Céréopa/Vigie Matière Première : remue-méninges sur le marché des protéines

Le marché des protéines était à l’honneur de la dernière journée Vigie Matières Premières organisée le 2 décembre, à Paris. Des tourteaux végétaux aux protéines animales transformées, en passant par le développement du soja européen : tour d’horizon en compagnie d’experts de haut vol invités par le Céréopa.

« Le marché des protéines doit s’appréhender à l’échelle mondiale et en prenant en compte une multitude de critères, si l’on veut avoir ne serait-ce qu’une idée de ce qu’il se passe… dans la journée », prévient Christian Baichère, trader chez InVivo Grains. Difficile dans ce contexte de forger des certitudes. Patricia Le Cadre (Céréopa), Anne Huitorel (Noble) et Christian Baichère se sont tout de même prêtés au jeu hasardeux de la prospective en proposant, dans une conversation à trois voix, leurs sentiments sur l’évolution des marchés oléagineux et protéagineux.

Le soja sous les projecteurs

Anne Huitorel, de chez Noble, a proposé quelques pistes de réflexion autour du soja.

Anne Huitorel, de chez Noble, a proposé quelques pistes de réflexion autour du soja.

« Les stocks d’oléagineux ne cessent de gonfler, sous l’impulsion du soja », observe Patricia Le Cadre. L’offre totale des sept oléagineux (N.D.L.R. : soja, tournesol, colza, coton, arachide, palmiste et coprah) est en hausse de près de 34 Mt par rapport à la saison précédente, alors que la demande, elle, ne devrait progresser que de 15 Mt. » En cause, des récoltes exceptionnelles de graines de soja, qui portent la production mondiale de la graine la plus convoitée à 313 Mt, à laquelle il faut ajouter un énorme stock argentin. « Au total, l’offre 2014-2015 atteint le niveau record de 377 Mt, à comparer aux 344 Mt et 320 Mt des deux saisons précédentes. » Malgré ces indicateurs favorables, aucune baisse des prix ne se profile à l’horizon. Anne Huitorel y voit le poids décisif du comportement des fermiers : « On vient d’un prix de la graine très bon, qui a incité les producteurs à planter du soja. Dans le même temps, les fermiers pratiquent la rétention sur leurs récoltes. Ils ne vendent pas et préfèrent stocker car ils ont accumulé suffisamment de cash pour se permettre d’attendre. » Les trois experts s’accordent à dire que seulement 25 % de la récolte brésilienne sera vendue fin janvier 2015. Le fermier argentin, lui non plus, ne semble pas décidé à vider ses silos, « car le soja lui permet d’arbitrer la terrible inflation qui ravage le pays ». À cela s’ajoute un facteur logistique pointé par Christian Baichère : « Il y a eu des problèmes d’acheminement des graines à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, par exemple, les transports ont été mobilisés par les matières énergétiques, telles que le gaz de schiste, au détriment du transport de matières premières agricoles. » Sur le papier, les graines sont là, mais elles ne sont pas forcément disponibles à la vente, maintenant les cours à des niveaux stratosphériques compte tenu des stocks disséminés aux quatre coins du monde et surtout en Amérique du Sud. « Preuve que les stocks ne font les prix que s’ils sont liquides », glisse Patricia Le Cadre.

Le marché des graines n’est pas celui des tourteaux

« Les stocks ne font pas les prix », estime Patricia Le Cadre, directrice d'étude au Céréopa et animatrice des débats Vigie Matières Premières.

« Les stocks ne font pas les prix », estime Patricia Le Cadre, directrice d’étude au Céréopa et animatrice des débats Vigie Matières Premières.

En tourteaux, les cotations restent accrochées au-dessus des 400 €/t en disponible. « Le marché espérait un retour à 300 €/t, mais on en est loin », concède Patricia Le Cadre. Alors, quels sont les éléments qui entrent en ligne de compte dans la « fabrication » de ce prix ? La disponibilité et la liquidité des stocks de graines sont des premiers facteurs explicatifs, mais il y en a d’autres : « L’alternative au tourteau de soja que constituent les tourteaux secondaires (colza, tournesol) n’a pas tenu son rôle habituel. Les récoltes ont été fabuleuses, avec des prix à la baisse. C’était bon marché donc c’est parti, et l’on se retrouve en décembre avec un bilan bien plus serré que l’an dernier », explique Christian Baichère. Pas de quoi compter sur les tourteaux secondaires, donc, pour faire baisser le prix du tourteau roi. Par ailleurs, la farine de poisson est « aux abonnés absents », en raison d’une baisse importante du quota de pêche péruvien qui impacte fortement le prix des farines. Les DDGS (Distillers dried grains with solubles) ont représenté, pendant un temps, une alternative bon marché au tourteau de soja aux États-Unis. Patricia Le Cadre analyse. « Les drèches US, sont exportées majoritairement en Chine. Ce pays ayant bloqué l’importation des DDGS au deuxième semestre 2014 pour cause d’OGM non autorisé, cela a fait baisser le prix des DDGS sur le marché intérieur américain. » L’embargo a cessé depuis, orientant les prix des drèches à la hausse. Ainsi va le marché : le tourteau de soja reste la clé de voûte de l’édifice protéines.

Protéines animales transformées

Jean-Louis Hurel, président du Syndicat des industries françaises des coproduits animaux (Sifco), a proposé un point d’étape sur le marché des protéines animales transformées (PAT) au niveau français, européen et mondial. En introduction, celui qui est aussi PDG du groupe Saria Industrie France a souligné les progrès réalisés par la profession depuis la crise de l’ESB. « Les farines animales contenaient tout ce que l’on pouvait trouver chez un équarrisseur. Depuis le 1er mai 2003, seuls les déchets de catégorie 3 sont valorisables, sous conditions, en alimentation animale. Il s’agit de sous-produits d’animaux sains abattus en abattoirs et déclarés propres à la consommation humaine. » D’un point de vue global, l’Europe a la réglementation la plus stricte. Les fabricants d’aliments brésiliens, asiatiques et nord-africains utilisent largement les sous-produits animaux. Pour le Sifco, il s’agit d’une distorsion de concurrence évidente. « D’autant que la viande produite dans ces pays, nous en consommons en grande quantité. 85 % des poissons consommés, ou encore 70 % des poulets consommés hors foyer ont été nourris avec des protéines animales, sans contrôle. » La Commission européenne s’interroge sur l’opportunité d’une réintégration des PAT, sous conditions extrêmement sévères. En attendant, l’industrie des coproduits animaux se tourne vers d’autres débouchés. « Il y a l’oléochimie, avec des graisses animales entrant dans la composition des savons, lubrifiants, peintures, le combustible pour les cimenteries et les usines d’incinération, la fertilisation avec les farines de plumes et de sang, le biodiesel, etc. », énumère Jean-Louis Hurel.

(…)

O. W.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 683 janvier-février 2015

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