Congrès Acooa : les forces coopératives face au marché mondial

Les coopératives mettent de plus en plus leurs forces en commun. Le premier congrès d’ Acooa, regroupant les assemblées générales de Coop de France et d’InVivo les 19 et 20 décembre 2012 à Paris, s’est tenu sous le signe du regroupement des coopératives en France face notamment au droit de la concurrence. Objectif : intensifier l’émergence de leaders de la coopération. Pour appuyer cette stratégie, Acooa tentera de doter les coopératives des outils nécessaires à leur développement. Morceaux choisis.

Patrice Gollier, directeur général d'Acooa et InVivo, et Philippe Mangin, président.

(de g. à dr.) Patrice Gollier, directeur général d’Acooa et InVivo, et Philippe Mangin, président. (Crédit photo: Philippe Couette)

Côté convention Coop de France, qui ouvrait la première journée du congrès, un constat s’impose : celui du chiffre d’affaires des coopératives agricoles et agroalimentaires, qui a progressé de près d’un milliard, à 83,7 milliards d’euros. Il est immédiatement suivi de trois bémols : la pression des prix imposés par la distribution et les relations commerciales, les décisions jugées préjudiciables de l’Autorité de la concurrence sur les ententes ou les contraintes liées aux fusions, la baisse probable à venir des aides européennes.

La rapporteuse du groupe de travail sur les coopératives au Sénat, Marie-Noëlle Lienemann, proposera un renforcement du statut des coopératives et la possibilité de créer des « groupes coopératifs » au sein de la future loi Hamon, qui va probablement être votée à la fin du premier semestre.

Elle souhaite éviter que le projet de loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire ne se contente de donner « un label entreprise sociale » dans lequel le statut coopératif se retrouverait noyé. (…)

Il est à noter que le secteur des coopératives a connu pas moins de 80 opérations de fusions, acquisitions ou rapprochements au cours du dernier exercice, tels que ceux menés par Agrial avec Senoble ou Terrena avec Loeil et Piriot, ou encore la prise de contrôle par Euralis de Stalaven. (…)

Vision d’entreprise élargie

Côté InVivo, on insiste sur la force motrice du développement à l’international tant du point de vue économique que de celui de l’innovation. Pour Hubert de Roquefeuil, directeur général d’InVivo NSA (nutrition et santé animales), il y a beau temps que « l’entreprise a appris à apprendre des autres ». Pourtant, marquée par de nombreux soubresauts conjoncturels, 2012 restera comme « une année plutôt difficile pour notre métier », a-t-il reconnu, et cela au niveau national comme à l’international. Au Brésil, la production d’aliments composés pour animaux devrait diminuer de 2,5 % cette année, après un mois de septembre qui a vu les fabrications d’aliments plonger de 20 %. En Chine, des arrêts de bandes d’élevage (porcs et volailles) sont constatés ; même chose au Vietnam et en Indonésie. Dans une période de crise économique sévère, partout sur la planète, « l’industrie de la nutrition animale fait l’expérience, en temps réel, de l’élasticité de la demande », commente Hubert de Roquefeuil.

À long terme, le marché s’annonce, à l’inverse, « extrêmement porteur ». Pour satisfaire les besoins d’une population mondiale en constante progression et qui consomme plus de produits animaux à mesure qu’elle sort du sous-développement, il va falloir « multiplier par trois la production d’aliments pour le bétail, et parallèlement cela va induire la construction de 1 500 usines d’ici à 2050 ». (…)

InVivo « en ordre de marche »

Hubert de Roquefeuil (à dr.), directeur général d'InVivo NSA, et Alain Guyonvarch, directeur scientifique.

Hubert de Roquefeuil (à dr.), directeur général d’InVivo NSA, et Alain Guyonvarch, directeur scientifique. (Crédit photo: Philippe Couette)

Dans cet esprit, Alain Guyonvarch insiste sur « le focus très fort qui a été mis sur l’innovation, laquelle justifierait presque à elle seule InVivo NSA ». « Forte de ses réseaux internationaux, la recherche-développement se nourrit de tout ce qui se fait à l’extérieur pour répondre aux besoins locaux. » Trois exemples d’essais récents ou en cours viennent appuyer ses propos :

–          en France, à l’essai, une nouvelle technologie de protection des protéines pour les ruminants qui vient de Hongrie ;

–          la mise au point d’une spécialité pour les volailles à base d’extraits végétaux venue d’Asie centrale ;

–          en premier essai animaux, un mélange d’extraits végétaux issus de la pharmacopée vietnamienne (université de pharmacologie de Saigon) pour traiter la diarrhée du porcelet.

Enfin, le directeur général d’InVivo, Patrice Gollier, est revenu sur les cinq années écoulées, marquées par le lourd chantier de reprise d’Evialis, les regroupements et les fusions qui s’avèrent une « très bonne chose : Evialis a agi comme un accélérateur stratégique, boostant la R&D et le développement à l’international. Cette reprise a permis la réorganisation de l’alimentation animale en France. InVivo est maintenant en ordre de marche. » (…)

Cité par le président Mangin, le rapport de la ministre Nicole Brick intitulé Plan stratégique pour l’export, horizon 2022 vient étayer ses propos : parmi les critères retenus dans ce plan, la demande mondiale voit arriver en premier celle de « mieux se nourrir », ce qui correspond en valeur à une augmentation de 100 milliards d’euros à échéance 2017. Dans ce même plan, 18 pays sont identifiés comme prioritaires et correspondent à près de 50 % des exportations françaises agroalimentaires. Dans ce cadre, un comité export Asie a été mis en place courant janvier, et auquel Acooa participe. Et le président de conclure sur la ferme volonté d’Acooa de consolider sa stratégie d’action « du local au global ».

Marion Le Béchec

InVivo s’érige en « modèle » de résistance coopérative et fer de lance de l’innovation

Avec un chiffre d’affaires de 5,7 milliards d’euros (dont 40 % proviennent de l’international) InVivo s’affirme comme le 1er groupe coopératif français. Et ce malgré l’extrême volatilité des marchés de matières premières, qui a lourdement pénalisé l’exercice 2011/2012 d’InVivo grains (- 21 %), aboutissant en clôture à un retrait global de 7 %. « Les trois autres métiers du groupe – InVivo Agro, InVivo NSA, InVivo Grand Public – présentent eux des résultats satisfaisants », selon le directeur général, Patrice Gollier, qui présentait l’activité du groupe lors d’une conférence de presse, le 18 décembre 2012.

InVivo NSA s’illustre particulièrement à l’international (présente en France, Asie, EMEA et Amérique latine). Le chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros – en progression de 4,2 % – s’appuie sur la volonté de s’affirmer en tant que référence solide (et résiliente) en aliments complets pour les éleveurs de la zone France. Mais c’est à l’international que le chiffre d’affaires réalise un bond de 12 %. La dynamique d’InVivo NSA en Asie (Vietnam et Indonésie) et en Amérique du Sud (Brésil et Mexique) semble tirer l’entreprise vers le haut. Une dynamique qui passe par le rachat des minoritaires et autres capitaux restants, et l’investissement par la création de sites de production majeurs (Vietnam), de laboratoires (Brésil) ou l’installation de processus de fabrication performant (Mexique).

Du côté des additifs (portés par Néovia), le groupe enregistre un fort développement des ventes (+ 69 % de chiffre d’affaires) qui s’explique « par la combinaison de quatre éléments : le dynamisme de l’activité, les fortes attentes du marché, la qualité des produits proposés et la vitalité technique et commerciale à l’international ciblée de Néovia ». Sans omettre l’adaptation obligée au mouvement de démédication qui prévaut peu à peu tant en France qu’à l’international.

Enfin, la naissance fusionnelle d’InVivo Labs, en 2011, se structure peu à peu et vise le groupe des leaders mondiaux en matière d’analyse alimentaire et agricole. La mise en place d’une base de données et d’un système d’information communs a permis de produire 50 nouveaux standards d’analyse cette année.

L’exercice en cours s’avère donc totalement différent du précédent ; en effet après trois semaines de hausse des prix forte et continue en juillet, cinq mois se sont écoulés marqués par « une volatilité faible dans un tunnel stable qui laisse en suspens les projections et tendances à venir ». En vérité « le marché change structurellement depuis cinq ans et ne trouve pas ses marques, ce qui conduit les protagonistes à un jeu pour le moins opaque, un va-et-vient d’arrivés et de sortants, qui génère une grande instabilité. » « Mais, selon le président d’InVivo, Philippe Mangin, l’appui d’InVivo sur les coopératives lui permet d’attendre ».

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 663 – janvier/février 2013

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