Bulgarie : à l'usine Aliphos de Devnya, la passion des phosphates

Située tout près du port de Varna au bord la Mer noire, l’usine de production de phosphates alimentaires de Devnya est à la fois un site de production et de recherche-développement du groupe belge EcoPhos. Reportage en direct d’une usine en plein devenir.

Quarante minutes d’avion suffisent de Sofia pour atteindre Varna, à la fois cité balnéaire touristique et grand port de la Mer noire. Les cultures de blé et d’énormes installations de silos marquent la route qui nous mène à Devnya où se situe l’une des deux usines de phosphates alimentaires pour l’alimentation animale d’Aliphos, filiale d’EcoPhos, une société belge spécialisée dans le développement et la vente des procédés liés aux phosphates. Plus précisément, l’usine de Devnya se situe au cœur d’un immense complexe chimique qui, du temps de l’URSS, produisait 5 à 6 % du phosphate mondial. Le site est aujourd’hui celui d’Agropolychim, un producteur majeur d’engrais azotés en Europe.

Vue extérieure de l'usine.

Vue extérieure de l’usine.

« Notre société existe depuis 2002 sous le nom de Decaphos, une joint-venture entre Agropolychim et EcoPhos », rappellent Yoneliya Stefanova et Svetlana Dmitrieva, responsables des ventes d’Aliphos Bulgaria qui nous accueillent sur le site. Depuis 2008, Decaphos est détenue à 100 % par EcoPhos SA Belgium, jouant pour ce dernier le rôle de centre de recherche et développement. Ainsi, de 2008 à 2013, l’usine de Devnya a fait l’objet de plus de 10 millions d’euros d’investissements venant améliorer tant sa capacité que les conditions de travail et valider les process de production d’EcoPhos. L’usine passe ainsi progressivement d’une fonction de laboratoire ou unité pilote, venant valider les process d’EcoPhos, à un site entièrement dédié à la production. Puis au 1er mars 2014, Decaphos devient Aliphos Bulgaria JSCo, suite au rachat par EcoPhos de l’activité phosphates du groupe Tessenderlo, venant donner aux produits de l’usine de Devnya une meilleure lisibilité sur les marchés (voir encadré 3). Avec aujourd’hui deux sites de production (un à Devnya en Bulgarie et un à Rotterdam aux Pays-Bas) et six bureaux commerciaux en Europe, EcoPhos détient 30 % du marché européen de phosphate alimentaire pour l’alimentation animale.

Technologie EcoPhos
Yannick Vancoppenolle, chargé d’affaires et responsable marketing d’EcoPhos, rappelle que les procédés EcoPhos reposent sur l’utilisation de sources alternatives de phosphate permettant ainsi de réduire les coûts de production et de diminuer l’impact sur l’environnement.
« Les procédés classiques de production de phosphates alimentaires ont besoin d’une matière première de haute qualité ayant tendance à se raréfier, d’où un coût plus élevé pour ces derniers », rappelle Yannick Vancoppenolle. Depuis vingt ans, EcoPhos développe de nouvelles technologies pour valoriser des roches de phosphates ayant des impuretés et de moindre qualité. Ainsi, après une phase de recherche et développement de 1996 à 2006, EcoPhos est passée à une industrialisation de ses procédés de 2008 à 2011, puis à un développement à l’international.
L’usine de Devnya, très flexible, est capable de produire des phosphates selon deux procédés : à côté d’un procédé classique valorisant du carbonate de calcium local et faisant appel à de l’acide phosphorique, un deuxième process plus économique a été développé faisant appel à d’autres matières premières (roches de phosphate et acide chloridrique). « Jusqu’en 2009, nous avons utilisé le process à base d’acide chloridrique », précise Yoneliya Stefanova, mais ce dernier s’est ensuite arrêté suite à la fermeture de Polymeri, le seul fournisseur bulgare d’acide chloridrique existant à l’époque.

Objectif 4 000 t par mois

Yoneliya Stefanova (à gauche) et Svetlana Dmitrieva, responsables des ventes d'Aliphos Bulgaria.

Yoneliya Stefanova (à gauche) et Svetlana Dmitrieva, responsables des ventes d’Aliphos Bulgaria.

Jouissant d’une position stratégique idéale proche du port de Varna, ayant une capacité installée de production de 100 000 t par an et employant 75 salariés, l’usine de Devnya produit différents types de phosphates alimentaires pour l’alimentation animale (voir encadré 2). La gamme du groupe compte également des phosphates magnésiens et des phosphates monoammoniques, ces derniers étant produits par l’usine de Rotterdam. Le process de fabrication de l’usine de Devnya est classique à toutes les usines de production de phosphates. Après une phase de dosage et de mélange des matières premières utilisées, intervient une phase de granulation et de séchage. « Nos ventes sont en développement », affirment d’une seule voix Yoneliya Stefanova et Svetlana Dmitrieva. La proximité du port de Varna apporte des avantages indéniables à l’usine en termes de coûts de transport et de logistique (importations de matières premières et exportations de produits finis). « Les exportations à destination de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de quelques pays d’Asie sont réalisées à partir de Varna », précisent nos interlocutrices. Quant au marché bulgare, il se compose de quelques producteurs de prémix, mais surtout de fabricants d’aliments composés. « La fabrication d’aliments du bétail en Bulgarie est en baisse suite à la crise de la plupart des productions animales », remarque Yoneliya qui souligne également l’existence d’une grande concurrence sur le marché bulgare des additifs alimentaires. « Les acteurs de l’alimentation animale sont orientés sur le prix et la concurrence provient de nombreux pays comme la Russie, la Serbie ou la Turquie », ajoute Svetlana en charge des ventes sur la Russie. Face à cette concurrence, Aliphos Bulgaria joue la confiance et la relation à long terme avec ses clients. Pour encore améliorer sa flexibilité, l’usine de Devnya va augmenter ses capacités de stockage en acide phosphorique et investir dans une nouvelle ligne de conditionnement de sacs de 25 kg. « Notre objectif est de passer de 2000 t de produits finis par mois en 2014 à 4 000 t en 2015 », concluent confiantes nos interlocutrices. La nouvelle unité pilote de démonstration et de recherche, qui va être installée d’ici la fin 2015 sur un terrain situé à 2 km de l’usine actuelle, contribuera sans nul doute à atteindre cet objectif.

(…)

Philippe Caldier

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 688 juillet-août 2015

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.