Congrès Fefac : débats autour du Plan protéines européen

Le rapport final du plan protéines européen est attendu pour la fin de l’année. Ce document, qui a pour but d’augmenter l’autonomie de l’Europe en matières premières protéagineuses, devrait orienter la Pac post-2020. La Fefac n’a pas manqué d’aborder le sujet lors de son congrès, organisé les 21 et 22 juin à Sainte-Foy les Lyon.

Le secteur des aliments composés pour animaux est le plus grand utilisateur de protéines de l’Union européenne. Aujourd’hui, sur les 31,2 millions de tonnes (Mt) d’aliments pour animaux à base de soja utilisés dans l’Union, seulement 1,5 Mt sont produites à partir de soja cultivé sur le territoire européen. La Fédération européenne des fabricants d’aliments composés (Fefac), porte-parole des industriels du secteur au niveau des institutions européennes, s’est donc logiquement engagée pour la mise en place du Plan protéines européen, dont l’objectif est de réduire la dépendance de l’Union aux protéines importées. « Sécuriser l’approvisionnement en protéines est un élément crucial pour que le secteur européen de l’élevage puisse fournir des produits d’origine animale de qualité et compétitifs », assure la Fefac.

Nick Major, président de la Fefac.

Nick Major, président de la Fefac.

« Il doit s’agir d’une stratégie ambitieuse, sur le long terme, pour surmonter le défi croissant de la sécurisation de l’approvisionnement en protéines de l’Union européenne », a souligné le président Nick Major, lors du congrès annuel de l’association, organisé conjointement avec son association membre française, Eurofac. « Cela nécessite de nouveaux outils d’évaluation pour analyser les impacts des politiques. Il y a aujourd’hui un manque de lien avec les partenaires de l’aval. Il y a un besoin de cohérence dans l’élaboration des politiques de l’Union européenne. » Cela passe notamment par la Politique agricole commune. « Mais aussi au travers de la directive sur les énergies renouvelables, de la mise en œuvre de la Cop21, des objectifs de développement durable des Nations Unies, de la législation sur la protection des cultures, de l’innovation en matière de sélection végétale, etc., liste Nick Major. Les protéines végétales européennes devront être compétitives par rapport aux sources de protéines existantes ou alternatives. Il va falloir développer de nouvelles techniques de culture, améliorer la disponibilité, la digestibilité, revoir l’utilisation des terres. Que chaque matière première trouve sa place, en termes de prix comme d’apport nutritionnel. »

Pour Jens Schaps, directeur des marchés agricoles et des observatoires de la Commission européenne (DG Agri), la priorité est que « le plan protéines européen soit pour tout le monde : toute la filière doit être impliquée ». Ce dernier a souligné « la contribution précieuse » de la Fefac, « partenaire actif et engagé ». « Le grand défi, c’est la coordination », ajoute Marc Cornelissen, président de la Plateforme technologique européenne Plants for the Future. Initiée en 2003 par la Commission européenne, elle œuvre au développement de la génomique et des biotechnologies végétales, dans le but de fournir une alimentation saine, sûre, suffisante et abordable, de développer durablement l’agriculture et d’assurer sa compétitivité. « La sélection peut apporter une contribution significative et économiquement saine au plan de l’UE sur les protéagineuxLes opportunités résident dans l’amélioration génétique « génomique améliorée » avec le développement parallèle de pratiques agronomiques. »

Javier Valle, conseiller politique du Copa-Cogeca, comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne.

Javier Valle, conseiller politique du Copa-Cogeca, comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne.

« Une utilisation plus efficace des ressources »

Pour Javier Valle, conseiller politique du Copa-Cogeca, comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne, les principales raisons du déficit européen actuel en protéines végétales sont l’accord « Dillon Round » de 1962 dans lequel l’Union européenne a ouvert l’accès à ses marchés du soja sans droits de douane et le développement tardif des oléagineux et des protéagineux en Europe. « Aujourd’hui, le marché des protéines végétales est un marché mondialisé alimenté par le soja, principalement génétiquement modifié. Au vu des changements climatiques récents et de l’extrême volatilité des marchés, du manque de financement disponible pour la recherche sur les protéagineux et de la nécessité d’avoir des variétés nouvelles et de meilleure qualité, de l’absence de décision de la Commission européenne sur le statut juridique des nouvelles techniques de sélection végétale ou encore du manque de cohérence entre certaines politiques, il est nécessaire d’avoir un plan concret et efficace garantissant un soutien à long terme pour la production de protéines végétales, en termes d’investissement, d’innovation et de recherche, tout au long de la chaîne de valeur. »

Les recommandations portées par le Copa-Cogeca pour améliorer le stock européen et rééquilibrer le déficit en protéines végétales sont nombreuses : mettre l’accent sur la recherche visant à améliorer efficacement les rendements (en soja, pois, haricots, lupins et luzerne) et leur tolérance à la maladie ainsi qu’une meilleure utilisation de la farine de colza et de tournesol ; assurer le revenu des agriculteurs dans le cadre de la Pac et une agriculture durable, innovante et compétitive ; fournir des outils de prévision améliorés pour faire face à la volatilité des prix et aux prévisions de rendement ; proposer des formations aux agriculteurs pour améliorer la productivité et leurs capacités d’adaptation aux signaux du marché et aux attentes des consommateurs ; mener une politique ciblée en faveur des biocarburants ; promouvoir les relations contractuelles ; etc.

« L’objectif n’est pas de créer une alternative entièrement nouvelle aux importations de soja, mais de soutenir les systèmes de production existants et d’optimiser ceux qui pourraient également inclure des cultures riches en protéines. Avoir une utilisation plus efficace des ressources. » Pourquoi pas en révisant aussi la réglementation et la gestion des sous-produits animaux. « Trouver d’autres sources de protéines permettrait de réduire la volatilité des prix et la dépendance de l’UE vis-à-vis des importations, favoriserait les économies d’énergie et la réduction des émissions de CO2, l’utilisation de protéines produites localement, en réduisant les distorsions de concurrence avec les importations de viande en provenance de pays tiers où les PAP peuvent être utilisées pour l’alimentation animale. Cependant, il faut une évaluation des risques robustes pour prouver l’innocuité de la réintroduction. La sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux revêt une importance primordiale et constitue une condition préalable. »

« De nombreux scénarios sont possibles »

Jean-Michel Aspar, président du Syndicat national du commerce extérieur des céréales, graines, légumes secs, produits oléagineux et dérivés (Synacomex) et représentant de l’association européenne Coceral (commerce des céréales, du riz, des aliments pour animaux, des graines oléagineuses, des huiles et des graisses et de l’agroalimentaire) estime quant à lui que l’offre européenne ne pourra pas faire le poids. « Il y a eu une forte poussée des protéagineux avec une production record en 17/18, grâce à la volonté politique et à la demande croissante en élevage (production à la fois plus intensive et biologique). Mais la superficie consacrée aux protéagineux restera restreinte. »

« La tendance, aujourd’hui, est au local et au non OGM. Imaginons un scénario dans lequel les États membres voudraient s’éloigner des importations de soja et de farine de soja OGM : ce n’est clairement pas vraiment faisable ! L’utilisation de soja non OGM par l’UE serait beaucoup plus élevée que la disponibilité mondiale. Nous pouvons estimer que seuls 13 MT de soja non-OGM peuvent provenir des principaux pays exportateurs de soja : ce n’est pas suffisant pour remplacer les 37 Mt dont a besoin l’Europe. L’Union peut-elle convaincre les agriculteurs d’Amérique du Nord et du Sud de passer au soja non OGM ? Même avec des primes élevées et des contrats, il faudra du temps et des difficultés pour atteindre des volumes aussi élevés et cela ne résoudra pas les risques actuels de déforestation. Les volumes de soja produits de manière durable ne peuvent pas augmenter très rapidement. »

Jean-Michel Aspar, président du Syndicat national du commerce extérieur des céréales, graines, légumes secs, produits oléagineux et dérivés (Synacomex) et représentant de l’association européenne Coceral (commerce des céréales, du riz, des aliments pour animaux, des graines oléagineuses, des huiles et des graisses et de l'agroalimentaire).

Jean-Michel Aspar, président du Syndicat national du commerce extérieur des céréales, graines, légumes secs, produits oléagineux et dérivés (Synacomex) et représentant de l’association européenne Coceral (commerce des céréales, du riz, des aliments pour animaux, des graines oléagineuses, des huiles et des graisses et de l’agroalimentaire).

Pourrait-on donc remplacer les importations de soja de l’UE par des protéines produites localement ? « Il y a beaucoup de choses à faire en local mais cela prend du temps. Et les protéines ne sont pas si facilement remplaçables. En alimentation animale, le soja est une bonne alternative. Il faudrait donner des produits de synthèse ou plus d’aliments pour fournir le même niveau de protéines, mais cela n’est pas possible car les animaux ne consomment qu’une certaine quantité maximale d’aliments par jour. Il faudrait multiplier les zones de culture mais cela est difficile à cause des restrictions de rotation. De plus, ces cultures sont très peu attractives pour les agriculteurs, les marges brutes sont trop faibles. En plus, nous perdrions de la superficie pour d’autres cultures, comme le blé, et l’Union deviendrait un importateur net de blé, au détriment des régions les plus pauvres ce qui soulève une question de responsabilité globale… » Jean-Michel Aspar indique tout de même que « de nombreux scénarios sont possibles, et les nouvelles technologies pourraient perturber la situation actuelle. Mais à quel prix ? Et les consommateurs les accepteront-ils ? »

Une question à laquelle Linda de Bie, de l’université de Wageningen, a apporté des éléments de réponse lors du congrès. Cette dernière s’est intéressée à l’acceptation par les consommateurs de l’utilisation de nouvelles protéines (algues, feuilles, insectes, protéines unicellulaires) dans l’alimentation des animaux d’élevage. « Elles ont un potentiel pour l’alimentation animale et une réelle valeur ajoutée, notamment pour les aliments provenant d’animaux nourris aux insectes. Cette nouvelle source de protéine est considérée comme nutritive, saine et respectueuse de l’environnement. L’intention des consommateurs européens d’acheter des hamburgers de poulet nourris avec des insectes est aussi élevée que pour des hamburgers au poulet lambda. Pour les burgers au bœuf, les intentions sont cependant moins élevées. Le dégoût est significativement plus important lorsqu’il s’agit d’insectes entiers plutôt que de dérivés. Le marché est déjà là, la montée en gamme est nécessaire, mais pour le moment la législation est un obstacle. Il reste également des problématiques liées à l’industrialisation. Le prix est aussi un frein. » Pour Javier Valle, il s’agit là « de défis à relever, mais aussi d’opportunités ».

Ermeline Mouraud

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