Les surfaces emblavées en blé devraient baisser d'environ -5 % en 2018 par rapport à 2017 pour atteindre 11,4 millions d'hectares.

Conférence Kazgrain : le Kazakhstan dope ses exportations sur tous les fronts

Des experts de vingt et un pays se sont réunis, le 16 mars à Astana au Kazakhstan, pour faire le point sur le marché des céréales et des oléoprotéagineux du pays ainsi que sur leurs perspectives d’exportations.

Plusieurs présentations pouvaient intéresser les professionnels européens de l’alimentation animale lors de la première session de la journée dédiée au marché des céréales du Kazakhstan et ses perspectives de développement. Talgat Ajgaliev, responsable du département cultures au ministère de l’Agriculture du Kazakhstan, a rappelé que le pays a en moyenne, depuis cinq ans, produit 19,1 millions de tonnes (Mt) de blé par an (en ramenant la farine en équivalent grain). Sur ce total, l’exportation porte sur une moyenne de 8 Mt, dont 5,2 Mt de blé. L’une des principales mesures du ministère de l’Agriculture, sur la campagne 2017-2018, a été de procéder à l’achat de 2 Mt de blé de classe 3 par l’intermédiaire de la société NK Food production afin « d’éviter le dumping et de parvenir à un prix équitable sur le marché intérieur ». Puis le conférencier a décrit le système mis en place de réception électronique des céréales permettant d’éliminer les contrefaçons, d’organiser des enchères électroniques de céréales en ligne et d’attirer de nouveaux investisseurs.

Les surfaces emblavées en blé devraient baisser d'environ -5 % en 2018 par rapport à 2017 pour atteindre 11,4 millions d'hectares.

Les surfaces emblavées en blé devraient baisser d’environ -5 % en 2018 par rapport à 2017 pour atteindre 11,4 millions d’hectares.

Nouvelles routes à l’export

« Le blé tendre, le blé dur, l’orge, le riz et les lentilles représentent plus de 98 % des exportations de céréales et de légumineuses du Kazakhstan », a affirmé ensuite Nurlan Ospanov, directeur de la Grain Union qui ajoute que les céréales sont normalement exportées dans les pays voisins de la CEI* (Communauté des États indépendants), de même que sur les marchés de l’Iran et de l’Union européenne (UE) via les ports de la Mer Noire comme Azov ou de la mer Baltique (voir la carte des routes de l’export du Kazakhstan). « Les exportations de céréales vers la Chine et l’Afghanistan ont augmenté, en particulier les exportations de farine », a commenté Nurlan Ospanov. Le Kazakhstan a commencé à exporter des céréales et des légumineuses sur de nouveaux marchés comme l’Afrique du Nord ou l’Asie du Sud Est. Pour ce faire, le pays travaille à l’amélioration des circuits logistiques.

Afin de pouvoir exporter en Iran, un nouveau terminal céréalier a été construit sur le port kazakh d’Aktau, ainsi qu’une nouvelle ligne de chemin de fer. Pour atteindre les pays d’Asie du Sud Est, un couloir de transit a été établi par le port chinois de Lianyungang. « Pour atteindre la Turquie, nous avons ouvert une route qui part du port kazakh de Kuryk puis qui emprunte le couloir ferroviaire Baku-Tbilisi-Kars, avec la possibilité d’accéder aux marchés du sud de l’Europe, de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud Est via le port turc de Mersin. »

Sur la campagne 2016-2017, le Kazakhstan a exporté 24 % de sa production de céréales, soit un total de 4,8 Mt (dont 68 % en direction des pays de la CEI), et 80 % de sa production de légumineuses (soit un total de 129 075 t, dont 5 % seulement en direction des pays de la CEI). Les principales destinations des exportations de blé tendre (3,5 Mt en 2016-2017) ont été l’Ouzbékistan (49 %), le Tajikistan (29 %), l’Afghanistan (8 %) et la Chine (7 %). Sur un total de 751 777 t d’orge exportées, 79 % l’ont été à destination de l’Iran, tandis que 65 % des légumineuses ont été exportées en Turquie. Les statistiques douanières du Kazakhstan montrent par ailleurs que cinq pays se sont partagé 87 % des exportations de céréales et légumineuses : l’Ouzbékistan (33 %), l’Afghanistan (30 %), le Tajikistan (14 %), l’Iran (8 %) et l’Italie (2 %).

« Nous devons viser à la fois qualité et volumes à l’export, sans oublier les efforts en matière d’amélioration de la fertilité du sol, de la protection des cultures et de l’optimisation des coûts logistiques », conclut le directeur de la Grain Union qui a précisé, pour chaque culture, des prospectives de marchés à l’export (voir tableau p. XX).

Selon les dernières statistiques de mars 2018 du ministère de l’Agriculture du Kazakhstan, les surfaces emblavées en 2018 représenteront un total de 21,8 millions d’hectares (Mha), dont 18,2 Mha de semis de printemps. Sur ce total, les surfaces en blé devraient passer de 11,9 à 11,4 Mha de 2017 à 2018. Par contre, les surfaces en maïs, orge, avoine, oléagineux et cultures pour l’alimentation animale sont attendues à la hausse.

9,30 Mt d’importations d’ici 2030

Sabit Kashkimbayev, vice-président du conseil de la National Company Food Contract Corporation JSC, a fait une analyse prospective intéressante sur le marché du blé du Kazakhstan. « Depuis le début de la campagne 2017-2018 jusqu’aux au 11 mars 2018, le Kazakhstan a exporté 5, 097 Mt de blé sur les pays d’Asie centrale et l’Afghanistan. » Les importations de blé et de farine kazakhes en provenance de ces pays sont passées de 4,05 Mt à 6,5 Mt de 2012-2013 à 2016-2017. Le conférencier a également présenté une carte (voir ci contre) avec des pays en vert (ceux dont la demande en blé est attendue à un niveau moyen sur la campagne 2018-2019, comme la Russie ou la Chine) et des pays en rouge dont les importations en blé risquent d’augmenter du fait du déficit des précipitations de cet hiver, il s’agit de la plupart des pays d’Asie centrale comme l’Afghanistan qui selon l’USDA (département de l’Agriculture des États-Unis) ne produit annuellement que 5 Mt de blé pour des besoins estimés à 7,7 Mt sur 2017-2018. « On s’attend également en Irak à la pire récolte de blé depuis quatre ans du fait de la sècheresse, à environ 4 Mt selon l’USDA, et les pays fournisseurs de ce marché sont les États-Unis, l’Australie et l’UE, a ajouté Sabit Kashkimbayev. Toutes ces conditions devraient raffermir les prix de marché du Kazakhstan et doper la demande à l’export pour le début de la campagne 2018-2019. » Selon les estimations présentées à Astana par ce dernier, les importations de blé kazakh et farine ramenées en équivalent blé et en provenance des pays d’Asie centrale (Uzbékistan, Tajikistan, Turkménistan, Kirghistan, Afghanistan) devraient passer de 7,38 Mt en 2017-2018 à 9,30 Mt d’ici 2030, soit une hausse de 2,5 Mt.

Dans la présentation suivante, Kintal Islamov, président d’Atameken-Agro JSC (269 000 ha en 2018), a apporté un éclairage complémentaire qui situe la production de blé du Kazakhstan par rapport à celle de Russie et d’Ukraine. Si les surfaces en blé du Kazakhstan sont restées pratiquement stables depuis 2007 autour de 12 Mha, de même qu’en Ukraine (autour de 6,3 Mha), les surfaces en blé de la Russie ont augmenté de +14 % en dix ans pour atteindre 27,89 Mha en 2017. Des différences conséquentes existent entre les trois pays au niveau des rendements en blé, ces derniers allant en 2017 de 1,24 t/ha pour le Kazakhstan à 3,12 t/ha pour la Russie et 4,11 t/ha pour l’Ukraine. Avec au final une production russe qui atteint 87 Mt en 2017, soit plus du double de la production réunie de l’Ukraine (26 Mt) et du Kazakhstan (15 Mt). Kintal Islamov donne ensuite des indications sur la dynamique des prix des principales cultures depuis cinq ans au Kazakhstan. En 2017, le meilleur prix revient au colza (357 USD/t), suivi des lentilles (310 USD/t), du lin (291 USD/t), de l’orge (122 USD/t) puis du blé tendre (110 USD/t).

300 000 t de tournesol exportées en 2017

Sayat Shortan, consultant national à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a fait le point sur le potentiel à l’export des cultures oléoprotéagineuses du Kazakhstan (voir tableau XX). Les exportations du tournesol sont passées d’une moyenne de 141 000 t par an de 2012 à 2016 à 300 000 t en 2017, les principales destinations étant l’Ouzbékistan et la Chine. Les exportations de colza, en moyenne à 105 000 t/an de 2012 à 2016, chutent à 35 000 t en 2016 pour remonter à 76 000 t en 2017, avec comme principales destinations la Mongolie, l’Iran et la Lettonie. Du côté du soja, les exportations kazakhes moyennes frôlent les 29 000 t/an de 2012 à 2017, les principales destinations étant les Pays-Bas (34 %), la Suède (22 %) et l’Ouzbékistan (17 %). Après une baisse en 2016 (11 000 t), les exportations de soja ont repris en 2017 à 17 000 t, les trois principales destinations étant la Chine (7 000 t), l’Ouzbékistan (5 000 t) et la Suède (3 000 t). Le Kazakhstan produit également du carthame et le pays en a exporté en moyenne 22 000 t par an de 2012 à 2016, principalement en Chine (74 % des exportations) et au Kirghistan. Le Kazakhstan a également exporté 99 000 t de lentilles en 2017, et 35 000 t de pois. Du côté des prix pour la campagne 2016-2017, ils ont varié de 275 à 280 $/t pour le tournesol, de 345 à 360 $/t pour le colza, les prix pour le soja étant passés de 307 à 380 $/t entre le début et la fin de la campagne.

Quelles sont les perspectives du Kazakhstan en matière d’exportations d’oléoprotéagineux sur le marché mondial ? « Nous devons viser les exportations vers les pays riches comme les États-Unis, l’Union européenne ou la Chine et ne pas oublier les productions bio comme le blé bio dont le prix est le double de celui du blé standard », conclut Sayat Shortan.

Succès du blé dur à l’export

Filippo Bertuzzi, consultant chez Aretè-Research & Consulting in Economics, a fait un point sur le marché du blé dur au Kazakhstan. « Depuis quatre ans, le blé dur kazakh a vu ses volumes à l’export bondir de 170 000 à 450 000 t. Cette demande croissante à l’export est principalement le fait de l’Italie et de la Turquie et dépasse les volumes auparavant exportés en Russie. C’est une combinaison de facteurs qui a permis d’ouvrir les portes de l’export au Kazakhstan. » Cependant, le pays aurait besoin d’une stratégie à long terme pour confirmer cette tendance à l’export pour le blé dur et pour « proposer le bon blé au bon acheteur ». « Il existe de nombreuses incertitudes quant aux prévisions mondiales pour la prochaine récolte, a commenté pour sa part Patrick Jouannic, trader et spécialiste blé dur de Soufflet Négoce. Les surfaces ont en effet été emblavées soit cet hiver ou vont l’être ce printemps, et l’on s’attend à une baisse des surfaces de 2 % aux États-Unis et en France. Mais en renouant avec des rendements normaux, la production mondiale de blé dur pourrait atteindre 38,5 Mt. »

Plus d’export grâce à la Transcaspienne

La dernière session de la conférence a été consacrée au marché des céréales du Kazakhstan et de ses coproduits en relation avec d’autres pays d’Asie centrale, avec des interventions notamment sur le Kirghistan et la Turquie. « Le secteur de la transformation du blé repose sur quarante entreprises et cent trente moulins », a affirmé Rustam Zhunushov, président du Comité des meuniers de l’Union des industriels et entrepreneurs de la République du Kirghistan. Le pays importe 400 000 t de blé du Kazakhstan chaque année, les importations de farine également du Kazakhstan ayant porté sur environ 11 000 t en 2016 et 2017.

Vural Kural, secrétaire général de la Fédération turque des industriels de la farine (Tusaf), a donné des indications intéressantes sur le marché turc du blé. La production turque du blé devrait passer de 20,6 Mt sur la campagne 2016-2017 à 21,8 Mt sur la campagne 2017-2018. Si cette production permet de satisfaire les besoins de la consommation intérieure en blé (19 Mt), le pays importe 3,5 à 5 Mt de blé de qualité chaque année. La Russie reste le principal fournisseur en blé de la Turquie, mais sa part a diminué à 62 % sur la campagne 2016-2017 au profit d’autres pays (Lituanie, Ukraine, Lettonie, Hongrie, Roumanie). Les exportations turques de farine sont en hausse régulière depuis cinq ans. « En 2017, la Turquie a exporté plus de 3,5 Mt de farine de blé dans 110 pays, a indiqué Vural Kural. L’Irak restant la principale destination à l’export (51,2 % du total en 2017), suivi de la Syrie (8 %). En 2016, la Turquie a été le premier exportateur mondial de farine (31,1 % du total des dix premiers exportateurs mondiaux). » Le Kazakhstan, puis l’Allemagne arrivent ensuite en deuxième et troisième positions avec respectivement 19 % et 7,7 % du total. « L’Afrique est un partenaire commercial à l’export croissant pour la Turquie », affirme ensuite Vural Kural. En 2016, l’Afrique a représenté près de 33 % des exportations turques de farine, l’Asie restant le principal acheteur (65,5 % du total). Les principaux pays africains importateurs de farine turque sont le Soudan, l’Angola, Madagascar, le Bénin, Somalie et le Ghana.

« Les exportations turques de matières premières sur le marché mondial devraient augmenter à l’avenir », conclut Vural Kural. La Turquie devrait en effet bénéficier de la nouvelle route ferroviaire Baku-Tbilisi-Kars (BTK). Cette dernière, financée conjointement par la Turquie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan, a été inaugurée l’année dernière, avec une capacité de transport d’un million de passagers et de 6,5 millions de tonnes de marchandises par an, avec des perspectives à 17 millions de tonnes d’ici 2034. « Le projet ferroviaire BTK fait partie de la route de transport internationale Transcaspienne TCITR (Transcaspian international transport route), cette dernière reliant la Chine à l’Europe en passant par le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie », a précisé le conférencier qui conclut que ce projet aura des conséquences économiques directes et indirectes pour les pays traversés.

P. Caldier

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