AG Qualimat : un savoir-faire de plus en plus reconnu au niveau national

Qualimat a tenu son assemblée générale le 27 mai dernier à Lorient, dans la cité de la voile Éric-Tabarly. En plus de dresser le bilan et les perspectives de ses actions dans tous ses domaines d’intervention, l’association a invité un spécialiste d’Arvalis pour évoquer la pertinence des modèles de prédiction des risques de mycotoxines dans un contexte de changement climatique. Compte rendu.

Chaque référent de Qualimat, par domaine d’activité, est venu présenter le bilan de l’année ainsi que les perspectives de l’association. « L’enjeu de Qualimat matières premières, activité historique de l’association, est de fournir à ses adhérents des résultats fiables dans des délais courts », a rappelé Vincent Le Moine, président de l’association. L’activité de celle-ci couvre l’analyse de 90 % des matières premières importées dans les ports du Grand Ouest, ce qui représente 214 interventions sur 148 bateaux, et plus de 1 300 échantillons analysés en infrarouge. « Les résultats des analyses permettent de consolider les matrices de formulations, de mieux connaître les matières premières et de surveiller les contaminants », souligne Jean-Pierre Bellec, administrateur référent pour cette activité de contrôle.

Le comité de pilotage a par ailleurs entamé une réflexion pour prendre en compte les nouvelles attentes des adhérents ainsi que l’évolution du contexte règlementaire et juridique. « Nous avons identifié les axes de développement concernant les procédures de travail, les types d’analyses et les outils de diffusion, en réalisant notamment une enquête auprès des adhérents. L’objectif est également de consolider la synergie avec les fournisseurs. » D’autre part, l’association participe à la coordination d’une plateforme salmonelle avec les différentes organisations professionnelles et les syndicats nationaux. « Un recueil des pratiques professionnelles des mesures de gestion et de maîtrise du risque salmonelle en alimentation animale a été corédigé. La réflexion est à poursuivre sur le devenir des matières premières non conformes », explique Jean-Pierre Bellec.

Bonnes pratiques et amélioration continue

Né il y a 15 ans des besoins et attentes des fabricants d’aliments et de l’expertise partagée avec les transporteurs, le volet transport vise la maîtrise de la qualité sanitaire des transports d’aliments et de matières premières. Qualimat Transport s’appuie depuis 10 ans sur une certification par tierce partie, avec des auditeurs qualifiés et issus d’organismes certificateurs habilités. « Le comité de suivi se réunit quatre fois par an ou plus selon les besoins, et met en œuvre les actions d’amélioration continue de cette démarche », évoque Hervé Vasseur, référent pour ce domaine.

Au 20 mai 2016, 1 859 opérateurs de transport étaient référencés. Quatre sanctions ont été prononcées l’année écoulée. 2015 a par ailleurs vu l’apparition de la 6e version du cahier des charges, spécifiant l’extension du périmètre aux aliments composés. Qualimat vise également dans ce domaine à promouvoir les bonnes pratiques d’audit : cinq journées sont ainsi organisées en 2016 réunissant tous les auditeurs qualifiés Qualimat Transport (85). D’autre part, en lien avec la problématique salmonelle, une enquête sur la propreté des contenants est prévue à l’échelle nationale.

La partie concernant la surveillance des substances indésirables confirme l’expertise de Qualimat pour la « gestion des plans de contrôles mutualisés inter-entreprises » dans le cadre de son partenariat avec Oqualim : « La mise en place de ces plans de contrôles mutualisés inscrit la reconnaissance de notre savoir-faire au niveau national », souligne Vincent Le Moine, administrateur référent, qui indique que, pour l’année écoulée, quatre plans de contrôle Oqualim se sont adossés à l’expertise Qualimat, concernant le conventionnel, le bio, les OGM et l’aliment veau.

Qualimat Alerte, mis en place depuis 2009, confirme quant à lui son efficacité puisque le protocole permet de « gérer des signaux de façon précoce pour que la situation ne se transforme pas en gestion de crise ». Le délai moyen entre un signal et la première réunion de cellule est de 15 heures (entre 3 et 24 heures, selon les périmètres et éléments à mobiliser). Une alerte est maintenue sur une durée de deux mois en moyenne.

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Guénolé Grignon, du service qualité de l’institut Arvalis

Guénolé Grignon, du service qualité de l’institut Arvalis

Prédire le risque DON dans un contexte de changement climatique

Arvalis, Institut du végétal, reçoit de plus en plus d’appels à projets liés au changement climatique. L’institut commence à se pencher sur l’aflatoxine, « mycotoxine de préoccupation planétaire », mais c’est du DON qu’est venu parler Guénolé Grignon, du service qualité, afin de « commenter la pertinence des modèles de prédiction du risque DON dans un contexte de changement climatique ». « Le déoxynivalénol, ou DON, est une toxine produite par des champignons du genre Fusarium en particulier Fusarium graminearum, espèce prépondérante au niveau français, rappelle le spécialiste en préambule. Quand il se développe, le champignon entraîne des baisses de rendement et une accumulation de DON, lequel provoque vomissements, ralentissement voir arrêt de la prise alimentaire, ainsi que des troubles rénaux. »

Pour lutter contre ce champignon, les principaux leviers sont le travail du sol avant semis, le précédent cultural et la sensibilité variétale. « L’utilisation conjointe de matières actives et de solutions agronomiques peut s’avérer intéressante », note Guénolé Grignon. Les modèles existants pour la prédiction du risque s’établissent selon une échelle spatiale (de la parcelle au continent) et temporelle (par jour, à l’année, dans un futur proche ou lointain). Les variables d’entrée concernent des facteurs agronomiques ou climatiques. Ensuite le modèle choisi, qui n’est autre qu’une « représentation simplifiée de la réalité », peut suivre une approche statistique ou une dynamique mécaniste (plus complexe et souvent plus long à valider mais souvent utile pour les projections). L’analyse des résultats se fait alors toujours selon deux angles : les variabilités d’ordre temporel et spatial.

Ces modèles visent deux objectifs principaux : « Avoir un premier regard sur les évolutions possibles de la contamination par Fusarium graminearum et de la contamination en DON sur blé tendre et blé dur, et identifier les limites méthodologiques possibles de ces simulations. » Arvalis a ainsi établi deux modèles de prédiction selon différentes variables d’entrée et a élaboré deux scénarios, dans un futur proche et futur lointain. Il ressort que « le risque d’infection du blé tendre par F. graminearum et la teneur en DON associée ne doit pas augmenter dans le futur proche et pourrait même diminuer dans le futur lointain, aussi bien dans le temps que dans l’espace ». Mais « cela est à mettre en relation avec la diminution en fréquence des phénomènes pluvieux importants », note le spécialiste, soulignant par-là les limites du modèle de prédiction.

S. Le Blé

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 698 – juillet-août 2016

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