Durant toute la journée, l’auditoire a pu échanger avec les différents intervenants.

Chèvres laitières : « Surveiller le plan de rationnement »

Fin mars, à Tours en Indre-et-Loire, l’Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales a organisé une journée dédiée aux chèvres laitières : l’occasion pour les participants de mettre à jour leurs connaissances relatives à l’alimentation des caprins.

L’Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales (Aftaa) n’avait plus organisé de journée de formation dédiée aux chèvres laitières depuis 2010. La session qui s’est tenue le 27 mars dernier à Tours tombait donc à point nommé pour la cinquantaine de participants (nutritionnistes, technico-commerciaux, ingénieurs, techniciens, etc.). Vétérinaire en Poitou-Charentes, Jérôme Despres a évoqué les pathologies caprines liées à l’alimentation : à l’issue de son exposé, le praticien a accepté de répondre à nos questions.

La Revue de l’alimentation animale : Chez les caprins, les pathologies liées à l’alimentation sont-elles fréquentes ?

Durant toute la journée, l’auditoire a pu échanger avec les différents intervenants.

Durant toute la journée, l’auditoire a pu échanger avec les différents intervenants.

Jérôme Despres : Oui. Il y a quelques années, les pathologies étaient très visibles et engendraient des taux de mortalité importants. Aujourd’hui, le phénomène est plus sous-jacent : les déséquilibres alimentaires induisent des baisses de production et éventuellement d’autres pathologies indirectes. Par exemple, des erreurs alimentaires peuvent favoriser des pathologies comme la paratuberculose, la listériose et des nécroses du cortex.

RAA : Lors de votre exposé, vous avez cité un certain nombre de maladies dont l’acidose ruminale : de quoi s’agit-il ?

J. D. : Dans la théorie, c’est un excès d’acides gras volatils provoqué en particulier par un excès d’amidon ou de glucides fermentescibles : l’animal ne compense pas l’acide propionique en excès. D’où une baisse du pH et une clinique d’acidose. On a aussi des phénomènes plus latents liés à un déficit de fibres.

RAA : Quelles sont les conséquences de l’acidose ruminale ?

J. D. : Lorsque l’acidose est importante, la mort est foudroyante. Soit il s’agit de cas isolés, soit cela concerne tout un troupeau s’il y a eu une grosse erreur dans le rationnement. Parfois, on a des diarrhées chroniques où deux ou trois animaux par semaine sont touchés. Est-ce le comportement de quelques animaux qui mangent plus que d’autres ? Il y a aussi probablement un déficit de fibres dans la ration.

Vétérinaire en Poitou-Charentes, Jérôme Despres a présenté un exposé sur les pathologies caprines liées à l’alimentation.

Vétérinaire en Poitou-Charentes, Jérôme Despres a présenté un exposé sur les pathologies caprines liées à l’alimentation.

RAA : Quelles sont les solutions préventives et curatives ?

J. D. : Sur le plan préventif, il faut respecter le programme alimentaire élaboré par le technicien et estimer la consommation réelle de fibres. Certes, celle-ci n’est pas toujours facile à objectiver. Sur le plan sanitaire, une vaccination contre l’entérotoxémie limite une transition alimentaire brutale suite à un changement d’aliment, de ration ou de concentré.

RAA : Justement, l’entérotoxémie, c’est quoi ?

J. D. : C’est un développement de clostridies au niveau du tube digestif en raison d’une stase ou d’une altération de la rumination. Là encore, c’est lié à la quantité et à la qualité de ce que l’animal ingère. Dans 95 % des cas, ce sont des phénomènes d’acidose. De temps en temps, on a des alcaloses ou des excès d’azote. La qualité et la quantité de l’eau apportée ne sont pas non plus à négliger. Voire d’autres pathologies plus individuelles : parasitisme ou maladies bactériennes. (…) La conséquence, c’est souvent une mort rapide. Un peu comme pour l’acidose car celle-ci finit en entérotoxémie. Les plans de prévention sont donc similaires et concernent l’alimentation : concentrés, fibres et eau. Il faut également surveiller le plan de rationnement, c’est-à-dire la cohérence entre l’apport d’azote, d’énergie et la synchronisation des repas : distribuer du fourrage avant de donner du concentré. Par ailleurs, la vaccination compense des déséquilibres mineurs.

RAA : Un mot sur les diarrhées tournantes en lactation ?

J. D. : J’ai l’impression d’en voir plus qu’avant. Et d’autres vétérinaires font le même constat. À nouveau, ce sont des problèmes de quantité ou de qualité. Est-ce une consommation individuelle ou un défaut de fibres ? Je pense qu’il s’agit plutôt d’un défaut de fibres réellement consommées par l’animal.

RAA : Vous avez également parlé des infections nerveuses : qu’est-ce que c’est ?

J. D. : On peut en citer principalement trois : la toxémie de gestation, la listériose et la nécrose du cortex. Les deux premières ont toujours existé mais en Poitou-Charentes la listériose est en recrudescence. C’est lié à la présence de listéria, en particulier dans les rations humides de type enrubannage ou ensilage. Intervient également un problème de conservation. Quant à la toxémie de gestation, elle résulte de la consommation réelle des animaux et du plan de rationnement jusqu’à la mise bas.

RAA : Finalement, sur le plan nutritionnel, la moindre erreur se paie cash !

J. D. : Nous, praticiens, voyons beaucoup moins d’erreurs qu’il y a vingt ou trente ans : les rations sont mieux calées, les opérateurs (éleveurs, conseillers, techniciens, etc.) sont mieux formés et le suivi est important. On constate plus des erreurs dans le suivi du plan de rationnement et la distribution des aliments que dans des quantités distribuées en excès : j’en reviens à la consommation de fibres et à la mécanique du rumen.

Propos recueillis par Gilles Hardy

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