Coop de France Nutrition Animale : s’organiser pour sécuriser

Jean-Luc Cade, président du pôle nutrition animale de Coop de France. (Copyright : CdF NA)

Jean-Luc Cade, président du pôle nutrition animale de Coop de France. (Copyright : CdF NA)

Le 4 novembre dernier, le président du pôle nutrition animale de Coop de France, Jean-Luc Cade, a ouvert la convention annuelle en insistant sur la forte implication du réseau coopératif dans les productions, malgré un contexte marqué par un enchaînement de crises sévères. En particulier, l’extrême volatilité des prix doit pousser à toujours plus d’innovation. D’où l’intitulé combatif de cette session Apporter de la valeur aux filières par l’alimentation qui laisse à penser qu’une page se tourne et que l’avenir est à réécrire entre les acteurs de la coopération (1).

Pierre Boiteau, directeur des rédactions Terre-net et animateur de l’après-midi, a livré un bref état des lieux conjoncturel. Selon lui, « il s’agit bien de s’inscrire dans un contexte marqué par les chocs répétés de volatilité des prix, la baisse du nombre d éleveurs, la faiblesse de la valeur ajoutée et un manque certain de compétitivité à l’international. Tous ces facteurs forcent à constater le processus de désindustrialisation de l’agriculture française ».

Pour en prendre la mesure et mettre cette situation en perspective, Valérie Bris, directrice adjointe du pôle animal en charge de la nutrition animale, revient sur les faits marquants de l’année écoulée.

La nutrition animale baromètre des productions animales

Elle souligne le réel dynamisme des productions en volailles de chair dont on constate la reprise des exportations (poulets et dindes) et la belle vitalité du label. En revanche la pondeuse marque le pas : la production d’œufs attendue est en baisse de 0,7 % en 2015, suite à la belle progression de 2014 (+9 %). Pour autant les niveaux de production restent élevés.

En porcs, le contexte reste préoccupant, la production se stabilise, mais l’on note une baisse de la consommation de viande fraîche et une baisse des exportations d’où le constat d’une perte de compétitivité (exemple de la crise de Plérin dans les Côtes d’Armor).

Valérie Bris, directrice adjointe du ôle nutrition animale de Coop de France. (Copyright : CdF NA)

Valérie Bris, directrice adjointe du ôle nutrition animale de Coop de France. (Copyright : CdF NA)

De fortes inquiétudes pèsent sur le lait : la production reste soutenue sur fond de fin de quotas dans un marché mondial très encombré. Le prix du lait est préoccupant pour l’avenir de la filière tandis que les tonnages d’aliments s’érodent.

Concernant les matières premières et aliments, l’intervenante constate peu de tension sur les marchés mondiaux. Les prix d’aliments ne devraient donc pas connaître de gros à coups dans les mois à venir.

À la suite de ce constat, Pierre Boiteau interroge Valérie Bris sur les solutions envisageables en période de crise. Celle-ci préconise une vision anticipatrice des dossiers autour de trois axes : économique, environnemental et sociétal.

Concernant l’accès aux matières premières, trois principes doivent prévaloir :

– la disponibilité qui doit être optimisée,

– la régularité qui induit une meilleure caractérisation,

– et la sécurité qui nécessite d’intervenir dès l’amont.

Ensuite, la coopération doit contribuer à rénover les relations partenariales entre filières. Des cahiers des charges adaptés, porteurs de valeurs, doivent permettre d’éviter les déperditions. La logistique doit par ailleurs être optimisée (le transport vient en troisième position dans la liste des coûts) par un travail sérieux sur les dérogations entre autres. Quant à la sécurité sanitaire et santé (Oqualim), la lutte contre l’antibiorésistance passe par une mise en œuvre de la Laaf (Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt) et une révision des textes européens. Concernant la durabilité, Duralim porte une démarche originale qui vise à l’élaboration d’une charte d’engagements valorisant l’existant tout en engageant une démarche de progrès. Enfin, il s’agit de former et sensibiliser à la sécurisation des livraisons en élevage.

S’en suivent deux mini-tables rondes (2). La première, sur le thème Apporter de l’innovation et de la performance en élevage, s’intéresse à la place du binôme fabricant/aliment dans les filières. Le métier de fabricant consiste à apporter de la performance en élevage. L’aliment ne peut être réduit à un coût. C’est aussi un service associé à de la R&D pour plus de performances nutritionnelles, environnementales et de santé en élevage, du transfert de connaissances scientifiques sur le terrain, du diagnostic et du conseil en élevage, avec en perspective une recherche permanente d’optimisation économique. Aujourd’hui, au-delà du statut de « marchand », le fabricant doit se positionner et être considéré comme un partenaire des filières, un apporteur de solutions et, partant, doit être intégré à toute réflexion d’évolution. Enfin, l’aliment et la technicité associée constituent un élément de la compétitivité des filières d’élevage.

Pour la seconde table ronde, Co-construire des filières résilientes, en phase avec les attentes du marché, les intervenants abordent la question de la contractualisation.

(…)

Marion Le Béchec

1. Coop de France édite une collection intitulée Théma dont le petit dernier traite précisément des coopératives de nutrition animale et marchés agricoles. En ligne sur le site de Coop de France.
2. Avec la participation de Francis Armand (médiateur des relations commerciales agricoles), Anne Richard (directrice de l’Itavi), Bernard Fostier (directeur de l’Ifip) et un représentant de la distribution.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 692 – décembre 2015

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