Volailles : « Des opportunités seront à saisir »

L’Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales (Aftaa) a consacré sa session du 22 juin dernier aux volailles de chair. À cette occasion, François Cadudal, directeur de l’économie et de la prospective à l’Institut technique de l’aviculture, a analysé le marché européen.

S’adapter pour durer, un véritable enjeu pour la filière avicole : c’était le thème de la session de l’Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales le 22 juin dernier. En raison du contexte sanitaire, l’évènement s’est tenu en distanciel. François Cadudal, directeur de l’économie et de la prospective à l’Institut technique de l’aviculture (Itavi), fut le premier intervenant de la journée. Nous l’avons interrogé.

La Revue de l’Alimentation animale : Quelle est la situation du marché européen de la volaille ?
François Cadudal : En début d’année, la Pologne, premier producteur européen, a été touchée par la grippe aviaire, ce qui a considérablement réduit son potentiel de production. En 2020, la production européenne avait été relativement dynamique. En revanche, la demande était plus faible à cause de la fermeture de la restauration hors domicile en raison de la Covid-19. Par ailleurs, depuis l’été 2020, les prix des aliments pour animaux ont fortement augmenté et restent à des niveaux élevés.

RAA : Qu’en est-il d u marché français ?
F.C. : L e marché de la volaille d e chair se caractérise par une diversité de productions (poulets, dindes, canards maigres, canards gras et pintades) avec des tendances contrastées selon les segments. En restauration hors domicile, toutes les espèces sont en baisse. Par exemple, sur les premiers mois de l’année, la production de pintades a diminué de 20 %. Dans le Sud-Ouest, l’impact de la grippe aviaire se fait toujours sentir sur la production de canards gras. Les canards à rôtir reculent de 10%. La production de dindes baisse également. En revanche, celle de poulets est stable, voire en légère progression.

RAA : La France reste-t-elle un gros importateur de volailles ?
F.C. : Entre 2019 et 2020, en raison des pertes de débouchés dans la restauration hors domicile, les importations ont baissé. Cela était vrai pour quasiment toutes les origines : Pays-Bas, Belgique et Allemagne. En revanche, les importations de produits polonais ont augmenté. L’an dernier, la Pologne est devenue le premier fournisseur de la France. Depuis le début de l’année, nous constatons une reprise assez forte des importations.

RAA : Notre pays se caractérise-t-il par une concentration des opérateurs ?
F.C. : Sur chaque marché européen, notamment l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, un petit nombre d’opérateurs réalise une part importante des volumes. Sur ce point, la France ne se distingue pas de ses voisins. Ainsi, selon nos estimations, LDC représente un peu plus de la moitié du chiffre d’affaires de la filière nationale.

RAA : Entre 2008 et 2018, on a assisté à une forte restructuration des outils de transformation en Europe. Qu’est-ce qui explique ce phénomène ?
F.C. : Celui-ci résulte de la pression concurrentielle de la Pologne et des pays tiers (Brésil, Thaïlande et Ukraine) et de besoins d’investissements toujours croissants.

 

RAA : À quoi ressemble un élevage avicole français ?
F.C. : Certaines exploitations sont orientées vers la volaille standard avec des surfaces de bâtiments comprises entre 1 200 m2 et 2 400 m2, soit nettement moins qu’en Pologne, en Espagne ou aux Pays-Bas. Pour les structures sous signe d’identification de l’origine et de la qualité type Label rouge ou Bio, la réglementation impose des bâtiments de plus petite taille (480 m² à 500 m²) et limite leur nombre par exploitation.

RAA : De quelle manière la segmentation de la production se traduit-elle ?
F.C. : Si nous prenons l’exemple du poulet, la France se caractérise par une segmentation atypique de sa production. Ainsi, 20 % des animaux ont accès au plein air, notamment les élevages biologiques ou Label rouge. En outre, les critères sont plus stricts que dans les autres pays européens. D’autre part, historiquement, nous parlions de production standard. Mais les démarches différenciées se développent : aménagement des bâtiments, utilisation de souches certifiées, moindre densité, etc. Cependant, ces évolutions sont difficiles à quantifier.

RAA : Quelles sont les perspectives pour la production française et européenne de volailles ?
F.C. : Contrairement aux autres produits carnés, la consommation de volailles croît en part d’estomacs et en valeur absolue. Malgré un ralentissement, le marché reste orienté à la hausse. En France, depuis quelques années, afin de répondre aux attentes alimentaires, les cahiers des charges se fragmentent : nourri sans antibiotique, bien-être animal, etc. Les acteurs de la production devront s ’adapter. Cependant, les filières avicoles sont réactives.

RAA : Cela signifie-t-il que la France importera moins ?
F.C. : Près de 40 % des poulets consommés dans notre pays sont importés. Réduire ce taux constitue un enjeu majeur. Contrairement aux autres filières européennes qui ont une stratégie volume-coût, la France cherche à se différencier dans la proximité. Des opportunités seront à saisir.

Propos recueillis par Gilles HARDY


Repères
Le label Beter Leven

Le label Beter Leven a été introduit en 2007 par l’association néerlandaise de protection animale Dierenbescherming. Celui-ci concerne de nombreuses espèces : bovins, porcs, volailles, etc. Les poulets élevés à l’intérieur dans des systèmes extensifs reçoivent une étoile. Ceux allant à l’extérieur sont crédités de deux étoiles. Enfin, les animaux élevés de manière biologique pendant soixante-dix jours ont trois étoiles. Notons que ce système de niveaux répond à la législation européenne sur les normes de commercialisation des volailles et les spécificités.

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