Assemblée générale Nutrinoë : la filière et la sécurité sanitaire

La perception de la sécurité sanitaire dans les productions animales par la société et les consommateurs et les réponses apportées par les entreprises de la filière de la nutrition animale bretonne étaient au cœur des discussions de l’assemblée générale de l’association Nutrinoë, qui s’est déroulée en juin dernier, à Rennes.

« Les exigences sanitaires sont aujourd’hui très fortes : rien de plus normal pour garantir la santé de nos concitoyens. Nous devons être irréprochables », a appuyé Hervé Vasseur, directeur de Cecabroons et président de Nutrinoë, lors de l’assemblée générale de l’association. Pascale Hebel, responsable du pôle consommation et entreprises au Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), était invitée pour l’occasion, afin d’apporter un éclairage sur la perception de la sécurité sanitaire dans les productions animales par la société et les consommateurs. Cette dernière a présenté les résultats d’une étude menée en 2016 auprès de 1 519 ménages français représentatifs.

De nombreux acteurs de la filière ont été invités à débattre sur les réponses apportées par les entreprises bretonnes de la nutrition animale en matière de sécurité sanitaire.

De nombreux acteurs de la filière ont été invités à débattre sur les réponses apportées par les entreprises bretonnes de la nutrition animale en matière de sécurité sanitaire.

L’enquête montre, « associée au changement de mode de vie et de valeurs, la montée des attentes santé et durable. Les consommateurs attendent aujourd’hui une alimentation nutritionnellement adéquate et saine (fortification nutritionnelle, produits riche en vitamines et minéraux), culturellement acceptable, accessible, équitable et abordable et à faible impact environnemental, respectueuse de la biodiversité et des écosystèmes. » À l’image du Pacte de politique alimentaire urbaine, signé par une centaine de villes (dont Bordeaux, Grenoble, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes et Paris) lors de l’exposition Universelle de Milan en 2015. Un texte notamment destiné à améliorer la cohérence entre les politiques et les programmes alimentaires et à « développer des systèmes alimentaires durables, inclusifs, résilients, sûrs et diversifiés, qui fournissent des aliments sains et abordables à tous dans le respect des droits fondamentaux, réduisent au maximum le gaspillage, préservent la biodiversité et atténuent les effets du changement climatique tout en s’y adaptant ».

Préoccupations sociales et environnementales

Si les préoccupations alimentaires et les risques perçus diffèrent en fonction des époques, c’est également le cas en fonction des visions culturelles voire religieuses à l’échelle européenne : « Préoccupations sociales pour les cultures catholiques, qui ont principalement peur des produits chimiques, préoccupations environnementales pour les cultures protestantes, dont les inquiétudes portent plus sur le bien-être animal ». La cartographie des risques perçus comme les plus inquiétants dans chaque État membre, présentée par Pascale Hebel, montre bien ces différences : le bien-être des animaux d’élevage arrive en tête des risques en Suède, en Finlande et au Royaume-Uni, les résidus de pesticides et polluants sont quant à eux en tête en France, en Belgique comme en Italie.

« En France, pesticides est le mot le plus cité comme facteur d’inquiétude sur les fruits et légumes, antibiotique pour les viandes, vient ensuite le bien-être animal, et les conservateurs pour les produits industrielsOn observe tout de même une montée de la préoccupation environnementale en France. Elle était au plus haut en 2008, après le Grenelle de l’environnement : 25 % des Français citaient la dégradation de l’environnement comme l’une de leurs deux préoccupations principales. Le pourcentage a baissé jusqu’à 14 % avec la crise économique et là ça repart (19 % en 2017). » De plus, « les nouvelles générations sont nettement plus sensibles à l’environnement ».

Pascale Hebel, responsable du pôle consommation et entreprises au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc).

Pascale Hebel, responsable du pôle consommation et entreprises au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc).

Sur le territoire national, les plus inquiets sont les habitants du Sud Ouest (45 %), les 55-64 ans (38 %), les cadres (34 %), les artisans commerçants (36 %), les femmes (33 %) et les plus diplômés (32 %). Pascale Hebel a pointé du doigt les crises alimentaires « qui ne cessent d’augmenter depuis 2013 » : fraude à la viande de cheval, affaire Fipronil, affaire Lactalis, etc. « Cela est associé à du food bashingCependant les risques réels n’augmentent pas. La mortalité liée à l’alimentation a même fortement diminué depuis le début du XXe siècle. Les risques perçus sont tout de même en hausse de 16 points en 20 ans : 55 % en 1995 pour 71 % en 2016. » Les découvertes scientifiques modifient également les peurs et les recommandations nutritionnelles : « Aujourd’hui, cinq facteurs sont associés à une augmentation des risques de cancer : boissons alcoolisées, surpoids et obésité, viandes rouges et charcuteries, sel et aliments salés, compléments alimentaires à base de bêta-carotène. La charcuterie est maintenant séparée des viandes et il ne faut pas en consommer plus de 150 g/semaine. Les fruits et légumes, fibres alimentaires et produits laitiers sont quant à eux des facteurs diminuant le risque de cancer. »

« Les facteurs de réassurance évoluent avec le temps : en 2018, l’aliment de qualité est avant tout bio, sans OGM, frais et naturel. La montée du bio en France a été rapide : entre 17 et 21 % de croissance en deux ans. On rattrape l’Allemagne. Il y a également un besoin de transparence, de confiance dans les agriculteurs. Le consommateur de demain est un consommateur plus connecté et qui consomme moins de produits animaux, pour des raisons économiques, écologique et de bien-être animal. »

Les réponses de la filière

« La filière de la nutrition animale travaille depuis plus de 40 ans pour améliorer ses procédures sanitaires », a rappelé Hervé Vasseur. Les nombreuses initiatives portées tout au long de la filière ont été abordées lors d’une table ronde, animée par Stéphane Gouin, maître de conférences agroalimentaire à Agrocampus Ouest, et réunissant Ludovic Michel, président d’Oqualim, Dominique Bricard, président de Qualimat, Renaud Lailler, coordinateur de la plateforme nationale de surveillance sanitaire de la chaîne alimentaire, au titre de l’Anses et en collaboration avec la Direction générale de l’alimentation, Lieven Callewaert, responsable France GMP +, Patrick Gambade, vétérinaire Pôle santé Sanders Bretagne et Françoise Chartier, chef du service régional de l’alimentation.

Des initiatives comme Oqualim, qui coordonne depuis maintenant dix ans les démarches collectives de la nutrition animale française en matière de qualité et de sécurité sanitaire grâce aux plans d’autocontrôles mutualisés et la certification des usines avec le référentiel de la nutrition animale (RCNA). « 244 usines françaises sont certifiées, soit plus de 90 % de la production française, indique Ludovic Michel. En France on maîtrise le mieux la sécurité sanitaire, mais c’est aussi là où les consommateurs ont le plus peur. Nous devons rendre les mesures plus robustes, élargir la démarche mais surtout maintenir ce niveau d’exigence et le mettre en avant auprès des consommateurs, des distributeurs, des filières. »

Renaud Lailler, coordinateur de la plateforme nationale de surveillance sanitaire de la chaîne alimentaire et Dominique Bricard, président de Qualimat.

Renaud Lailler, coordinateur de la plateforme nationale de surveillance sanitaire de la chaîne alimentaire et Dominique Bricard, président de Qualimat.

Qualimat contribue également, depuis quarante ans, à sécuriser la filière et à son équilibre économique, en construisant et en entretenant des outils mutualisés de contrôle et de connaissance des matières premières. « Au début, la sécurité sanitaire était subie par les professionnels, aujourd’hui elle est maîtrisée et les professionnels sont sereins, estime Dominique Bricard. Il reste tout de même des questions, il y a des progrès à faire notamment sur la définition d’un lot suspect ou la gestion des alertes salmonelles, mais aussi sur la maîtrise et le contrôle de l’information. Il y a aussi un besoin de coordination, lisibilité et fluidité. Il faut plus de discussions entre les différents acteurs, avec une organisation agile et réactive. » Hervé Vasseur souligne : « Le collectif, avec Qualimat et Oqualim, est notre maître mot pour nous améliorer, tout en maintenant la compétitivité indispensable de nos métiers et de nos filières de productions animales. »

Renaud Lailler estime lui aussi que « le collectif fait vivre la démarche ». Ce dernier est revenu, au cours de la table ronde, sur la mise en place de la plateforme nationale de surveillance sanitaire de la chaîne alimentaire (SCA). Créée en juillet 2018, cette plateforme contribue à « développer une surveillance plus intégrée, dans laquelle tous les acteurs professionnels à chaque étape de la chaîne alimentaire sont impliqués » : production, transformation, distribution, consommation. Elle vise à créer un espace de concertation pluridisciplinaire, afin de mutualiser les moyens et compétences et d’optimiser les actions de surveillance de la sécurité des aliments. Elle doit permettre d’améliorer la collecte et la valorisation des informations issues des plans de surveillance et plans de contrôle mais également issues des autocontrôles réalisés par les industriels.

La plateforme englobe l’ensemble des contaminants, chimiques, physiques ou biologiques, d’origine animale ou végétale, susceptibles de se retrouver dans les denrées alimentaires et responsables de maladies ou d’effets indésirables chez l’Homme. Le programme de travail prioritaire a pour objectif de poursuivre les travaux menés sur les Salmonella et Campylobacter, les deux premières causes de toxi-infections alimentaires d’origine bactérienne en France. « Cette plateforme représente le dernier maillon pour le renforcement de la surveillance sanitaire en santé animale, santé végétale et alimentation. L’Anses est pleinement impliquée dans cette action collaborative afin de contribuer à la prévention des risques et de protéger la santé de tous. En tant que laboratoire de référence national, nous devons être au cœur du dispositif. » Pour Renaud Lailler, il faut aussi « éduquer le consommateur, pour pouvoir accompagner tout ce qui est fait. Il faut aller vers une augmentation de la prévention et savoir de quoi on parle, tout au long de la chaîne, de la fourche à la fourchette ».

Ermeline Mouraud

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