Rachel Blumel, directrice de Coop de France Agroalimentaire : « Nous sommes tous interdépendants. »

Coop de France Nutrition animale : « Une évolution incontournable »

Coop de France Nutrition animale a tenu sa convention le 8 novembre à Paris. L’occasion de mettre en lumière le rôle de la coopération avec, en toile de fond, les États généraux de l’alimentation.

La Nutrition animale contributrice de l’offre alimentaire française : ce fut le thème de la dernière convention de Coop de France Nutrition animale. La réunion s’est tenue à Paris, le 8 novembre, dans les locaux de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Quatre sujets furent abordés lors de la table ronde : mieux répondre aux attentes du marché, l’économie de ressources, le partage de la valeur et produire encore mieux sur le plan sanitaire et environnemental. À l’issue des échanges, nous avons interrogé Rachel Blumel, directrice de Coop de France Agroalimentaire.

Rachel Blumel, directrice de Coop de France Agroalimentaire : « Nous sommes tous interdépendants. »

Rachel Blumel, directrice de Coop de France Agroalimentaire : « Nous sommes tous interdépendants. »

La Revue de l’Alimentation animale : Coop de France a souhaité être partie prenante des États généraux de l’alimentation : pour quelles raisons ?

Rachel Blumel : C’était un bon levier pour que tous les maillons de la chaîne envisagent une transition et il y avait la volonté, à travers un diagnostic partagé, d’avancer sur un certain nombre de sujets. Nous souhaitions être présents dans tous les ateliers car nous avions des propositions sur l’ensemble des sujets.

RAA : Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

R. B. : À court terme, nous avons mis sur la table un certain nombre de propositions législatives et réglementaires pour les négociations commerciales 2018. Malheureusement, pour des raisons calendaires, elles ne pourront pas être effectives pour les négociations qui démarreront dans quelques jours. La distribution a pris conscience qu’elle devait changer sa méthodologie. Toutefois, on regrette qu’il n’y ait pas de cadre confirmant les choses. Nous attendons le contenu de la charte d’engagements : les producteurs, les transformateurs, les coopératives et les distributeurs respecteront un certain nombre de pistes qui ont été identifiées dans le cadre du premier chantier des États généraux. Exemples : la hausse du seuil de revente à perte, l’encadrement des promotions et la répartition de la valeur sur l’ensemble de la filière.

RAA : Pour vous, que signifie mieux répondre aux attentes du marché ?

R. B. : On a trop tendance à opposer le conventionnel et le bio comme si ce dernier était l’unique réponse aux attentes des consommateurs. Or ceux-ci en ont plusieurs : sécurité sanitaire, traçabilité, produits du terroir, bien-être animal, transparence des méthodes de fabrication agricoles et industrielles, etc. Nous avons un rôle à jouer dans cette soif d’informations qui, à ce stade, n’est pas assouvie.

RAA : En matière d’économies de ressources, que fait précisément Coop de France ?

R. B. : Un agriculteur n’aime pas produire pour jeter ! Il n’aime pas non plus produire en surconsommant les ressources. Nous avons publié plusieurs recueils de bonnes pratiques sur l’économie circulaire, le gaspillage alimentaire et toutes les mesures qui sont mises en place. Notre atout, c’est notre grande force de déploiement sur l’ensemble des exploitations qui adhèrent à une coopérative. Et notre maîtrise de l’ensemble de la filière alimentaire donne du sens à cette économie de ressources. Exemples : gestion quantitative et qualitative de l’eau avec la réutilisation de la ressource d’un process industriel vers d’autres objectifs, valorisation des coproduits en nutrition animale, recyclage des emballages avec Adivalor, réexploitation des produits qui ne rentrent pas dans les règles de calibrage pour aller vers l’industrie alimentaire, etc.

RAA : Quelles réflexions le partage de la valeur vous inspire-t-il ?

R. B. : Avant de partager la valeur, il faut la créer ! Pour cela, il faut être en prise avec le marché. Quant au partage, cela relève aussi du modèle coopératif puisque la rémunération des agriculteurs coopérateurs est décidée en assemblée générale de section. L’idée de la coopérative est de promouvoir les produits de l’agriculteur coopérateur pour lui en restituer la meilleure valorisation. Quand on discute avec des coopératives africaines, elles nous demandent comment nous avons investi dans la transformation et elles nous disent que nous avons eu raison de le faire car c’est le meilleur moyen de créer de la valeur. Sinon, on ne vend que des matières premières. Nous sommes confortés dans nos stratégies lorsque nous entendons ce genre de témoignage !

RAA : Le retour du juste prix doit se faire sur l’ensemble de la filière et pas uniquement sur un maillon : qu’en pensez-vous ?

R. B. : Le maillon en prise avec le consommateur, c’est la distribution. Si celle-ci relève le seuil de revente à perte et qu’elle ne le répercute pas à l’industriel, cela n’a aucun sens ! Si l’industriel a une revalorisation de ses prix, il consentira plus facilement à donner une revalorisation à la partie agricole. Chacun doit gagner sa vie de manière équitable par rapport à son rôle dans la filière alimentaire. Nous sommes tous interdépendants.

RAA : Comment produire plus avec moins ?

R. B. : On se positionne en portant les bonnes pratiques que nous avons recensées. L’idée, c’est de joindre le bon sens agricole avec les nouvelles technologies. Malheureusement, le consommateur perçoit un peu mal leur présence dans la production agricole. Ce n’est pas pour produire moins bien ou de façon intensive. Au contraire, c’est pour économiser des ressources. Faire plus avec moins. Une évolution incontournable ! Nous sommes de plus en plus nombreux sur la Terre et il semblerait que nous vivions au-delà du capital de la planète depuis deux mois. Les innovations permettent également de trouver des leviers de compétitivité. Par contre, il faut investir durablement et laisser du temps pour l’évolution des pratiques : on ne pourra pas changer celles-ci du jour au lendemain ! Nous ne pouvons pas non plus faire adapter sans cesse les stratégies d’investissement ! Exemple : les biocarburants de première génération. C’était un levier important et on l’abandonne quelques années après alors qu’il y a eu de lourds investissements !

RAA : Un mot de conclusion ?

R. B. : On sait faire mais on ne sait pas assez dire ce que l’on sait faire. Nous devons faire un gros effort de pédagogie pour donner du contenu au message porté auprès du consommateur. Ce chantier-là doit être mené avec les associations de consommateurs et les organisations non gouvernementales : une volonté politique de Coop de France. Un beau chantier en perspective !

Propos recueillis par G. Hardy

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