À Saint-Léger-Bridereix dans la Creuse l’usine Aliment Bétail Limousin fait peau neuve.

Nutriciab investit dans la Creuse : Aliment Bétail Limousin fait peau neuve

Nutriciab investit 3,5 millions d’euros dans son site de production de mash Aliment Bétail Limousin ABL situé dans la Creuse. De quoi redonner du souffle à cette unité qui produit 50 000 tonnes par an et rayonne depuis le Loiret jusqu’au Cantal et se trouvait à saturation dans son ancienne configuration. Un an de travaux, sans arrêter la production, et au final une nouvelle usine inaugurée le 5 avril dernier.

À Saint-Léger-Bridereix dans la Creuse l’usine Aliment Bétail Limousin fait peau neuve.

À Saint-Léger-Bridereix dans la Creuse l’usine Aliment Bétail Limousin fait peau neuve.

Comme souvent, l’histoire commence par un moulin. Celui-ci se trouvait au centre du petit village de Saint-Léger-Bridereix, tout près de la Souterraine dans la Creuse. Michel Burille, l’actuel maire raconte : « En 1989, un incendie l’a entièrement détruit, laissant une friche en plein cœur de notre village. » Douze ans plus tard, le moulin incendié se transformait en usine d’aliment, sous le nom d’Aliment Bétail Limousin ABL, grâce à Roger Langlois.

Alors que le site vient de faire peau neuve, son créateur et ancien gérant égrène ses souvenirs : « J’ai appris mon métier au sein de l’entreprise Versele Laga et, en 2000, j’ai eu envie de voler de mes propres ailes. » Le moment est pourtant difficile dans le secteur de la nutrition animale qui affronte la crise de la vache folle : « Finalement, ça s’est révélé une opportunité car mon projet était de proposer des aliments sous forme de mash qui ont répondu à la demande de transparence des éleveurs à ce moment-là. » « Il fallait de l’audace, du courage, de la ténacité et un peu de folie aussi pour se lancer dans cette aventure en 2001 », fait remarquer Antoine Bretaudeau, directeur d’Arrivé-Bellané, société mère d’ABL et actuel président d’ABL.

D’ABL à Nutriciab

L’aventure Aliment Bétail Limousin ABL commence donc en 2001 avec, outre le créateur, un chauffeur, un opérateur de production, une secrétaire à mi-temps et un commercial à mi-temps également. L’objectif est de produire 9 000 à 10 000 tonnes par an au terme de trois ans. « Au bout de seize mois, nous avions atteint notre objectif, grâce en particulier aux éleveurs proches du site qui ont très vite adhéré à mon projet et sont restés fidèles. » Grâce également à la connaissance fine de Roger Langlois sur les matières premières : il innove notamment en proposant alors de la graine de coton dans ses mélanges.

Au fil des années, ABL s’est développé : « En 2004, nous avons investi dans une station vrac, un pont à bascule et un nouveau bâtiment de stockage et nous avons agrandi les bureaux. En 2007, nous avons acheté à la commune du foncier autour de l’usine pour augmenter nos facilités de stockage et améliorer nos conditions de travail. »

En 2010, ABL réalise 30 000 tonnes de mash par an. « J’avais alors 58 ans, la structure de l’entreprise reposait exclusivement sur mes épaules. Nous étions quinze salariés, c’était une lourde responsabilité. C’est alors qu’Arrivé-Bellanné s’est intéressé à nous… » Le groupe Nutriciab est alors déjà un fournisseur d’ABL pour certains noyaux spécifiques de ses mash. Les équipes se connaissent et travaillent ensemble de longue date.

« Il ne semble pas évident à première vue qu’une coopérative, la Ciab, créée par des éleveurs de volailles dans le bocage vendéen, s’intéresse à une société de la Creuse livrant de l’aliment pour les éleveurs de bovins du Limousin, admet volontiers Patrick Pageard, directeur général du groupe Nutriciab. Mais nous partageons des valeurs communes : notre développement est basé sur des relations de confiance avec les éleveurs, notre ADN porte en lui la technique, le conseil, l’expertise et l’innovation. Nous voulions explorer un nouveau territoire de production. Le bassin allaitant limousin complète parfaitement les activités de notre coopérative qui compte déjà des éleveurs de bovins et caprins. »

De fait, la greffe prend. Roger Langlois demeure le dirigeant d’ABL pendant quatre années puis y reste en tant que commercial pendant les trois années suivantes, assurant ainsi une transition en douceur tant avec l’équipe qu’avec les clients. C’est donc en jeune retraité qu’il assiste à l’inauguration de la nouvelle usine en ce début avril 2019.

Avec beaucoup d’émotion, Antoine Bretaudeau, directeur d’Arrivé-Bellané et président d’ABL a remercié Roger Langlois, fondateur d’Aliment Bétail Limousin ABL qui est demeuré son président jusqu’en 2014 : « Je remercie aujourd’hui l’entrepreneur au grand cœur, dévoué, qui a mené son entreprise où elle est aujourd’hui. »

Avec beaucoup d’émotion, Antoine Bretaudeau, directeur d’Arrivé-Bellané et président d’ABL a remercié Roger Langlois, fondateur d’Aliment Bétail Limousin ABL qui est demeuré son président jusqu’en 2014 : « Je remercie aujourd’hui l’entrepreneur au grand cœur, dévoué, qui a mené son entreprise où elle est aujourd’hui. »

3,5 millions d’euros investis

Car depuis 2010, le site a beaucoup changé. « C’est bien simple, constate le maire, il y a toujours des travaux ici ! » Depuis un an, un chantier particulièrement important a permis de rénover entièrement l’usine. « C’est un investissement dont nous sommes fiers, présente Antoine Bretaudeau. Il traduit notre engagement dans le développement rural et l’industriel de cette région. » ABL a donc investi 3,5 millions d’euros : « Nous produisons 50 000 tonnes d’aliment par an, retrace Bruno Pray, le directeur d’ABL. Nous étions clairement à saturation de notre usine avant cette phase de travaux. Nous travaillions en 3×8, beaucoup de tâches étaient manuelles, nous ne disposions pas d’unité de microdosage. Toute la difficulté de cette rénovation était bien sûr de réussir à mener les travaux à bien sans affecter la production en cours, ou du moins le moins possible. » Pari tenu.

« L’automatisation a été entièrement rénovée, décrit Antoine Bretaudeau, avec un système OET. La ligne de production est désormais entièrement gravitaire et la nouvelle mélangeuse est conçue pour permettre un remplissage et une vidange extrêmement rapides. Pendant la phase de mélange, le lot suivant est déjà en train d’être pesé, alors qu’auparavant, la mélangeuse faisait aussi fonction de peseuse. »

Le jour de l’inauguration, les opérateurs de production guident des groupes dans les entrailles de l’usine et délivrent les explications : « La mélangeuse peut traiter jusqu’à trois tonnes. Le temps de mélange dure moins d’une minute ce qui permet de ne pas dénaturer les matières premières. »

Un nouvel aplatisseur a également été installé : « La qualité des matières premières est essentielle, particulièrement dans un mash dont le but est de présenter des matières premières en l’état avec un bel aspect visuel », décrit Antoine Bretaudeau. La totalité des matières premières aplatie entrant dans la composition des mash ABL est aplatie sur place, orge, triticale et maïs. « Nous avons revu le matériel et le process qui intègre désormais une phase de mouillage des céréales. Cela permet d’améliorer la structure physique et la digestibilité. » Variable selon le type et la qualité des matières premières traitées, la capacité de l’aplatisseur est de 80 tonnes par jour environ.

Les récents travaux ont également doté l’usine d’une unité de microdosage : « Désormais, l’automatisme déclenche la pesée des macro- et micro-éléments stockés en big-bag. Seuls quelques éléments sont encore pesés manuellement et ajoutés via le verse-en-sac à contrôle optique. C’est beaucoup d’opérations manuelles en moins et moins de sacs à porter, présente l’opérateur qui guide le groupe. C’est un meilleur confort de travail. Nous sommes six opérateurs de production et travaillons par équipe en 2×8, de 5 heures à 21 heures L’un à la production, l’un à l’ensachage, le dernier à la réception des matières premières. »

La visite passe par la salle de l’échantillothèque et rejoint le poste de réception des matières premières : « Ici, nous validons la conformité visuelle du produit et contrôlons son odeur. Nous éditons l’étiquette qui permettra ensuite sa traçabilité dans l’usine et jusque dans les élevages. Nous réalisons aussi une analyse à l’humidimètre. » En face du bureau de réception des matières premières se tient le poste de chargement, rénové à l’occasion des travaux : « Nous avons augmenté la capacité des cellules de chargement de 30 % ce qui donne plus de souplesse au planning de fabrication. » L’ordonnancement de la production dépend des tournées de livraison : « Nous allons très bientôt nous doter d’un nouvel outil logistique, explique Antoine Bretaudeau. Nous livrons dans un rayon moyen de 150 km autour de l’usine. Chaque tournée représentant 4 à 5 points de livraison, avec un poids moyen livré de 5 tonnes par client. Nos camions à vis sont équipés de souffleries. » En 2014, ABL a externalisé son service de livraison : « Le moment était venu d’investir pour renouveler la flotte de camions. Nous avons préféré externaliser auprès de spécialistes : la logistique c’est un métier. C’est donc la société Pressac qui livre pour nous, avec des camions à nos couleurs et dix chauffeurs dédiés. » Ce sont eux qui assurent le chargement de leur camion, procédure facilitée depuis l’installation de goulottes de chargement qui se déplacent au-dessus des cellules en fonction de la tournée attribuée au camion.

« Nous disposons d’un moyen de production moderne, performant et efficace », conclut Bruno Pray, le directeur d’ABL.

Sur une longue route

Présent pour l’inauguration, François-Christian Cholat, président du Snia ne boude pas son plaisir : « C’est toujours un plaisir de voir l’innovation et la modernisation de nos outils. Cela témoigne du dynamisme et de la capacité à se renouveler de notre secteur professionnel. Nous participons activement au développement de nos territoires : l’élevage demeure un pilier majeur de notre économie agricole. Les services rendus par l’élevage sont nombreux : la préservation de la biodiversité, l’entretien des paysages et le maintien de l’emploi en milieu rural. Mais si les consommateurs ont besoin d’être réassurés sur la qualité des produits animaux, nous ne devons pas négliger cette demande. L’engagement des fabricants dans les démarches de qualité comme Duralim et Oqualim, à l’image d’ABL, prouve la volonté des fabricants de construire un avenir durable pour les productions végétales et animales. »

Le mot de la conclusion revient à Roger Langlois, grâce à qui tout a commencé, ici au cœur du village de Saint-Léger-Bridereix : « Je souhaite à ABL et à ses clients de continuer à progresser et de tracer encore une longue route ensemble. Je vous souhaite surtout beaucoup de bonheur. »

F. Foucher

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