Assemblée générale de l’Afca-Cial : l’avenir est dans le pré

À l’occasion de son assemblée générale, l’Afca-Cial a convié Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Celui-ci a, sur le thème du contexte géopolitique et alimentaire mondial, ses enjeux et perspectives pour la France, offert à l’assemblée une expertise géopolitique distanciée du secteur agricole, selon une approche originale très appréciée des participants.

Dès l’entame, l’intervenant donne le ton : l’européocentrisme n’est plus de mise. Le monde a radicalement changé. Et beaucoup d’incertitudes géopolitiques apparaissent. Depuis dix ans, pour beaucoup, le monde se définit de façon polycentrique. Mais, pour Sébastien Abis, il est plutôt « apolaire », multilatéral, avec un problème notoire de leadership. Cet état de fait induit plusieurs observations : le rôle et le poids du commerce sont en constante augmentation, la question sociale mondiale montre une dégradation sociale zonale forte (tandis que la valeur « moyenne » indique une amélioration) et la géographie en matière agricole reprend sa place.

Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Hormis la Corée du Nord, la planète aurait été politiquement active sur les vingt à trente dernières années. Les systèmes « bougent » quelles que soient les options retenues. La croissance démographique indique une reprise de la natalité : au Sahel on l’évalue à 7 à 8 enfants par femme ! Ce qui tend à s’interroger sur le chiffre référence de 9 milliards d’individus d’ici à 2050 qui correspond en fait à une fourchette de 8 à 11 milliards, avec une incertitude de… 3 milliards.
Par ailleurs, si la population vieillit en Europe, 90 % de la population jeune se trouvent dans les pays les moins avancés. Pour lesquels il va s’agir, d’ici à 2025, de créer des emplois (600 millions) qui ne soient ni précaires ni volatiles.
L’intervenant insiste aussi sur la superposition flagrante de la cartographie mondiale de la faim, de la pauvreté et des situations de conflits.

Il convient donc d’envisager une nouvelle géopolitique des ressources. Depuis cinquante ans, une masse de travaux spéculatifs a vu le jour sur le peak performance (performance optimale) pétrolier, mais rien sur le pic céréalier par exemple. Ce constat montre que le regard sur les ressources est très différencié par type. Parallèlement, on peut souligner une très forte corrélation entre l’augmentation du PIB mondial, la croissance du commerce et celle du transport maritime. Si l’on prend l’exemple du Maroc, 1er exportateur mondial de phosphate (OCP), on observe que 75 % de ses réserves vont vers l’Inde.
Mais nous sommes aussi dans une séquence particulière en termes d’agenda mondial : l’exposition universelle 2015 qui se tient à Milan rassemble 144 pays. Les Nations Unies, la FAO et l’Union européenne sont également présents autour du thème : Nourrir la planète, énergie pour la vie, c’est-à-dire la sécurité alimentaire. Vont suivre l’Agenda post 2015 : Objectif développement durable (ODD) puis le rendez-vous COP 21 en fin d’année tandis qu’en parallèle, sur le plan politique, pèsent la question ukrainienne, l’accord avec l’Iran, le chaos moyen-oriental et la question chinoise pour ne citer que celles-ci.

Nous vivons donc des changements, mais, et l’intervenant y insiste, il ne faut pas en avoir peur (laquelle peur est particulièrement bankable en France). Dans un contexte d’incertitudes, l’agriculture est un repère tangible parce que l’alimentation est un besoin intemporel.

La revanche de monde agricole ?
Peut-on parler pour autant d’une possible « revanche » de l’agriculture ? Il y aurait, selon Sébastien Abis, un véritable déni de réalité concernant l’importance de ce secteur traité en parent pauvre. Le secteur primaire est communément perçu comme en voie de disparition au bénéfice de celui des services. Pour cette raison, il faut communiquer autour du défi essentiel sinon vital de « produire plus mais mieux », car aucun secteur d’activités n’a fait plus d’efforts d’adaptation que le secteur agricole.
Le contexte mondial comprend de plus en plus d’acteurs et de plus en plus de bouches à nourrir. Dans le même temps l’on observe des effets particuliers de resserrement numérique : une cinquantaine de distributeurs mondiaux se partagent le « gâteau » alors qu’il faudrait une diversification des partenaires export et import. La faim est la première cause de mortalité sur la planète : 30 000 décès par jour ! Donc, encore une fois, si la moyenne, valeur à l’évidence dépourvue de sens pour l’intervenant, s’améliore, les écarts zonaux se creusent. Pourtant, et contrairement aux idées reçues, les prix aujourd’hui n’ont pas chuté après la crise de 2007-2008.
Il prend pour exemple la Chine, le pays qui a le plus amélioré le problème de la faim à l’intérieur de ses frontières. Elle achète énormément à l’extérieur, entre autres le maïs. D’ici à vingt ans, il n’est pas exclu qu’il en aille de même pour le blé… Dans le même temps, ses sols se dégradent de façon alarmante et le manque d’eau se fait cruellement sentir. Ce pays, solvable, est totalement dépendant des marchés internationaux pour satisfaire les besoins de sa population : sa balance extérieure plonge de façon impressionnante.

Comme pour les pays du Golfe, les capitaux chinois se fixent aux quatre coins de la planète, y compris en France. Cet exemple pour montrer que le commerce alimentaire a vocation à augmenter : d’un côté dans les régions à régimes stables il est possible de produire plus, de l’autre la population augmente.

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Marion le Béchec

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 688 juillet-août 2015

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