58e assemblée générale de la Fefac : sécurité sanitaire et OGM au programme

L’association des fabricants d’aliments composés européens (Fefac) s’est réunie en assemblée générale lors du Victam à Cologne le 10 juin. Il a été beaucoup question de la récente proposition de la Commission européenne sur la possibilité offerte aux États membres de refuser l’utilisation des cultures génétiquement modifiées dans l’alimentation animale, ainsi que de sécurité alimentaire plus généralement.

« La sécurité sanitaire demeure le sujet primordial de préoccupation pour la Fefac, a souligné Ruud Tijssens, président de la Fefac. Nous devons nous organiser pour ne pas nous retrouver à jouer le rôle des gardiens ultimes, obligés de passer en mode gestion de crise à chaque fois qu’un incident se déclare en amont de notre chaîne d’approvisionnement. C’est pourquoi, nous avons redéfini notre vision de la sécurité alimentaire et prônons un système de responsabilisation de tous les maillons de la chaîne. Aujourd’hui le système est conduit par celui qui se retrouve au sommet de la pyramide et assume tous les risques. Ce n’est pas efficace et pas compétitif. Notre nouvelle approche privilégie une organisation proactive à chaque étape de la chaîne alimentaire avec la volonté d’échanger les informations sur tous risques émergents avec chacun des maillons. Tous les opérateurs doivent prendre conscience que la gestion de la sécurité sanitaire doit se faire en dehors de toute compétitivité et que le partage d’informations ne peut que servir à améliorer l’efficacité du traitement des risques, dans le but de réduire les incidents et les coûts qu’ils impliquent lors des retraits et destruction de marchandises. »

La responsabilité de la profession
Preuve de l’importance de l’autocontrôle, Ruud Tijssens rappelle que 54 % des alertes émises dans le domaine du feed dans le cadre du système RASFF (Rapid alert system for food and feed, système d’échanges d’alertes entre les autorités sanitaires des pays membres de l’UE et associés) sont issues des procédures d’autocontrôle : « Cela prouve que la profession a pleinement conscience de sa responsabilité en le domaine. »

Les responsables des différentes commissions de la Fefac se sont réunis lors de l’assemblée générale.

Les responsables des différentes commissions de la Fefac se sont réunis lors de l’assemblée générale.

La Fefac a publié un livret recensant les initiatives de coopération entre les industries et les autorités nationales en termes de sécurité sanitaire dans les différents pays de l’Union européenne. On y lit qu’à l’initiative des autorités autrichiennes, les opérateurs de la filière sont conviés à des réunions informelles à chaque trimestre afin de discuter efficacement des risques émergents. On y découvre comment les Polonais ont associé les industriels et les autorités vétérinaires pour mettre en place la directive 90/167/EEC sur les aliments médicamenteux afin de rendre le dispositif efficace et adapté aux contraintes de chacun. On y apprend que l’association belge Bemefa et l’agence fédérale pour la sécurité alimentaire (Fasfc) partagent avec beaucoup de réactivité les résultats des plans de contrôles officiels et industriels ce qui permet aux fabricants de mieux concentrer leurs propres analyses sur les matières premières à risque. Les Danois de l’association Dakofo, eux, coopèrent avec les autorités nationales dans leurs recherches de salmonelles. La reconnaissance officielle du guide de bonne pratique Oqualim en France est également présentée. Au total une vingtaine d’exemples sont déclinés.
Ruud Tijssens conclut sur ce point en soulignant que « la sécurité sanitaire des aliments est une problématique dynamique, constamment influencée par des facteurs extérieurs : par exemple les maïs sont de plus en plus contaminés par des mycotoxines à mesure que le climat se réchauffe ». Il commente la récente décision du parlement français de recycler les invendus alimentaires vers l’alimentation animale : « D’un côté, il est plaisant de voir que l’alimentation animale est reconnue comme une solution potentielle pour réduire le gaspillage alimentaire. Mais tous les résidus alimentaires ne peuvent pas entrer dans nos process. Nous devons nous assurer que nos fournisseurs ont pris toutes les sécurités concernant la sécurité sanitaire afin que la responsabilité en cas de crise ne soit pas attribuée aux fabricants. Nous sommes par ailleurs confiants dans les décisions que prendra la DG Santé de la Commission qui a maintenant en charge ce dossier du gaspillage alimentaire, pour maintenir l’intégrité de la chaîne alimentaire tout en luttant contre le gaspillage alimentaire. »

Risques et sécurité sanitaire
Une table ronde avait été organisée sur le thème des bonnes pratiques. Martha Ponghellini, responsable de la division Nutrition animale à la DG Santé de la Commission a commencé par rappelé les priorités de la DG Santé et leur influence sur la réglementation : « La loi sur l’alimentation animale entre dans le cadre de la loi générale sur l’alimentation EC 178/2002 qui a pour objectif général de protéger la vie et la santé humaine et protéger les intérêts des consommateurs. Ses objectifs sont de construire la chaîne d’alimentation, aligner le feed sur le food, avec un fonctionnement légal basé sur l’évaluation des risques… » Elle cite les règlements feed hygiène N°183-2005, marketing N°767-2009, additifs N°1831-2003, coproduits animaux N°1069-2009 et feed contrôle N°882-2004. « Le plus difficile dans nos relations avec vous, les industriels, c’est le rythme : nous sommes ouverts aux innovations mais nous avons besoin de temps pour en évaluer les risques. De votre côté, vous, opérateurs, vous êtes pressés. » Elle admet que les textes N°767/2009 et N°183-2005 posent problème car ils ne donnent pas de définition pour les novel food : « Ils englobent les algues alors qu’elles ne sont clairement pas de nouveaux aliments pour les poissons. Ils parlent des biomasses, des nanotechnologies, dossier en stand-by, des insectes et des larves qui sont également consommées naturellement par les volailles… Sur ce point le chapitre est ouvert : l’opinion de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) est attendue pour l’automne. Il restera ensuite à définir des règles de production, de bonnes pratiques… » Elle souligne que la volonté de la Commission est d’adapter la législation existante, pas d’en créer une nouvelle spécifique. « Nous n’avons pas d’échéance à vous annoncer. Mais tout le monde à la Commission est conscient de vos attentes vis-à-vis des insectes. »
Plusieurs représentants de différents pays de l’Union européenne ont ensuite apporté leur témoignage. Keith Millar, responsable de l’alimentation animale à la FSA, Food standard agency, au Royaume-Uni : « Nous sommes une agence d’État qui ne dépend pas d’un ministère mais dont l’activité est uniquement basée sur des opinions scientifiques, précise-t-il. Notre travail est collaboratif et basé sur l’échange, la reconnaissance des opérateurs et leur volonté de répondre aux standards de qualité. Nous avons adopté un système de qualification attribuée aux opérateurs aptes à prouver leur méthode de production, leur capacité à gérer leur risque, à gérer leur traçabilité. Mais cette accréditation peut être perdue en cas de modification des procédures. »

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Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la RAA 688 juillet-août 2015

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