Symposium IHSIG : santé intestinale des volailles et innovations

Plus de 240 personnes de 22 pays ont assisté au troisième symposium IHSIG (Intestinal health scientific interest group) qui s’est déroulé à Gand du 15 au 16 octobre. Une belle occasion de faire le point sur les innovations en termes de recherches et de solutions pour améliorer la santé intestinale des volailles.

Le symposium s’est déroulé dans le centre de conférence Het Pand de l'université de Gand.

Le symposium s’est déroulé dans le centre de conférence Het Pand de l’université de Gand.

L’IHSIG est une plate-forme de chercheurs de plusieurs pays d’Europe (Belgique, Pays-Bas, Italie, Allemagne, Espagne, France) créée en 2010 afin de stimuler les recherches et les interactions entre ses membres, tous spécialisés sur la santé intestinale des volailles. Dans ses propos introductifs, Filip Van Immerseel, professeur à la chaire de pathologie aviaire de la faculté de médecine vétérinaire de Gant et co-organisateur de l’IHSIG 2015, rappelle que les deux premières conférences de l’organisation ont eu lieu en 2012 et 2013 en partenariat avec la société Kemin, tandis que ce troisième Symposium est sponsorisé par plus d’une vingtaine de sociétés et instituts de recherche, actifs dans le domaine de la volaille.

Le thème majeur de ce troisième Symposium est le concept One health qui part du principe que tout est connecté : la santé humaine, la santé des animaux, l’environnement, et ceci dans un monde globalisé où humains et animaux interagissent davantage, comme l’a rappelé Ron Fouchier, conférencier de la première journée. « Cette interconnexion nécessite une approche coordonnée et multidisciplinaire, si l’on veut éviter l’émergence et la propagation de maladies pouvant affecter tant les animaux que les hommes », affirme-t-il en rappelant que la production de volailles est essentielle, source de protéines abordables et de faibles empreinte carbone. « Les volailles sont sélectionnées pour leurs performances de croissance et pas pour leur résistance aux pathogènes ». Il estime qu’il serait utile de mettre au point des souches résistantes aux maladies et qu’il existe un réel besoin, chez les volailles, de vaccins plus efficaces contre la grippe.

Impact économique des infections à Campylobacter

Dans l’intervention suivante, Tom Humphrey, professeur de bactériologie et de sécurité alimentaire à l’université de Swansea (Royaume-Uni), fait le point sur les Campylobacter, un pathogène « qui n’est pas celui que l’on croit » chez les volailles. Présent partout dans le monde, on le trouve chez la plupart des animaux et est très difficile à contrôler. « Les volailles, comme les Campylobacter, ont changé depuis cinquante ans », rappelle le professeur qui souligne que ces bactéries affectent la santé, le bien-être et les performances des volailles en s’attaquant à leur intestin. Une étude réalisée par le conférencier, sur 797 bandes de volailles de 214 élevages, a permis de mieux comprendre les liens entre le niveau d’infection de Campylobacter avec certains facteurs d’élevage comme le taux de pododermatite (ce dernier étant plus élevé dans les élevages fortement infectés). D’autres essais sont présentés montrant qu’une infection artificielle de volailles par C. jejuni affecte leur croissance et la structure des villosités de l’intestin, tandis que certains régimes alimentaires ont la particularité de diminuer l’impact de l’infection. « Les élevages atteints de Campylobacter ont en général un moins bon indice de consommation », ajoute le conférencier qui apporte plusieurs estimations de l’impact économique des infections à Campylobacter, ces dernières allant de 25 à 75 euros/1 000 volailles selon les pays européens considérés.

Filip Van Immerseel a introduit le symposium.

Filip Van Immerseel a introduit le symposium.

Diversité microbienne

Puis c’est au tour de Filip Van Immerseel et Gwen Falony du Raes Lab de Liège de faire une présentation sur la santé du microbiote intestinal. « La diversité microbienne est importante pour la santé de l’intestin et il existe des similitudes entre le microbiote humain et celui des volailles », affirme M. Van Immerseel au début de son intervention. D’où l’intérêt du projet Flemish Gut Flora qui vise à étudier la microflore intestinale de plus de 5 000 personnes réparties dans les Flandres, soit un échantillon dix fois plus important que celui des études antérieures. « Les effets des métabolites bactériens sur leur hôte sont cruciaux, mais il n’existe pas encore d’outils pour les mesurer », souligne Gwen Falony qui ajoute que le mécanisme de la préservation de la santé de l’intestin dépend de l’hôte, et que certains additifs peuvent améliorer la santé intestinale, comme l’ont montré certains posters présentés lors du symposium.

« La volaille reste très sujette à des infections à salmonelles. Les acides gras à courte chaîne, connus pour leur capacité antibactérienne, sont utilisés depuis des années comme additifs dans l’aliment des volailles », explique l’un des posters du département des maladies aviaires de la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Gant. « Les butyrates en sont un exemple bien connu, et afin de permettre un relargage lent dans l’intestin, ces acides gras à courte chaîne peuvent être ajoutés sous forme de triglycérides », ajoutent les auteurs de l’étude qui ont montré qu’une supplémentation du poulet, en trivalerin (3 g/kg d’aliments) et monobutyrin (6 g/kg d’aliments), permettait de réduire la colonisation de l’intestin des poulets en Salmonella enteritidis.

Un autre poster présenté par Bart Boomsma, de Corbion Purac, a montré un impact positif d’une supplémentation en lactylates de poulets atteints d’entérite nécrotique liée à Clostridium perfringens. « Bien que les lactylates n’aient pas eu d’incidence sur les performances de croissance, les lésions intestinales et le taux de mortalité ont été réduits significativement à la dose de 3 kg/t », résume l’auteur du poster.

Un autre poster rappelle l’existence depuis décembre 2013 du programme européen Effort, consortium transdisciplinaire composé de vingt partenaires de dix pays européens dont le but est d’apporter des données scientifiques sur les conséquences des résistances antimicrobiennes dans la chaîne alimentaire, en relation avec la santé et le bien-être animal, la sécurité alimentaire et l’économie des productions.

Réduire l’impact environnemental

Ilias Kyriazakis de l’université de Newcastle (Royaume-Uni) s’est intéressé dans sa présentation aux moyens d’améliorer l’impact environnemental de la production de volailles. « Selon la FAO, plus de 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées aux activités d’élevage », souligne le conférencier. Selon ce dernier, on attache souvent trop d’importance aux activités agricoles elles-mêmes (réduction de l’utilisation d’énergie ou émissions liées aux déjections), alors qu’une bonne part de ces émissions provient de sources indirectes comme la production ou le transport d’aliments du bétail. M. Kyriazakis souligne trois moyens pour améliorer l’impact environnemental des élevages de volailles : « Améliorer l’efficacité alimentaire, ce qui réduirait les émissions provenant à la fois de la production d’aliment et du traitement des lisiers, proposer aux animaux des rations plus équilibrées, ce qui réduirait l’excrétion de nutriments tels que l’azote ou le phosphore, et sélectionner des ingrédients alimentaires caractérisés par un moindre impact environnemental. » Puis le conférencier s’intéresse au remplacement du soja par des sources locales de protéines produites en Europe. « Ces protéines locales réduisent au final très peu l’impact environnemental de l’élevage, car le soja est remplacé par des acides aminés de synthèse et des huiles végétales qui sont des ingrédients à impact environnemental élevé », souligne le conférencier qui estime que le rôle des nutritionnistes est fondamental dans cette approche. Ilias Kyriazakis dirige par ailleurs le réseau international Animal health and greenhouse gaz emissions intensity network*. Composé de 58 membres de 17 pays, ce réseau de constitution récente regroupe des chercheurs, des scientifiques, des spécialistes en sciences animales et en économie. « Nous étudions le rôle entre la santé animale et l’impact environnemental de l’élevage », explique Ilias Kyriazakis qui invite les participants au symposium de Gand à rejoindre ce réseau international.

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Philippe Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 692 – décembre 2015

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