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Sommet de l’élevage : sècheresse et inquiétude au menu

Le 27e Sommet de l’élevage s’est tenu à la Grande Halle de Clermont-Ferrand sous un soleil de plomb. La sécheresse était le principal sujet de conversation dans les allées du salon : le prix de la paille pour les éleveurs, l’indisponibilité des fibres pour les fabricants d’aliments… Les mois à venir s’annoncent tendus pour les trésoreries des éleveurs.

Aliments Aurouze 
Une usine de mash bio

Thierry Aurouze, gérant de la société Aliments Aurouze, et Philippe Albouy, responsable commercial.

Thierry Aurouze, gérant de la société Aliments Aurouze, et Philippe Albouy, responsable commercial.

Philippe Albouy, responsable commercial pour Aurouze présente « le premier mash bio sur le marché français grâce à l’organisation mise en place avec Promash, l’unité reprise ces derniers mois conjointement par RAGT, Avril et Arterris. Ils sont nos distributeurs d’aliments sur leurs zones et se montrent intéressés par la distribution de nos mash ». Aurouze est devenu locataire d’une partie de l’usine, entièrement indépendante avec sa propre fosse de réception, son circuit de fabrication spécifique et ses installations de chargement dédiées. Une configuration idéale qui permet à Aurouze d’investir un nouveau segment de marché avec une prise de risque limitée, tout en disposant d’équipements industriels déjà présents sur le site. « Nous gérons nos propres approvisionnements, nous en faisons transformer certaines sur le site même : maïs et fèverole sont floconnés et l’orge est laminée, avec toutes les garanties en termes de traçabilité, de procédures de rinçage, selon un process validé par Ecocert », souligne Thierry Aurouze, gérant de la société Aliments Aurouze. « Ces traitements thermiques précuisent l’amidon ce qui assure la bonne digestibilité de ces matières premières », souligne Philippe Albouy. Les premières tonnes sont sorties à l’occasion du Sommet de l’élevage et des échantillons trônent sur le stand : « Nous ne parlons pas de simples mélanges de matières premières mais bien de d’aliments formulés répondant aux problématiques des éleveurs autour des phases critiques du démarrage du sevrage ou de l’engraissement, assure Philippe Albouy. C’est un élément de sécurisation des rations.» Ce produit innovant sur le marché biologique est susceptible d’intéresser les éleveurs qui avaient l’habitude d’utiliser ces produits avant leur conversion, ainsi que les éleveurs en vente directe qui sont aussi naturellement attirés par ces formules dont la présentation et l’aspect visuel sont très rassurants pour les consommateurs.

Grenier coopératif albigeois
Du lupin pour remplacer le colza

Daniel Morel, directeur du Grenier coopératif albigeois, commente la sècheresse qui sévit dans sa région depuis cet été : « La situation est critique. Il a trop plus au printemps puis sècheresse, les récoltes de céréales ont été affectées. Il n’y a pas de trésorerie chez les éleveurs.» Laurent Soler, responsable alimentation animale renchérit : « Il y a déjà des problèmes de disponibilité du tourteau de colza sur notre zone. La fin de l’activité de trituration de Saipol à Bordeaux et à Sète nous pousse à aller le chercher au Meriot, avec un surcoût de 40€/t. À ce prix-là, le lupin extrudé trouve son intérêt.» Car la filière lupin, initiée pour alimenter le veau blanc avait révélé ses limites sur ce marché : le broyage entraînait un taux de fer incompatible avec la recherche de viande blanche. « Le contexte colza nous permet d’envisager un nouveau marché pour le lupin, souligne Laurent Soler. La graine de lupin peut se substituer en partie au colza si elle est extrudée : le niveau de MAT est similaire, 32 à 33% pour un colza contre 35% pour un lupin. Son taux de matière grasse constitue une intéressante source d’énergie: 2 points pour le colza contre 7 points pour le lupin, avec un potentiel oméga-3 que nous étudions. La pauvreté relative du lupin en lysine et méthionine est atténuée par le traitement de l’extrusion qui relève ces teneurs.»

« Le lupin est aussi une option agronomique, souligne Flavien Chamayou. Cette année, la fenêtre pour implanter le colza est passée, il a fait trop sec, les agriculteurs ne pouvaient pas travailler leur sol. Dans ce contexte le lupin représente encore une tête d’assolement possible. D’autant qu’après deux années de mise en culture nous commençons à cumuler les références : l’année dernière, nous avons implanté jusqu’au début décembre avec des rendements similaires. Il faut simplement s’assurer que les sols ne contiennent pas de calcaire actif et que les sols ne retiennent pas l’eau, ce qui est rédhibitoire pour la plantule. Beaucoup de sols dans le Tarn présentent ces caractéristiques qui font de notre bassin une bonne zone pour le lupin. La seule contrainte est de bien enfouir les résidus de récolte pour éviter les problèmes de mouches. » Cette culture pauvre en intrant (phosphore, potasse) à la conduite simple (désherbage au semis, fongicide) séduit de plus en plus d’agriculteurs : Grenier coopératif albigeois en a implanté 140 ha en 2018 et en prévoit 200 ha cette année. « Les résultats sont en général dix quintaux supérieurs aux rendements nationaux : l’acidité du Tarn plait au lupin », explique Flavien Chamayou.

« C’est une réflexion de filière, analyse Laurent Soler. Nous nous affranchissons en partie de notre problème d’approvisionnement en colza, nous pérennisons une filière intéressante pour la partie culture et élevage. » C’est donc la seconde année que Grenier coopératif albigeois triture du lupin : « Cela demande des ajustements techniques car le lupin broyé ne réagit pas comme le colza à la vapeur. Nous y travaillons toujours mais nous avons extrudé 400 à 500t de lupin l’an passé et misons sur 1000t cette année, réservées exclusivement à nos adhérents. Aujourd’hui, le lupin rentre dans toutes nos formules.» Le soja extrudé lui a reculé dans le mix produit de Grenier coopératif albigeois qui triture 5 000 t/an au total. « Notre tourteau extrudé rentre clairement en compétition avec le tourteau de soja qui a bénéficié de prix intéressants cette année. Mais si la filière lait non-OGM se développe il y a fort à parier que notre soja extrudé retrouve de l’intérêt.» Reste que l’approvisionnement est loin d’être simple : le Tarn n’est pas équipé de matériel d’irrigation ce qui limite les zones de culture potentielle. Grenier coopératif albigeois doit fréquemment chercher du soja dans les alentours, Gers et Landes notamment. Quant au lin qui représente la majorité des 5 000 t triturées par Grenier coopératif albigeois, le fabricant souligne son label France origine garantie qui représente un axe important de différenciation et pour lequel Grenier coopératif albigeois a signé des partenariats avec des coopératives locales.

Maison Cholat Père François
Faire gagner de l’argent aux éleveurs

« Cette année, nous avons réorganisé nos équipes, en binôme afin d’apporter de la souplesse et de la polyvalence dans notre fonctionnement, décrit François-Christian Cholat, le directeur de Maison François Cholat. Cela prend du temps d’identifier les bonnes paires, les gens qui vont apprécier de travailler ensemble, mais c’est très enrichissant. Nous avons aussi commencé à organiser le futur avec la montée en puissance de la jeune génération et le renforcement de l’encadrement, cela me libère du temps et de l’énergie pour des missions interprofessionnelles et des réflexions plus stratégiques. Ma fonction de président du Snia me permet aussi de prendre du recul par rapport à certaines problématiques, ce qui m’a renforcé dans mes convictions que l’ancrage territorial et l’implication dans les filières locales sont primordiaux. » Cette réflexion se traduit par la poursuite du partenariat avec le Guide Gault et Millau. Chaque année, les utilisateurs des aliments Père François sont invités à présenter leur production au jury du célèbre guide gastronomique. Celui-ci distingue les meilleurs qui figurent dans le guide régional. « C’est une manière de soutenir nos clients et de mettre en valeur notre implication dans des filières de qualité. La région Rhône Alpes est la première région de vente directe. »

Le concept de territorialité se décline également dans des opérations comme le sainfoin de Sainfolia. Maison Cholat fait partie des fabricants engagés dans la filière, au sein d’un accord tripartite engageant le fabricant, les producteurs et le déshydrateur. Les aliments Père François les intègrent dans toutes les gammes, bovins viande, lait, ovin, caprin et même lapin bassecour. « Nous sommes en train de réaliser une étude pour recueillir le niveau de satisfaction des éleveurs qui l’utilisent et relever leurs performances techniques, afin d’objectiver leur ressenti par des résultats tangibles. »

Mais le travail de fond de la maison porte « plus que jamais » sur les enjeux économiques. « L’idée est de prouver et faire savoir que tout euro investit dans l’alimentation est générateur de plus qu’un euro : acheter un aliment, c’est acheter un retour sur investissement. Sinon, c’est que nous n’avons pas bien fait notre travail. À nous d’être bon ! », lance François-Christian Cholat. Pour cela, le fabricant a engagé un vaste travail de comptabilité avec les cabinets comptables et les centres de gestion : « Nous analysons les résultats des ateliers d’élevage pour montrer que les stratégies alimentaires ne sont pas coûteuses : elles sont rentables. Notre métier est de faire gagner de l’argent aux éleveurs.»

Côté nouveauté, Le Père François annonçait au Sommet le lancement de sa gamme cheval lors du salon Equita’Lyon sous la marque Lohla : « Cette gamme s’accompagne d’une démarche de formulation avec des critères nutritionnels spécifiques.»
Côté actualité et dossier sècheresse Pierre Chavallard, responsable production végétale, rappelle que « c’est en Rhône- Alpes que les records de chaleur ont été relevés cet été». Mais il relativise : « Les niveaux de rendements des céréales ne sont pas exceptionnels sur notre zone, mais pas non plus catastrophiques, les ensilages de maïs sont corrects. Chez nous, 75% des colzas ont pu être implantés et 80% n’ont pas trop mal démarré. C’est plus délicat pour l’herbe: les prairies ont souffert.» « C’est surtout inquiétant pour les stocks fourragers qui ont été entamés très tôt, poursuit François-Christian Cholat. Certains éleveurs ne feront pas la soudure avec l’été prochain. À nous de les faire durer le plus longtemps en faisant notre métier le mieux possible : plus que jamais en nous adaptant à leurs besoins.» Illustration avec l’offre Uno Duo Trio qui permet de répondre aux différentes problématiques des éleveurs. Nicolas Condevaux, chef de produit : « C’est une offre simple et souple basée sur une approche Sébastien Lagrost, responsable commercial Lagrost présente un mash fi breux particulièrement adapté en cas de pénurie de fourrage. Sur le économique. La gamme Uno s’intègre à 1kg/VL/j. La gamme Duo se distribue de manière proportionnelle à la production laitière par pallier de 500 g à 1,5kg/VL/j. La gamme Trio est un noyau minéralisé disponible selon trois concentrations en fonction des besoins d’incorporation. Les éleveurs qui achètent des matières premières optimisent leurs rations sur le prix des matières premières, rarement sur celui du minéral. Ce concept leur permet de décliner la même démarche d’optimisation sur le minéral: d’autant qu’avec ce niveau d’apport, le mélange est sécurisé avec une meilleure homogénéité

Françoise Foucher

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