Agriloops : la première ferme aquaponique en eau salée d’Europe

Produire différemment et de manière durable les aliments de demain tout en garantissant un intérêt santé et gustatif. C’est le pari de deux jeunes ingénieurs, Jérémie Cognard et Romain Vandame qui ont développé un système d’aquaponie innovant en eau salée destiné à un élevage de gambas associé à la production de légumes frais. Une levée de fonds d’1,4 million d’euros leur permet maintenant de tester leur projet en ferme pilote.

Jérémie Cognard et Romain Vandame ont développé un système d’aquaponie innovant, en eau salée, destinée à un élevage de gambas associé à la production de fruits et légumes frais.

Jérémie Cognard et Romain Vandame ont développé un système d’aquaponie innovant, en eau salée, destinée à un élevage de gambas associé à la production de fruits et légumes frais. Crédit : Agriloops

« On se connait depuis dix ans avec Romain, introduit Jérémie Cognard, cofondateur et directeur général d’Agriloops. Ingénieurs agronomes et passionnés par les nouveaux systèmes de production et par les alternatives durables, nous avons enrichi nos expériences et connaissances : en hydroponie (NDLR : la culture de végétaux hors-sol) pour moi, et en aquaculture pour Romain. » De cette complémentarité est née, en 2016, l’idée de développer un système aquaponique, mais pas n’importe lequel.

Aquaponie en milieu salé

L’aquaponie, est « l’association vertueuse de l’aquaculture et du maraichage. Cette technique permet de produire à la fois des poissons ou crustacés et des légumes frais au sein du même système ». Leur spécificité vient du choix de l’espèce aquatique choisie : « Nous sommes les premiers en Europe à expérimenter l’élevage de gambas en eau salée dans un système aquaponique. La filière aquaponique européenne concerne principalement des productions en eau douce et sur des espèces de poissons à faible valeur ajoutée. Avec ce type d’aquaponie, on observe un manque à gagner sur la partie aquacole et des problèmes de rentabilité, c’est pour ça que nous avons décidé de passer au milieu salé. Outre l’intérêt économique des gambas, nous souhaitons proposer des produits locaux, frais, sans congélation et avec un objectif zéro antibiotique. » Une réponse aux attentes sociétales en matière de solution durable de productions agricoles. « Les 120 000 tonnes de gambas consommées en France aujourd’hui, proviennent à plus de 85 % de l’importation (Asie du Sud-Est et Amérique centrale). Leur production est synonyme de forts impacts environnementaux : déforestation, utilisation massive d’antibiotique, congélation pour le transport, etc. »

La question peut se poser quant à la culture de végétaux en milieu salé. « Le résultat est plus que satisfaisant. Les premières tomates cerise récoltées ont beaucoup de goût et sont très charnues. De même que notre mesclun de la mer, composé de salicorne, plantain et huître potagère, aux notes marines. »

Le choix de la gambas permet de proposer un produit à haute valeur ajoutée.

Le choix de la gambas permet de proposer un produit à haute valeur ajoutée.  Crédit : Agriloops

 

Nutrition animale et végétale

L’alimentation des gambas est soigneusement sélectionnée : « Aujourd’hui, nous partons de l’existant et nous avons choisi de distribuer les aliments de la gamme aquaculture de chez Le Gouessant basé en Bretagne, explique Jérémie Cognard. Des solutions nutritionnelles sont proposées et adaptées pour chaque étape de vie des gambas et nous sommes satisfaits des performances atteintes. » Le principe de l’aquaponie étant d’utiliser les effluents produits par les animaux pour nourrir les plantes, tout est soigneusement contrôlé. « Nous n’utilisons quasiment pas d’engrais puisque nous avons seulement besoin de nourrir les gambas qui fertilisent à̀ leur tour les plantes. Si jamais, le milieu nutritif des plantes n’est pas assez riche, il est tout à fait possible de l’enrichir. » Le zéro antibiotique est également un impératif du cahier des charges.

L’eau circule entre les deux ateliers : aquacole et hydroponique. Les effluents recueillis dans le bassin d’élevage arrivent après un passage dans un biofiltre dans la zone de maraichage pour fertiliser les plantations installées en hors-sol. La ferme pilote d’Agriloops et la production en plus grande quantité sont sur le point de démarrer.

Le principe de l’aquaponie étant d’utiliser les effluents produits par les animaux pour nourrir les plantes, tout est soigneusement contrôlé.

Le principe de l’aquaponie étant d’utiliser les effluents produits par les animaux pour nourrir les plantes, tout est soigneusement contrôlé. Crédit : Agriloops

Lancement de la production à grande échelle

« Incubés par Agoranov, nous avons d’abord été hébergés en 2016 au FoodInn Lab, l’incubateur technique d’AgroParisTech, détaille Jérémie Cognard. Nous avons eu la chance d’avoir été épaulés dès nos débuts par des entrepreneurs aguerris, Antoine Hubert et Alexis Angot, cofondateurs d’Ÿnsect, et par plusieurs experts de l’aquaculture, du marketing ou de l’entrepreneuriat. Fin 2017, nous avons déménagé à Rennes dans les locaux d’Agrocampus Ouest, afin de préparer la mise en place de notre ferme pilote et de nous rapprocher de nos partenaires bretons. »

Les fondateurs ont lancé une campagne de crowdfunding sur la plateforme Sowefund en mai 2018. « Le projet a rencontré un grand succès auprès des investisseurs avec le soutien de fonds tels que OGHI et BNP Paribas Développement, ainsi que des business angels. Nous avons obtenu en parallèle différentes subventions et prêts pour porter ce premier tour à un total de 1,4 million d’euros. »

À la suite de la validation de ses technologies et procédés dans la ferme pilote rennaise, avec une surface de 100 m2 dédiée au développement en situation réelle et avec du matériel adapté aux plus grandes productions, Agriloops prévoit d’installer une ferme pleinement opérationnelle d’ici fin 2020. Celle-ci permettra de générer un premier chiffre d’affaires grâce à une production de plusieurs dizaines de tonnes de gambas et de légumes. Dans un premier temps, Agriloops vise une clientèle de professionnels en circuits courts (restaurateurs, poissonneries, épiceries fines, etc.) pour ensuite approvisionner les grossistes avec sa montée en volume.

C. Villéger

 

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