World Nutrition Forum : Biomin réunit le monde des mycotoxines à Singapour

Isabelle Oswald présentait à Singapour les résultats d’un essai qui avait pour objectif de comparer invivo la toxicité de la fumonisine B1 à celle de sa forme hydrolisée HFB1.
Isabelle Oswald, chercheuse à l’Inra de Toulouse.

Le forum bimestriel de Biomin, dédié à la nutrition générale et plus particulièrement aux mycotoxines, se tenait pour la première fois hors Europe. La société autrichienne a en effet réuni en fin d’année 2012 les chercheurs du monde entier à Singapour au World Nutrition Forum, centre nerveux du commerce asiatique. Isabelle Oswald, chercheuse à l’Inra en toxicologie alimentaire et spécialiste des mycotoxines, était la seule chercheuse française à intervenir lors du forum. Elle a présenté un essai réalisé par son équipe toulousaine sur les fumonisines, et a répondu à nos questions sur son travail de manière plus globale.

La Revue de l’Alimentation Animale : Pouvez-vous nous présenter votre équipe de l’Inra de Toulouse ?

 Isabelle Oswald : Notre équipe fait partie de la TGU (Très grande unité) de « Toxicologie Alimentaire ». C’est une UMR (Unité mixte de recherche) entre l’Inra et l’INP, Institut national polytechnique qui inclut l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et l’Ecole d’ingénieur de Purpan. Cette unité est composée de 10 équipes de recherche et de 4 plateaux techniques. Au sein de cette unité, notre équipe, composée de 6 chercheurs ou enseignant-chercheurs, 4 techniciens et 9 doctorants ou post-doctorants, se concentre sur les mycotoxines.

 RAA : Quelles recherches menez-vous sur les mycotoxines à l’Unité  ?

 I. O. : Nous nous intéressons à la fois à la biosynthèse de ces toxines et à leurs propriétés toxiques. Côté biosynthèse, nos recherches se déclinent sur trois volets. Nous caractérisons d’une part les champignons producteurs de toxine ; puis nous essayons de déterminer les toxines produites par ces champignons grâce à des analyses métabolomiques ; enfin nous étudions les voies de biosynthèse des mycotoxines. Côté toxicologie, nous travaillons principalement chez le porc (…); nous caractérisons les effets des mycotoxines sur la réponse immunitaire et sur l’intestin. Nous étudions également les effets des mélanges de mycotoxines.

 RAA : Quels sont les autres laboratoires publics à travailler sur ce sujet en France et en Europe ?

 I. O. : En France plusieurs équipes s’intéressent à ce sujet comme nos collègues de l’Inra de Bordeaux (Unité MycSa) mais aussi nos collègues du Cirad, de l’Ensat et de l’UBO. La problématique des mycotoxines est très vaste, nous sommes très complémentaires. Nous collaborons au travers de projets de recherche nationaux ou internationaux. Par exemple, nous travaillons sur différentes études financées par l’ANR (Agence nationale de la recherche) : le projet Don and Co, réalisé avec les équipes Inra de Bordeaux et de Dijon, vise à étudier la mycotoxinogénèse chez le blé, de la diversité de la microflore fusarienne à la toxicologie et le projet Afla free, avec les collègues de l’Ensat, dont l’objectif est la maîtrise du risque Aflatoxine B1 pour une filière maïs durable. Au plan international, nous participons au projet Mycored qui est axé sur le développement de nouvelles stratégies pour la réduction des mycotoxines dans les chaînes alimentaires humaine et animale.

 RAA662_Biomin_SingapourRAA : Dispose-t-on de suffisamment de données sur la situation des mycotoxines en France ?

 I. O. : Des enquêtes sur la contamination mycotoxique des différentes matières premières sont réalisées tous les ans par différents réseaux. Les résultats de ces enquêtes ne sont malheureusement destinées qu’aux membres de ces réseaux et très rarement publiées dans des journaux scientifiques internationaux. C’est dommage car il serait important pour les chercheurs que nous sommes, d’avoir une vision précise du risque mycotoxique en France.

 RAA : Quel est votre point de vue sur le risque mycotoxines en France ?

 I. O. : Les espèces animales ont une sensibilité variable face aux différentes mycotoxines. Le porc est très sensible, de plus il est très exposé à ces contaminants de part sa nourriture riche en céréales. C’est une des raisons pour laquelle nous travaillons sur cette espèce.

 RAA : Quels domaines de recherche vous semble-t-il intéressant d’explorer dorénavant et pour quelles raisons ?

 I. O. : Dans le domaine de la toxicologie, 4 thèmes de recherche nous semblent importants à explorer. En premier lieu, il serait intéressant de caractériser la toxicité chronique des mycotoxines. En effet aujourd’hui en France, l’homme et l’animal peuvent être exposés pendant très longtemps voire leur vie entière à des faibles doses de ces contaminants. Il est important de connaître les effets à long terme de ces toxines. Ensuite, nous pourrions caractériser la toxicité de toutes les mycotoxines…

Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 662 – décembre 2012

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