Webinaire Neogen – Protection de l’environnement et des cultures : difficile conciliation

En mai dernier, lors d’un webinaire organisé par Neogen, Pascal Pusset, directeur qualité chez Armbruster, a évoqué les mycotoxines au champ et au stockage avec, en arrière-plan, les conséquences du réchauffement climatique. Il répond à nos questions.

Pascal Pusset, directeur qualité chez Armbruster : « Les animaux présentent des sensibilités variables aux mycotoxines. »

La Revue de l’Alimentation animale : Pouvez-vous nous présenter votre entreprise ?
Pascal Pusset : Basée à Colmar (Haut- Rhin), la société Armbruster exerce plusieurs activités : distribution de produits destinés au monde agricole (semences, fertilisants et santé des plantes), collecte, séchage et commercialisation de céréales (450 000 tonnes). L’entreprise emploie une centaine de salariés.

R.A.A. : Que sont les mycotoxines ?
P.P. : Les mycotoxines sont sécrétées par des champignons au champ ou durant le stockage. Les premières appartiennent à plusieurs familles. Parmi elles, nous avons les trichothécènes, dont la plus connue est la déoxynivalénol (Don), qui occasionne des désagréments gastriques chez les humains. La T2 et la HT2 provoquent des dommages sur les orges. Nous avons aussi la zéaralénone (F2). S’y ajoutent les fumonisines (B1, B2 et B3). Mais nous les analysons sur toutes les céréales, sachant que les principales cultures alsaciennes sont le maïs, le blé, le colza et le soja. Les mycotoxines qui se développent durant le stockage sont l’aflatoxine et l’ochratoxine A. Toutes les deux sont cancérigènes. C’est la raison pour laquelle, en alimentation humaine, leur teneur réglementaire est 500 à 1 000 fois inférieure aux mycotoxines de champ. Nous retrouvons les mêmes coefficients en alimentation animale : 8 000 ppb pour la Don, contre 250 ppb pour l’ochratoxine A et 20 ppb pour les aflatoxines. Quand l’homme consomme des animaux, indirectement, il ingère des mycotoxines. Cependant, les animaux présentent des sensibilités variables à celles-ci. Ainsi, le cheval et le porc sont très sensibles à la Don. Par conséquent, les fabricants d’aliments du bétail définissent des seuils inférieurs à ceux de l’alimentation humaine. Inversement, les ruminants ne sont pas sensibles à la Don puisque la molécule est éliminée dans les selles des vaches.

R.A.A. : Comment procédez-vous pour savoir si les céréales que vous commercialisez contiennent des mycotoxines ?
P.P. : Nous procédons à des analyses avec des kits Élisa. Il s’agit d’une méthode immuno-enzymatique. Nous diluons des céréales dans de l’eau ou du méthanol. Puis nous les mélangeons avec des anticorps de façon à provoquer une réaction colorimétrique. L’intensité de la couleur indique le niveau de contamination. Actuellement, nous sommes en pleine récolte (cet entretien a été réalisé le 29 juillet dernier, NDLR). Nous analysons toutes nos cellules et, selon les résultats, nous destinons la marchandise à l’alimentation humaine ou animale.

R.A.A. : Qu’en est-il de l’ergot et du datura ?
P.P. : L’ergot est un champignon qui se développe au champ sur les céréales à paille. Mais celles-ci ne sont pas égales en la matière. Le seigle et le triticale sont les plus sensibles. En revanche, le blé l’est beaucoup moins. L’ergot se présente sous forme de petites « crottes » noires. Celles-ci sont donc très visibles lorsque nous prélevons des échantillons pour effectuer des analyses. Quant au datura, c’est une mauvaise herbe. Mais elle est également vendue en jardinerie. Or cette plante d’agrément est entièrement toxique : tige, feuilles et graines. Dans notre métier, ce sont surtout ces dernières qui nous ennuient. Ces graines ont des couleurs ocre à noirâtres. Donc, elles se voient lorsque nous effectuons un tamisage. Comme le datura, l’ergot est susceptible de produire des toxines de la famille des alcaloïdes. Celles-ci peuvent notamment provoquer une diminution de la production de lait chez l’animal. De son côté, le datura concurrence la céréale. Les agriculteurs cherchent donc à l’éliminer. Mais il y a un problème : les molécules autorisées sont de moins en moins nombreuses. De même, nous avons de plus en plus de mauvaises herbes sur le bord des routes. Si le datura n’est pas fauché au bon moment, les graines présentes dans le sol germent et repoussent dans les champs voisins. Parfois, protection des cultures et respect de l’environnement ne sont pas faciles à concilier !

R.A.A. : Y a-t-il un lien entre le développement des mycotoxines et le réchauffement climatique ?
P.P. : Sur le blé, la succession de chaleurs et de précipitations lors de la floraison entraîne la présence de nombreux champignons. Cependant, il en existe plusieurs centaines de souches et toutes ne produisent pas des mycotoxines. Dans notre région, en 2019 et 2020, les récoltes étaient quasiment indemnes de mycotoxines de champ. En revanche, en 2021, nous constatons une présence plus importante de celles-ci bien que nous restions sous les seuils réglementaires. S’il est difficile d’établir un lien direct entre changement climatique et mycotoxines de champ, c’est différent pour celles de stockage. Celles-ci se développent s’il y a de l’humidité et de la chaleur. Or l’Alsace est la seule région française à avoir un climat semi-continental avec des étés secs et des hivers froids. Ces derniers nous permettent de ventiler nos cellules afin de descendre sous les 10 °C. L’Italie, l’Espagne ou le sud de la France n’arrivent pas à obtenir des températures aussi basses. Le Brésil et l’est de l’Europe sont confrontés à des mycotoxines de stockage qui sont produites au champ en raison des conditions climatiques. Demain, le réchauffement climatique pourrait avoir un impact sur des souches de champignons qui apparaîtraient plus au champ qu’au stockage.

Propos recueillis par Gilles Hardy

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