Snia : la nutrition animale a foi dans l’innovation

Alain Guillaume et Stéphane Radet, président et directeur du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia), font le tour des sujets d’actualité pour la Revue de l’alimentation animale : dossiers européens dont l’épineux projet de la Commission sur la nationalisation des importations OGM, nouvelle organisation régionale de la profession, création de la plateforme Duralim et de la charte qui l’accompagne, calcul universel de l’empreinte environnementale des productions animales, signature d’une nouvelle convention entre Oqualim et la DGCCRF… Autant de sujets marqueurs de la dynamique de la profession, qui malgré la baisse structurelle des volumes, garde foi en l’innovation. C’est d’ailleurs le thème de la prochaine assemblée générale du syndicat, le 28 mai prochain à Bruxelles.

Snia

Radet, directeur du Snia et Alain Guillaume, président du Snia : « Les fabricants d’aliments vont créer une nouvelle association dans le Nord-Est de la France. »

La Revue de l’Alimentation Animale : Comment se traduisent ces derniers mois de campagne en termes de volumes de fabrication d’aliments ?
Alain Guillaume et Stéphane Radet : Sur les huit premiers mois de campagne, on enregistre une baisse des tonnages d’aliments de 1,5 %, en particulier sur l’aliment bovin et le porc : l’aliment bovin connaît une forte dégradation au début de l’année 2015 (-4,7 %) car la dernière récolte des fourrages a été particulièrement abondante et le dynamisme des éleveurs a marqué le pas dans l’attente des modalités d’application de la nouvelle PAC. L’aliment porc, particulièrement touché par la crise porcine, recule de 3,5 %. Pour la volaille, la production d’aliments progresse de 0,8 % sur les huit premiers mois de campagne, malgré un début d’année marqué par les effets de la crise de compétitivité qu’a connu la filière.
Un fait marquant est à noter : l’aliment bovin occupe désormais le deuxième poste après la volaille et avant le porc, qui recule donc en troisième position. Malgré une baisse globale de 0,7 %, la France se maintient au-dessus des 21 millions de tonnes pour 2014 mais il n’y a pas de quoi se réjouir car cette tendance à la baisse se poursuit depuis plus de dix ans. L’écart avec l’Allemagne, devenu premier producteur d’aliments composés en Europe il y a trois ans, s’est stabilisé sur la dernière période.

RAA : Quelles tendances se dessinent compte tenu des changements de catégories d’aliments (création de la catégorie mash) et de la fin des quotas laitiers ?
A. G. et S. R. : La reprise viendra avant tout de la volaille de chair. Les ruminants sont dans l’expectative. Il est trop tôt pour parler de l’impact de la fin des quotas. Cependant les éleveurs se posent beaucoup de questions et quand l’éleveur s’interroge cela nuit à la dynamique. Mais une chose vaut en toutes circonstances : la consommation d’aliment bovin dépend du prix du lait. L’aliment est un indicateur extrêmement sensible lié à la production de lait.
L’aliment mash connaît une tendance positive avec une augmentation des volumes de 4,3 %, mais cela tient aussi à l’extension du périmètre avec de nouveaux déclarants. Il y a un an, nous avions quelque 80 entités déclarant une production de mash ; or aujourd’hui, après des enquêtes de terrain, nous avons identifié plus de 200 intervenants sur ce marché, dont la majorité n’est pas recensée au niveau des statistiques de production. Nous avons identifié quelques points faibles concernant certains produits commercialisés sous forme de mash liés à la méconnaissance de la réglementation du secteur qui s’applique à ces produits comme à tout aliment composé. Nous avons entrepris avec Coop de France Nutrition Animale des actions significatives en concertation avec d’autres organisations comme la FNA (Fédération du négoce agricole, ndlr) afin qu’elles sensibilisent ceux de leurs membres qui ne sont pas engagés dans une démarche professionnelle. Il s’agit d’inciter l’ensemble des fournisseurs de l’élevage à se professionnaliser et à se faire connaître en tant que fabricant de mash. Il s’agit d’une catégorie d’aliments composés à part entière, et dont dépend la qualité des produits animaux, notamment le lait.

RAA : La Commission vient de décider la nationalisation des autorisations d’importation OGM en Europe, « un grave danger pour l’élevage français » selon vous. Quelle stratégie comptez-vous adopter pour faire entendre votre voix sur ce point ?
A. G. et S. R. :
Nous disposons de fortes productions locales de protéines végétales mais qui restent insuffisantes pour répondre à nos besoins. Nous importons 13 % de nos matières premières, essentiellement dans le domaine des protéines, dont nous ne pouvons pas nous passer. Environ 10 % des matières premières utilisées en nutrition animale contiennent des OGM. C’est peu et c’est beaucoup, car ce sont 10 % que l’on ne peut pas substituer. Le prix des matières premières garanties sans OGM est en effet entre 15 à 25 % plus cher que les produits standards. L’administration nous a demandé de chiffrer l’impact si nous devions nous passer des matières premières OGM. C’est extrêmement difficile à chiffrer. Néanmoins des calculs croisés laissent à penser que tout un pan de l’élevage s’effondrerait avec un effet domino, compte tenu de l’impact sur la compétitivité de nos filières et de la concurrence des autres bassins de production en Europe ou dans le monde.
Le Snia défend depuis toujours l’harmonisation européenne des sources d’approvisionnement. Renationaliser les autorisations de commercialisation de matières premières fait encourir un sérieux risque de délocalisation des bassins de productions d’élevage. Alors que ces OGM ont été évalués scientifiquement au niveau communautaire, nous estimons que ce projet est totalement irresponsable car il provoquerait un handicap insurmontable pour l’élevage. Nous appelons les instances nationales et européennes à rejeter fermement cette décision. Nous travaillons au niveau national et européen en lien étroit avec la Fefac pour faire comprendre aux institutions l’aberration d’une telle disposition.


RAA : Quels autres dossiers européens défendez-vous aux côtés de la Fefac ?

A. G. et S. R. : Nous travaillons activement sur la question du calcul de l’empreinte environnementale qui doit se baser sur des tables de références harmonisées au niveau mondial. C’est un élément du langage commun, de comparaison et un élément de compétitivité. En partenariat avec la FAO qui va prochainement ouvrir officiellement ce dossier, nous allons créer une base universelle permettant de calculer l’empreinte environnementale des matières premières pour les productions animales.
De même en ce qui concerne le soja durable, il est nécessaire d’avoir une base commune : la Fefac propose actuellement en consultation publique une définition de l’ensemble des critères qui font la durabilité du soja sur les trois piliers économique, social et environnemental. C’est une ligne directrice en cohérence avec notre démarche nationale sur la durabilité des approvisionnements en matières premières pour l’alimentation animale.

(…)

Propos recueillis par Sarah Le Blé

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 686 mai 2015

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