Congrès Fefac-Eurofac : gestion sanitaire des élevages et plan protéines européen

Le congrès annuel de la Fédération européenne des fabricants d’aliments composés se tiendra les 20 et 21 juin à Sainte-Foy-lès-Lyon. Il est organisé cette année en partenariat avec son association membre française, Eurofac. Entretien avec Jean-Michel Boussit, président d’Eurofac et trésorier de la Fefac et Nick Major, président de la Fefac.

« L’objectif premier de la Fefac et d’Eurofac est de maintenir la compétitivité de l’élevage européen », rappelle Jean-Michel Boussit, président d’Eurofac et trésorier de la Fefac.

« L’objectif premier de la Fefac et d’Eurofac est de maintenir la compétitivité de l’élevage européen », rappelle Jean-Michel Boussit, président d’Eurofac et trésorier de la Fefac. Crédit : Eurofac

La Revue de l’alimentation animale : En 2017, le congrès de la Fefac était organisé à Cordoue, en Espagne, conjointement avec l’Afaca, association des fabricants d’aliments andalous. Cette année, c’est avec Eurofac, représentation unique de la nutrition animale française au niveau européen. Pourquoi cette association ?

Jean-Michel Boussit : Eurofac a été créée, il y a deux ans, par le Snia, Coop de France nutrition animale et l’Afca-Cial, afin d’organiser une représentation unifiée de la nutrition animale française et de porter ses spécificités et son savoir-faire au niveau européen. Nous avions pour ambition de développer la contribution de la France aux travaux de la Fefac. Nous avions aussi la volonté d’améliorer la visibilité des travaux menés au niveau européen auprès des entreprises. Jusqu’alors, seul le Snia était membre de la Fefac. Aujourd’hui, l’Eurofac représente 85 % de la nutrition animale française et 90 % des prémixeurs et fournisseurs. Aider la Fefac à organiser son assemblée générale en France était pour nous un bon moyen pour valoriser et démontrer l’importance du travail de la Fefac auprès de nos membres.

Nick Major : J’espère que cet événement va permettre de montrer l’estime que porte la Fefac aux opérateurs français de l’alimentation animale, ainsi que la reconnaissance de leur décision commune d’aller de l’avant au sein de la plateforme Eurofac pour faire entendre leur voix à Bruxelles. Cela montre bien que la législation ayant une incidence sur la production d’aliments pour animaux est, dans une très large mesure, décidée au niveau de l’Union européenne. Les associations peuvent être plus fortes ensemble lorsqu’elles partagent le même intérêt.

RAA : Qu’attendez-vous du rendez-vous du mois de juin ? À qui s’adresse-t-il ?

J.-M. B. : Comme chaque année, l’assemblée générale de la Fefac est un rendez-vous privilégié pour les échanges entre les opérateurs de différents pays. Ces échanges sont riches d’enseignement et participent au dynamisme de notre fédération européenne. C’est aussi un moment pour dialoguer avec notre environnement professionnel et avec les pouvoirs publics. Il s’adresse à toutes les entreprises du secteur à travers l’Europe. Bien entendu, proximité oblige, nous espérons une forte mobilisation des entreprises et administrations françaises.

N. M. : La combinaison des intervenants invités par la Fefac et par Eurofac va permettre la tenue d’un événement dynamique et intéressant, couvrant à la fois la dimension nationale et européenne.

Nick Major, président de la Fefac.

Nick Major, président de la Fefac. Crédit : Eurofac

RAA : A quand remonte l’organisation d’un congrès de la Fefac en France ?

N. M. : Le dernier congrès de la Fefac en France était en 1991, à Paris. Le thème était « l’élevage en l’an 2000 ». C’était il y a longtemps ! Une époque différente. Pendant de nombreuses années, la Fefac n’organisait à l’étranger son principal événement annuel que tous les trois ans. Cela a évolué et depuis 2013 nous sommes allés en Pologne, en Allemagne, en Turquie, en Espagne et maintenant en France. L’année prochaine, nous célébrons notre 60e anniversaire, qui se tiendra à Bruxelles.

J.-M. B. : C’était une volonté partagée du Snia, de Coop de France NA et de l’Afca-Cial d’accueillir cette année cette assemblée générale, en France. Nous avons choisi Lyon pour montrer toute la diversité de nos territoires, tout en veillant à la facilité d’accès des délégations des autres pays et à la qualité d’accueil des participants. La France, même si elle a perdu depuis quelques années maintenant la première place des pays producteurs d’aliments composés en Europe, reste et restera un grand pays pour l’industrie de la nutrition animale. Sur les deux sujets qui seront abordés cette année au cours de cette assemblée générale, nous avons beaucoup à dire et à mettre en avant. Beaucoup à échanger avec nos collègues européens.

RAA : Justement, quels sont les thèmes retenus cette année ?

J.-M. B. : Le premier jour sera consacré au rôle de la nutrition animale en tant que source de solutions pour faire face aux enjeux dans le domaine de la santé et du bien-être des animaux. Le professeur Leo den Hartog abordera sous un angle scientifique l’apport de l’innovation dans le domaine des rations alimentaires des animaux pour l’optimisation de la gestion sanitaire des élevages. Des experts présenteront ensuite leurs visions sectorielles respectives et les initiatives pour une meilleure gestion sanitaire des élevages. Ils aborderont également les synergies et les opportunités pour développer une approche holistique pluridisciplinaire. La Fefac présentera son document d’information identifiant les moyens d’accroître la contribution de la nutrition animale à la gestion sanitaire des élevages. Lors de la seconde journée, nous aborderons l’approvisionnement européen en protéines. Le directeur pour les marchés agricoles de la Commission européenne, Jens Schaps, informera les participants sur l’état d’avancement de la Pac 2020 et du Plan protéines européen qui devrait être publié avant la fin 2018. Jean-Michel Aspar, de Coceral, expliquera l’importance stratégique de garder un accès aux importations de matières premières riches en protéines pour le secteur européen de l’élevage. Suivront des présentations sur le potentiel des sources protéiques alternatives et les défis et opportunités pour les agriculteurs.

RAA : Pourquoi avoir choisi ces thèmes ?

J.-M. B. : Aujourd’hui, on a encore du mal à faire valoir la nutrition animale comme un vrai maillon porteur de valeur ajoutée pour la filière. On veut mettre en avant les capacités de la nutrition animale comme apporteur de solutions, loin de l’image du simple vendeur d’aliment, auprès des éleveurs bien sûr, mais aussi et surtout des autorités. Notamment en matière de lutte contre l’antibiorésistance. C’est une question importante et notre secteur à toute sa place dans ce débat. La nutrition animale est une solution contribuant à la baisse de l’usage de médicament en élevage, en renforçant par exemple la capacité de l’animal à résister aux attaques de pathogènes. On apporte de vraies solutions sécurisées aux éleveurs. Par ailleurs, dans ce domaine, la réglementation relative à la pharmacie vétérinaire reste à harmoniser en Europe, notamment sur les conditions de fabrication des aliments médicamenteux qui restent, malgré la forte diminution de cette production spécifique, un service toujours jugé utile par les éleveurs. Dans ce domaine, la France est en pointe sur l’encadrement et le contrôle, c’est ce que nous partageons au niveau européen dans le cadre des discussions en cours. Concernant l’approvisionnement européen en protéines, c’est un enjeu majeur pour l’Europe où bon nombre de contradictions réapparaissent. Par exemple, les politiques qui viseraient à réduire la part des biocarburants dans les transports nieraient la contribution du tourteau de colza par exemple dans nos approvisionnements. De plus, le développement des cultures de protéagineux et de soja en Europe, le développement des filières sans OGM, le besoin en protéines pour les filières bio, ou encore l’avenir des importations dans un contexte d’attentes sociétales fortes sont autant de questions à aborder dans un contexte de révision des politiques agricoles.

N. M.  : L’industrie de l’alimentation animale est l’un des principaux acteurs de l’élaboration du plan européen sur les protéines, car nous sommes le plus grand utilisateur de protéines végétales en Europe. Bien entendu, nous avons déjà apporté notre contribution et notre position initiale sur ce dossier à la Commission européenne, mais l’événement à Lyon est un moment clé pour la Fefac et Eurofac de faire entendre leurs recommandations auprès des autorités européennes et françaises.

RAA : Sur quels autres dossiers communs travaillez-vous ?

N. M.  : Il est difficile de choisir un thème en particulier car Eurofac est impliquée dans tous les comités et organes de décision de la Fefac. La coopération avec le Snia a toujours été excellente, mais nous apprécions grandement que la coopération avec Coop de France NA et l’Afca-Cial apporte une expertise supplémentaire et rende encore plus efficace la contribution de l’industrie française aux discussions au niveau de la Fefac et de l’Union européenne. Un dossier dont nous nous inspirons est l’initiative innovante de Duralim sur le développement durable de l’alimentation du bétail et des productions animales, ainsi que la déclaration sur la déforestation publiée au mois de mars. Nous sommes convaincus qu’Eurofac permettra aux fabricants d’aliments français d’augmenter encore la capacité de la Fefac à faire en sorte que l’élaboration des politiques européennes tienne compte de leurs propositions, pour un secteur de l’élevage plus efficace, sûr et durable.

Propos recueillis par E. Mouraud

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