, avec en parallèle une amélioration du transfert immunitaire de la truie avec plus de production d’immunoglobulines, avec à la clé une amélioration à long terme de la résistance des porcelets aux maladies. »

Volailles : maintenir l’intégrité intestinale

La session volailles a d’abord insisté sur l’importance d’un démarrage précoce sur les performances ultérieures du poussin. « Une alimentation et un abreuvement précoce dès l’éclosion améliorent le développement intestinal et le système immunitaire du poussin », a démontré Erik Helmink, directeur marketing du groupe néerlandais HatchTech. Une présentation complétée par celle d’Aziz Sacranie, directeur technique de Global Poultry Services (Angleterre) qui a insisté sur l’importance des sept premiers jours de vie du poussin sur sa carrière future.

Le maintien de l’intégrité intestinale a également constitué un thème central de la session volailles. Pour Jose Ignacio Barragan, consultant volailles espagnol, des stratégies nutritionnelles contribuent à maintenir la santé intestinale des poulets dans le cas de niveaux d’antibiotiques bas ou inexistants : vérifier la quantité et la qualité du soja, la concentration des rations en énergie, augmenter le taux de fibres brutes, utiliser des additifs comme des pré ou probiotiques ou de la bétaïne, très efficace en cas de stress intestinal.

« 70 % du système immunitaire des volailles se concentre dans l’intestin, d’où l’importance du maintien de son intégrité pour assurer aux animaux de bonnes performances », a affirmé Alain Riggi, responsable volailles Phileo, qui a fait une présentation sur l’intérêt des biotechnologies à partir de levures, pour limiter l’utilisation d’antibiotiques en production de volailles. « Différents essais ont montré les effets de Safmannan, fraction de levures premium fabriquée par Phileo Lesaffre Animal Care, sur la morphologie de la muqueuse intestinale, améliorant le ratio longueur des villi/profondeur des cryptes qui est un bon indicateur de la santé intestinale », a affirmé Alain Riggi. Un essai (Morales et al., 2010) a également montré que Safmannan agit sur la production des cellules de gobelets sécrétant le mucus qui protège la paroi des cellules de l’intestin. Enfin, cette fraction de levures améliore le système immunitaire des volailles, grâce à l’action combinée des béta-glucanes et des mannanes qui sont capables d’activer différents récepteurs à la surface des cellules immunitaires les plus importantes. Avec pour conséquence une meilleure réponse vaccinale chez des volailles vaccinées contre la maladie de Newcastle.

Un autre exemple cité par Alain Riggi est Selsaf, une source naturelle de sélénium organique obtenue à partir de la culture d’une souche spécifique de levure Saccharomyces cerevisiae enrichie en sélénium organique. « Selsaf protège les volailles du stress oxydant grâce ses composants séléniques actifs, sélénocystéine et sélénométhionine, contribuant ainsi à maintenir la santé et les performances des volailles », a ajouté Alain Riggi.

Philippe Caldier

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