Qualité, analyses, sécurité alimentaire : montée en exigence, à tous les maillons de la filière

L’analyse, le contrôle qualité et la sécurité des produits sont des notions incontournables en alimentation animale et elles ne sont pas réservées aux industriels du secteur. Des équipements d’analyse faciles à utiliser, des prestations et des accompagnements « à la carte », les mettent en effet à portée de tous les acteurs de la filière.

All4Feed
« La qualité est une force pour le développement commercial »

Audrey Guéveneux

C’est d’abord aux PME de l’alimentation animale que All- 4feed, entreprise basée près de Dinan (22), dédie ses services, depuis sa création en septembre 2017. « Toutes les entreprises n’ont pas les moyens d’avoir un service qualité en interne. Nous leur proposons un support qualité à la carte », décrit Audrey Guéveneux, responsable du pôle conseil, réglementaire et formation. Accompagnement lors des démarches d’agrément de spécialités et de certifications (FCA, GMP +, RCNA…), aide à la constitution de dossiers pour allégations, accompagnement qualité et sécurité : les spécialistes de l’entreprise peuvent intervenir à la carte, pour des besoins ponctuels ou de longue durée. Audrey Guéveneux observe que la qualité est de plus en plus nécessaire dans les entreprises et qu’elle est « une force pour leur développement commercial. Même pour une PME, une démarche ou une certification qualité n’est pas insurmontable. Il ne faut pas se fermer des portes. » All4feed peut aussi intervenir pour des grands groupes, qui ont leur propre service qualité, mais auxquels elle peut apporter « un regard neuf, une réassurance ». Elle intervient aussi de plus en plus chez des agriculteurs, notamment lors de leur démarche de certification environnementale HVE. L’aspect « environnemental » est en effet une tendance forte des démarches qualité. L’autre tendance du moment, c’est que les démarches qualité sur les produits entraînent souvent des réflexions globales sur la sécurité des personnes dans l’entreprise. « Nous accompagnons aussi les entreprises dans la rédaction de leur Document unique d’évaluation des risques. »

Anses
Réintroduire les PAT pour réduire le risque salmonelles ?

Gilles Salvat, directeur délégué de l’Anses

Agence de référence en matière de sécurité sanitaire, l’Anses était présente sur un stand commun à plusieurs entités, dont le Zoopôle de Ploufragan, sur lequel elle possède des laboratoires et stations expérimentales vétérinaires. Autrefois dotée d’une unité dédiée à l’alimentation animale, fermée faute de moyens, l’Anses continue de travailler sur ce sujet. Selon Gilles Salvat, directeur général délégué de l’Anses, « le sujet majeur en alimentation animale, ce sont les salmonelles ». L’agence collabore notamment avec le centre technique Tecaliman sur les processus de granulation permettant d’assainir les aliments. L’actualité de l’Anses, en cet été 2021, c’est aussi la remise de son avis sur les Protéines animales transformées. « Pour les espèces porcs et volailles, les PAT ne présentent pas de problème majeur de sécurité sanitaire », affirme Gilles Salvat. S’il reconnaît que les professionnels de la nutrition animale ont « réalisé des prouesses » pour adapter les rations de ces deux espèces monogastriques et omnivores à l’interdiction des PAT, il rappelle aussi qu’elles sont connues pour participer à un meilleur équilibre de leur microbiote. Selon lui, les réintroduire pourrait participer non seulement à une meilleure tenue et hygiène des litières, mais aussi à réduire les quantités de soja dans les rations. Or, c’est souvent avec cette matière première, dont le transport et le stockage sont sources de contamination (par des rats notamment), que les salmonelles se retrouvent dans les aliments pour animaux.

Bruker
Analyser des échantillons non broyés

Régis Cinier, responsable produits NIR.

Sur le marché des analyseurs rapides en proche infrarouge, Bruker a choisi de se différencier en proposant un appareil doté de deux compartiments pour les échantillons. « Notre appareil MPA II est le seul sur le marché qui permette d’analyser des liquides, par exemple du lait, en plus des produits solides », confie Régis Cinier, responsable produits NIR. Sur la partie échantillons solides, Régis Cinier souligne la simplicité d’utilisation : « On peut analyser des fourrages non broyés, il n’y a pas besoin de préparation d’échantillons ». Une option ajoutée au MPA permet également d’analyser des produits sur une ligne de fabrication. Cette simplicité d’utilisation correspond, selon Régis Cinier, « à une demande du terrain ». Elle ne se fait pas aux dépens de la précision, qui ne cesse de progresser. Régis Cinier rappelle d’ailleurs que Bruker est un constructeur allemand, à l’origine spécialiste de l’optique et qu’il gère tout, depuis la conception de ses appareils jusqu’au service après-vente. Les analyseurs Bruker sont pilotables sous Windows et lors du changement d’un ancien appareil pour un plus nouveau, « les calibrations sont transférables d’un instrument à l’autre ».

Eurofins/Galys
Analyser ses fourrages pour mieux complémenter ses ruminants

Christian-Guillaume-Marchal, directeur de Galys et Alejandra Carrillo, experte conseil

Les analyses pointues des aliments du bétail ne sont pas réservées aux fabricants d’aliments : désormais, elles sont aussi à la portée des agriculteurs. Depuis quatre ans, le géant de l’analyse Eurofins a racheté le laboratoire Galys aux groupes Terrena et Axereal (qui restent partenaires commerciaux et R&D) et propose donc des analyses agricoles variées. Parmi les prestations mises en avant au Space à destination des éleveurs : les analyses des valeurs alimentaires de leurs fourrages et aliments présents sur l’exploitation (foin, ensilages, céréales, coproduits, rations mélangées) qui vont les aider à mieux piloter l’alimentation de leur troupeau, et donc à complémenter au plus « juste » leurs rations. Au-delà des classiques valeurs alimentaires et digestibilités de l’amidon ou des protéines, le laboratoire Eurofins/Galys propose aussi des profils de fibres et des analyses dans le détail des minéraux (phosphore, Calcium, Potassium, Magnésium, Sodium, Cuivre, Fer, Manganèse, Zinc). Galys propose également de définir un « indice de conservation » des aliments.

Foss
Le bénéfice de la maintenance prédictive

Le DS 2500 F de Foss

Pour le contrôle des matières premières en alimentation animale, le DS 2500 F est le dernier né des appareils d’analyse NIR du danois Foss. Par rapport aux générations précédentes, « les bases sont les mêmes », décrivent François Crampet et Axel Puricelli, commerciaux spécialistes du marché feed et agricole. « L’innovation se situe plus dans le service numérique. » Le package logiciel dans le Cloud qui accompagne l’appareil assure en effet son fonctionnement en continu, sa surveillance à distance et la programmation des opérations de maintenance. « La notion de « maintenance prédictive » est encore assez peu connue en France », explique François Crampet. Basée sur l’intelligence artificielle et le big data, cette maintenance prédictive est pourtant un précieux atout pour prévenir des pannes et éviter tout arrêt d’un appareil dont le fonctionnement est souvent quotidien et très intense.

Labocea
À la pointe de la détection des mycotoxines dans les aliments

Pascale Riou, directrice déléguée chargée des relations clients

Laboratoire public territorial d’analyses, accrédité Cofrac et agréé par plusieurs ministères (dont celui de l’Agriculture), Labocea réalise des prestations pour les professionnels de l’alimentation animale. « Ce sont le plus souvent des PME qui ont des besoins d’analyses, même si les grands groupes nous contactent lorsqu’ils ont besoin de résultats et de conseils indépendants », note Pascale Riou, directrice déléguée chargée des relations clients. « Les agriculteurs qui font de la fabrication d’aliments à la ferme nous demandent également des analyses pour établir leurs rations. » Les analyses les plus fréquemment demandées actuellement sont celles prouvant l’absence de résidus d’antibiotiques dans les filières « sans antibiotiques » et celles recherchant des mycotoxines dans les aliments. Le laboratoire breton est en effet l’un des plus en pointe sur ce sujet, capable de détecter plus de 50 mycotoxines différentes : les demandes d’analyses viennent de toute la France. Il y a une nouveauté depuis quelques mois : pour des clients souhaitant faire de l’export en Chine, Labocea certifie l’absence de virus de la Covid-19 sur les produits et leurs emballages.

 

PerkinElmer
Un analyseur infrarouge pour « des produits de plus en plus spécifiques »

Michael Fournier, technicocommercial
chez Perkin-Elmer

Même si quelques étiquettes « Perten » sont encore visibles sur des équipements, c’est bien désormais le géant américain des appareils d’analyse PerkinElmer qui expose au Space. « Nous avons pleinement le nom de PerkinElmer », confie Michael Fournier, responsable technico-commercial. L’acquisition du suédois Perten par la firme américaine date de 2014, mais ce nom reste encore parfois utilisé, pour son côté « historique et proche du terrain ». Pour ce Space 2021, comme pour celui de 2019, c’est l’analyseur Infrarouge FT 9700 qui est mis en avant pour les professionnels de l’alimentation animale : par rapport à la génération précédente d’analyseurs, il est plus précis, plus sensible et il travaille sur une plus large bande spectrale. « On nous demande de travailler sur des produits et des ingrédients de plus en plus spécifiques », commente Michael Fournier, qui rappelle l’importance de l’étape de calibration, pour laquelle « nous collaborons avec des firmes-services ». Michaël Fournier vante en outre « le tarif très compétitif » auquel cet analyseur de précision est disponible.

Zoopôle développement
Innover, expérimenter et se former

Aurélie Derunes, conseiller technologique à Zoopôle développement

L’association Zoopôle développement entretient des liens étroits avec les acteurs de la qualité, de l’analyse et sécurité. Plusieurs d’entre eux sont présents sur le campus qu’il anime à Ploufragan (22) et, en tant que centre technique, Zoopôle développement a l’occasion de collaborer régulièrement avec eux dans des projets communs. Au Space, cette proximité s’est traduite par le partage d’un stand où l’on retrouvait, aux côtés de Zoopôle développement, des acteurs comme l’Anses, Labocea ou encore All4feed. Le premier domaine de compétence de Zoopôle développement, c’est l’accompagnement à l’innovation des entreprises et la mise en réseau pour développer des projets. « Les acteurs de l’alimentation animale font assez peu appel à nous car ils sont déjà très innovants », reconnaît Aurélie Derusne, conseillère technologique. Néanmoins, lorsqu’ils le font, c’est souvent autour de thématiques d’introduction de produits naturels dans les aliments, ayant des propriétés intéressantes, probiotiques, stimulatrices d’appétit, protectrices par exemple. « C’est la même tendance que celle observée en alimentation humaine. » En dehors de l’accompagnement à l’innovation, Zoopôle développement gère également deux autres missions, dans lesquelles la qualité, l’analyse et la sécurité sont très présentes. Son centre de formation, l’Ispaia, propose des sessions autour du management de la qualité et de la maîtrise sanitaire dans toutes les filières alimentaires, ainsi que sur les compétences techniques en laboratoires d’analyses. Son centre technique des productions animales (CTPA) réalise quant à lui de nombreux essais de terrain de validation dans les espèces porcine, bovine et aviaire. Ces essais sont conduits par ses vétérinaires expérimentés dans le respect des bonnes pratiques cliniques. Ils sont possibles à grande échelle grâce à la mobilisation d’un bon réseau d’éleveurs et de vétérinaires et à des collaborations avec les stations expérimentales de l’Anses. Ces essais peuvent concerner des aliments (probiotiques, arômes, enzymes…), mais aussi des médicaments vétérinaires et des équipements d’élevage.

Nb : C’est à l’occasion de notre visite au Space que nous avons appris le décès, en avril dernier, du délégué général de Zoopôle Développement, Jean-Erik Blochet. Avec lui, le monde de l’élevage perd un grand expert des sciences alimentaires et un infatigable promoteur de l’innovation dans les productions animales.


Catherine Perrot

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