René Vallet, vice-président de l’Aftaa, a annoncé que la journée technique consacrée aux analyses se poursuivrait avec une autre journée axée sur les bonnes pratiques d’échantillonnage.

Formation Aftaa : des analyses, pour quoi faire ?

Comment tirer profit des analyses et pourquoi en faire ? Telles étaient les problématiques soulevées par l’Aftaa début juin à Rennes, lors d’une journée technique réunissant des responsables de laboratoires public et privé mais aussi la déléguée d’Oqualim ainsi qu’une juriste. Les interventions visaient à démontrer que l’intérêt des analyses dépasse le simple niveau de la qualité et s’étend aux dimensions économiques et financières.

René Vallet, vice-président de l’Aftaa, a annoncé que la journée technique consacrée aux analyses se poursuivrait avec une autre journée axée sur les bonnes pratiques d’échantillonnage.

René Vallet, vice-président de l’Aftaa, a annoncé que la journée technique consacrée aux analyses se poursuivrait avec une autre journée axée sur les bonnes pratiques d’échantillonnage.

« La qualité analytique des aliments pour animaux et de leurs ingrédients dépasse le seul intérêt d’un contrôle : il apporte à l’entreprise des éléments concrets pour optimiser ses coûts, affiner des réponses aux besoins de ses clients, etc. » C’est en ces termes que René Vallet, le vice-président de l’Aftaa, association française des techniciens de l’alimentation et productions animales, a présenté la journée consacrée aux analyses et leur intérêt à tout point de vue. La précision des valeurs de qualité joue par exemple sur les résultats économiques de l’entreprise qui les réalise. Étienne Lafitte, responsable technique chez Wisium France, indique ainsi que les analyses permettaient des retours financiers non négligeables, à condition d’avoir une matrice précise et un plan de contrôle de qualité ! « Moins le plan de contrôle est représentatif, plus il y a de biais », insiste le technicien. Et de préciser : « La qualité d’un résultat d’analyses tient à sa représentativité, à l’échantillonnage puis à l’analyse elle-même. Il est essentiel de mieux connaître les matières premières, de comprendre leur variabilité en les segmentant ou en se penchant sur le process de fabrication. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut développer et exploiter des modèles de prédiction pour les critères nutritionnels (énergie, digestibilité, etc.). »

La rentabilité d’une entreprise tient aussi beaucoup à l’interprétation des résultats d’analyses conduites selon un plan de contrôle rigoureux : si, dans le cadre d’analyse de maïs, le fabricant est face à une variabilité importante et qu’il constate qu’il utilise des maïs plus protéiques que la moyenne de la récolte, il peut affiner la matrice de sa formulation avec des analyses proximales et de digestibilité. « La différence de prévision peut aller jusqu’à 5 €/t. Pour un fabricant produisant 5 000 tonnes d’aliments pondeuses, le gain économique obtenu peut aller jusqu’à 16 450 €, en prenant en compte la baisse du coût de la formule de 3,64 €/t et le coût du plan de contrôle de 0,35 €/t. » À l’inverse, le dépassement de la limite maximale réglementaire (LMR) en substances indésirables peut coûter très cher, car une alerte peut entraîner le blocage ou le rappel de la matière première ou du produit fini analysé, et avec eux d’importantes pertes financières.

Incontournable incertitude analytique

Mais jusqu’où aller en matière de précision des analyses ? Il ne faut pas oublier que le concept de tolérance est indissociable du principe même d’analyse : « Il existe un écart analytique comprenant l’analyse et le sampling, ainsi qu’un écart technique dû au process, se situant entre 10 et 40 % en ce qui concerne le feed mais qui est de 0 % si l’on parle de contaminants », explique Christophe Genouel, directeur scientifique au laboratoire officiel L35. « L’incertitude analytique (Uana), que tout laboratoire doit annoncer, est inversement proportionnelle à la concentration en analyte, c’est-à-dire qu’à faible teneur, l’Uana augmente. » L’ordre de grandeur de cette incertitude analytique peut être parfois très large. Entre 15 et 50 % pour les mycotoxines, entre 40 et 250 % pour la microbiologie, « car dans le monde du vivant, on n’est pas à 1 ou 2 log d’écart », précise Christophe Genouel. Dans le cas des contaminants ou des substances indésirables, le choix du prestataire est évidemment important pour interpréter les limites maximales réglementées : « Si le résultat se situe au-dessous de la limite avec un taux d’incertitude, il existe quand même un risque. »

« La matrice en nutrition animale est de toute façon une des plus complexes à préparer », souligne Christophe Ferey, du laboratoire Artemis. D’autant qu’il existe des protocoles opératoires différents pour un même dosage suivant les matrices : le calcul de l’humidité se fera selon une certaine norme de référence pour le maïs (8 g moulus dans une capsule de 6,5 cm chauffée à 131° pendant 4 heures), et selon une autre pour le tourteau de soja (5 g broyés à 1 mm et chauffé à 103° pendant 4 heures). « La méthode utilisée (officielle, de référence, alternative, interne, rapide, etc.) détermine les résultats ; il est indispensable de la connaître pour savoir de quoi l’on parle. Le métier du laboratoire est de donner des résultats qui soient comparables à un autre laboratoire. » Si l’accréditation Cofrac n’est pas obligatoire, elle assure néanmoins une certaine fiabilité, indique Christophe Ferey.

S. Le Blé

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