Carrefour international des matières premières : alimentation animale et développement durable

Le 3e Carrefour international des matières premières, organisé par Feedsim Avenir et Nutrinoë, s’est tenu à Rennes le 18 septembre, dans le cadre du Space. Ce colloque, intitulé Nutri Climat 15 et consacré au potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre des productions animales et au rôle de la nutrition animale, a réuni une soixantaine de professionnels du secteur.

Après une matinée de conférences, les professionnels du secteur ont pu échanger durant les 22e Rencontres de la nutrition animale et de l'agroalimentaire.

Après une matinée de conférences, les professionnels du secteur ont pu échanger durant les 22e Rencontres de la nutrition animale et de l’agroalimentaire.

En France, 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont aujourd’hui produites par l’agriculture. Ce secteur est donc incontournable dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et le régime alimentaire des animaux d’élevage en est l’un des principaux leviers. Un sujet auquel était consacré le 3e Carrefour international des matières premières, organisé en marge du Space par Feedsim Avenir et Nutrinoë. Au travers de plusieurs conférences, les différents acteurs de la filière présents ont été amenés à réfléchir au potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre des productions animales et au rôle de la nutrition animale. « Un maillon essentiel, à la croisée des chemins entre productions végétales et animales, a souligné Hervé Vasseur, président de Nutrinoë, dans son introduction. Nous nous devons d’être vigilants sur une juste utilisation des ressources disponibles et un acteur majeur dans la préservation de la planète. »
« L’alimentation animale est un point d’attention pour le consommateur final (sécurité, qualité), les filières animales (cahiers des charges, compétitivité), et les ONG et sociétés civiles (déforestation). Ces trois dimensions, sociale, économique et sociétale, sont les trois piliers de la durabilité », explique Valérie Bris, directrice adjointe de Coop de France Nutrition animale, invitée au Carrefour pour aborder le thème de l’approvisionnement en matières premières, facteur essentiel de la durabilité de la nutrition animale. 89 % du coût carbone d’un aliment pour bétail correspond aux matières premières, contre 7 % pour le transport et 3 % pour la fabrication.

Hervé Vasseur, président de Nutrinoë.

Hervé Vasseur, président de Nutrinoë.

Une charte sur les approvisionnements durables
« Afin d’apporter une réponse et une définition globale et crédible, nous travaillons depuis deux ans avec le Snia sur la plateforme Duralim. » Une charte sur les approvisionnements durables en matières premières, présentée officiellement à l’occasion de cette conférence, visant à faire référence et, à terme, guider les achats des fabricants d’aliments français et devenir un centre de ressources sur la durabilité de l’alimentation animale. « Objectifs de ce document : avoir une démarche de progrès, faire connaître les bonnes pratiques existantes, communiquer positivement et pérenniser les productions animales et végétales en France et les filières qui en dépendent. »
Quatre axes de valorisation ont été définis : une origine France privilégiée, des niveaux de qualité et de sécurité sanitaire garantis, une valorisation optimisée des ressources et des pratiques professionnelles qui s’appuient sur un cadre réglementaire exigeant. « Nous avons également déterminé quatre axes de progrès : connaissance des cadres réglementaires et des initiatives de progrès des pays d’origine des matières premières, durabilité des approvisionnements en protéines, évaluation de l’empreinte environnementale de l’alimentation animale française et développement de l’agriculture de précision et du bio-contrôle. »

Un outil pour mesurer l’impact environnemental
Dans ce même objectif de durabilité et de mesure de l’impact environnemental des matières premières, le CasDar et l’Ademe travaillent actuellement à la mise en place de la base de données Ecoalim. « Un outil complémentaire du programme Agribalyse, recensant 60 matières premières différentes entrant ou pouvant entrer dans l’alimentation animale, et 150 données, analyses et inventaires de cycle de vie, réalisés entre 2008 et 2012 », indique Sandrine Espagnol, de l’Ifip. Ecoalim est aussi basée sur une méthodologie d’évaluation environnementale (combustion, pesticides, photosynthèse, lessivage, ruissellement,… ) ainsi que sur les impacts : consommation de phosphore, occupation de surface, consommation d’énergie, « Il n’y a pas les mêmes impacts relatifs entre matières premières d’un impact à l’autre ». Les différents itinéraires de production sont également pris en compte. « Les différences peuvent aller jusqu’à 15 % en fonction des ITK. »
Quelques chiffres, tirés de cette nouvelle base de données, de l’impact des matières premières sur le changement climatique, en kg équivalent CO2/t : 428 pour le blé, 464 pour le maïs, 391 pour l’orge. En kg eq CO2/t : 396 pour le tourteau de colza, 553 pour le tourteau de soja brésilien trituré en France, sans déforestation, et 1 704 avec déforestation. 340 kg eq CO2/t de tourteau de tournesol français décortiqué, contre 547 pour du tourteau de tournesol ukrainien. « Toutes ces données, représentatives et de qualité élevée, seront accessibles très bientôt et gratuitement sur internet. Des fiches descriptives matières premières ainsi que le rapport méthodologique seront également mis en ligne », ajoute Sandrine Espagnol. Une intégration dans les tables d’alimentation de l’Inra est prévue. « Ces données pourront être utilisées pour améliorer les pratiques agricoles pour de moindres impacts, pour la prise en compte de critères environnementaux dans la formulation, et pour la réduction in fine des impacts des produits animaux. L’objectif est, à terme, de mettre toutes ces valeurs en lien avec les données ACV (Analyse du cycle de vie) des matières premières des autres pays. Qu’il y ait une cohérence dans l’Union européenne pour créer une base de données unique, en intégrant le critère environnemental et le critère prix. »

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Ermeline Mouraud

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 690 – octobre 2015

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