Australie : grands espaces et petits volumes

Pays des extrêmes, l’Australie est une puissance agricole mondiale caractérisée par un fort niveau d’exportations. Avec un tonnage moitié moins important que celui de la France, l’industrie de l’alimentation animale australienne évolue entre inspiration américaine et aspiration européenne. Petit aperçu des réalités du secteur et tendances du marché.

Bien que le mouton place l’Australie en tête de la production mondiale (près de 20 millions de têtes), ce n’est bien évidemment pas l’espèce la plus rentable pour les fabricants d’aliments, puisqu’elle se nourrit essentiellement de pâturage. Pays continent (14 fois la France en superficie), l’Australie se caractérise néanmoins par des immensités désertiques et ne compte que 21 millions d’habitants (soit un peu moins d’un tiers de la population française), qui se concentrent sur toute la côte Est du pays. C’est aussi dans cette zone – dans les États du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud et du Victoria – que se concentre l’activité agricole australienne. Totalisant une production de près de 12 millions de tonnes pour un marché évalué à 4 milliards de dollars, l’industrie de l’aliment du bétail concerne principalement les bovins (44 %), la volaille (28 %) et les porcs (16 %). L’Abares note que la production d’aliments composés a doublé en 15 ans, passant de 5,77 millions de tonnes en 1992 à 11,5 millions de tonnes en 2006, ce qui semble s’approcher de la moyenne optimum.

Vers les standards européens

John Spragg, président de l’association australienne de fabricants d’aliment : « Les productions animales varient beaucoup d’un État à l’autre, non seulement à cause des conditions climatiques mais aussi pour des raisons politiques. »

S’il existe des relations contractuelles sporadiques entre fabricants et éleveurs, les fabricants d’aliment australiens sont tous des privés, qui tendent à se spécialiser et à limiter la production multi-espèces. « Les grandes distances renforcent le développement du marché local », note John Spragg, directeur de la Stock Feed Manufacturers’ Council of Australia (SFMCA), l’association représentative des fabricants d’aliment australiens. Les additifs sont quant à eux pour la plupart importés, et la SFMCA s’attelle à contrôler, en partenariat avec une récente association créée en 2010, Feed Additive Company, la traçabilité des produits « en exerçant une pression sur les importateurs pour appliquer les standards minimums inspirés par ceux de l’Union européenne ». Quelques antibiotiques facteurs de croissance sont toujours autorisés et utilisés, mais là encore l’Australie tend à se rapprocher des standards européens : « La 1re chaîne de distribution du pays, Coles, a récemment généralisé l’interdiction la ractopamine, un AFC utilisé pour le porc, qui est  déjà interdit en Europe depuis 1996 », précise Robert Parkes, président de la SFMCA.

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La SFMCA a par ailleurs mis en place depuis 2003 un guide de bonnes pratiques que toutes les usines de fabrication d’aliment doivent appliquer pour devenir membres de l’association : l’accréditation FeedSafe correspond ainsi à une charte qualité rédigée en accord avec les bureaux vétérinaires de chaque État et approuvée au niveau gouvernemental ; elle oblige notamment les usines à passer des audits tous les ans.

Utilisation des OGM et PAT

La SFMCA comme le reste du monde agricole australien soutiennent le développement des organismes génétiquement modifiés : « Nous pouvons librement utiliser les produits génétiquement modifiés comme le canola cultivé sur place ou le soja importé. L’usage est limité à 5 % en ce qui concerne le lait ou la viande bovine exportés, notamment vers le Japon. Mais pour le lait, la viande ou les œufs produits pour l’Australie il n’y a pas de limitation dans l’usage d’OGM dans l’alimentation du bétail », souligne John Spragg.

L’utilisation des PAT (ou RAM : Restricted Animal Material) est interdite dans l’alimentation des ruminants et tous les emballages d’aliment dédié à cette espèce doivent comporter la mention « Ne contient pas de RAM ». L’utilisation des PAT est autorisée dans l’alimentation de toutes les autres espèces et les usines sont soumises à des contrôles de l’État pour prévenir toute contamination croisée. Bien qu’il y ait de moins en moins d’usines de production multi-espèces, celles-ci ne fonctionnent néanmoins pour la plupart qu’avec une seule ligne de production, de façon séquencée. (…)

Le poulet, 1re viande consommée

L’Australie produit quelque 980 000 tonnes de viande de poulet (chiffres ABS), presque entièrement consommée sur le marché domestique. L’industrie du poulet a connu une croissance de 5,6 % par an ces 15 dernières années et avoisine aujourd’hui les 3 % par an ; près de 15 millions de poules pondeuses produisent environ 150 000 tonnes d’œufs par an. « Le poulet est devenu la viande la plus consommée par les Australiens, issue en quasi-majorité d’une production domestique. La production de poules pondeuse est relativement stable, et on enregistre aucune importation d’œufs frais en raison des contrôles de quarantaine », note John Spragg. (…)

Production de lait en hausse

Si la population et l’activité agricole et industrielle se concentrent surtout sur la côte Est du pays, la partie occidentale a connu en 2011 des récoltes exceptionnelles avec les pluies particulièrement abondantes en 2011.

La production de lait a plus que doublé en 20 ans (elle a atteint 9,4 milliards de litres en 2008) selon Dairy Australia Corporation. La production de vaches laitières a atteint sa croissance maximum avec le déclin du nombre d’éleveurs, qui a été compensé par une intensification des élevages (300 à 400 vaches par ferme) et une production plus intensive vache (plus de 5 700 litres/vache en moyenne). L’industrie du lait a retrouvé des indices de prix plus favorables en 2010 après une importante chute des prix en 2009. Une grave crise du lait en 2007-2008 avait par ailleurs fait chuter la fabrication d’aliment, rappelle John Spragg : « En 2009, les éleveurs laitiers du Victoria, d’Australie Méridionale et de Tasmanie n’ont pas fait de marges en raison des prix bas induits par le marché. Beaucoup d’éleveurs ont dû réduire les volumes d’alimentation et la production de lait a chuté. Les éleveurs du Nord Victoria et de Riverina ont été les plus touchés avec en plus les problèmes d’irrigation. Les meilleures conditions climatiques de 2010 et l’augmentation des prix du lait ont renforcé la confiance des industriels, et ont conduit à un retour à la normale en termes de niveau de production d’aliment du bétail », détaille le directeur de la SFMCA. (…)

Un marché dépendant des exportations

L’élevage bovin se caractérise par une production sous forme de feedlots, c’est-à-dire en parc d’engraissement intensifs, permis par les grandes étendues dont jouit l’Australie, qui compte ainsi à ce jour plus de 600 feedlots (un feedlot peut contenir et nourrir 24 000 têtes sur 2000 acres, soit environ 800 hectares). L’industrie australienne des feedlots pèse près de 2,7 milliards de dollars et emploie 2000 personnes (chiffres Australian Lot Feeders Association – Alfa). (…) Les feedlots utilisent environ 2,2 millions de tonnes d’aliments composés fabriqués sur place : « Il arrive que certains membres de la SMFCA leur fournissent des suppléments nutritionnels ou additifs, mais les feedlots produisent eux-mêmes leurs aliments », note John Spragg. (…)

Consommation de porc exclusivement locale

L’Australie produit autour de ou 300 000 tonnes de viande de porc (source ABS, chiffres 2010), presque exclusivement pour le marché intérieur. Depuis 15 ans l’Australie autorise les importations pour les produits transformés mais pas pour les produits frais, toujours sous quarantaine ; la production locale concerne donc uniquement les produits frais tandis que les produits transformés restent meilleur marché lorsqu’ils sont importés des États-Unis, du Canada ou du Danemark. La majeure partie de la production porcine se concentre dans les États de Nouvelle-Galles du Sud (30 % de la production), du Queensland (25 %) et du Victoria (18 %). (…)

Si le nombre de porc tend à remonter après un déclin de 30 % des troupeaux de truies, dû en partie à l’autorisation d’importations de produits transformés au début des années 2000, le déclin le plus important de la production a été enregistré en Nouvelle-Galles du Sud, tandis qu’au même moment l’Australie Méridionale voyait sa production porcine augmenter.

Aquaculture limitée

Bien que l’aquaculture reste un petit marché en termes de volumes pour le secteur de l’alimentation animale, l’industrie connaît toutefois un certain développement avec l’activité de deux sociétés principales, centrées sur l’élevage d’espèces telles que le saumon, la truite, les crevettes, le barramundi… « La législation environnementale assez stricte limite les zones d’élevages et empêche l’industrie de véritablement se développer », souligne John Spragg. Le cheval est quant à lui un symbole fort de l’Australie et les courses hippiques s’élèvent quasiment au rang d’institution, mais l’aliment cheval ne représente que 3 % des volumes. L’industrie du cheval est toutefois estimée à plus de 6 milliards de dollars par an dans l’économie australienne (chiffres officiels cités par la SFMCA). « Les courses et les activités qui leur sont liées – élevage, jeux – comptent à peine pour moitié, mais l’économie du cheval (activités équestres, entretien…) constitue des industries importantes en soi », note John Spragg.

Enfin l’Australie exporte près de 32 % de sa production de viande de mouton, c’est-à-dire autour de 177 000 tonnes ; un marché qui lui rapporte plus d’1 milliard de dollars (Abares) et qui en fait l’un des plus importants producteurs mondiaux.

Sarah Le Blé

 … Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 654 – Mars 2012

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