Valorex : l’avenir appartient aux filières vertueuses

Début juillet, Valorex présentait les résultats de son programme de recherche Proleval mené sur six ans, qui confirme l’intérêt (zootechnique, économique, environnemental) de rations à base de graines d’oléoprotéagineux certifiées et de qualité, valorisées par un traitement spécifique de cuisson.

De gauche à droite : Guillaume Chesneau, directeur de la recherche et l’innovation, Stéphane Deleau, directeur général et Béatrice Dupont, directrice nutrition animale France.

Si l’élevage industriel repose sur des principes de plus en plus décriés (importation massive de matières premières, déforestation due à la monoculture, refus grandissant des conditions d’élevage par la société…), tous les voyants semblent au vert pour tenter de développer le modèle défendu par Valorex depuis plus de 25 ans, qui repose en grande partie sur la culture locale d’oléoprotéagineux pour garantir une certaine autonomie protéique aux filières d’élevage. À l’occasion de la clôture officielle du programme de recherche Proleval, Valorex présentait à la presse le résultat de cette étude menée sur 6 années et basée sur de nombreux tests et essais terrains (lire encadré). « La fin officielle du programme annonce en réalité le déploiement d’une méthode pérenne pour produire en France des protéagineux profitables aux agriculteurs et aux éleveurs », présente Stéphane Deleau, directeur général. La conscience collective est au rendez-vous, le prix des matières premières s’enflamme, avec « un écart de prix phénoménal entre produits OGM et non OGM qui n’a pas lieu d’être ».
D’autre part, la loi de transition énergétique affichant l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030, dont -18 % pour le seul secteur agricole, a fait apparaître de nombreuses méthodes de décarbonisation en élevage s’appuyant souvent sur l’utilisation d’additifs alimentaires  : « Il est temps de développer une méthode universelle, naturelle et rentable pour tous les élevages », selon les dirigeants de la société combourtillaise.

Remplacer le soja d’importation

Et Guillaume Chesneau, directeur de la recherche et l’innovation, de présenter les grands principes de cette méthode visant à remplacer le soja d’importation : « Il s’agit tout d’abord de structurer la démarche en amont par une filière protéagineuse tracée et de qualité, encouragée par la création de contrats à prix garantis. Ce qui permet par ailleurs aux éleveurs de s’engager de manière ambitieuse et de se projeter ». La phase de transformation consiste quant à elle à valoriser les protéagineux en combinant plusieurs procédés (température, humidité, pression, durée de traitement…), afin d’optimiser les valeurs nutritionnelles et matricielles des g raines d e substitution a u soja. « Trois essais terrain menés chez le porc, dont la ration ne contenait absolument pas de soja, ont permis d’observer une baisse de la mortalité (-2,3 %) et un indice de consommation amélioré ; trois autres essais en pondeuses, avec une baisse significative de soja dans la ration, ont permis d’observer une augmentation du taux de ponte. Chez le poulet de chair, la mortalité recule de 1,84 % ».

En termes d’empreinte carbone, les chiffres laissent rêveurs  : la baisse de CO2 permise par le procédé technologique Prodival ( issu de Proléval) dans un élevage moyen de 4 000 porcs charcutiers ou dans un élevage moyen de 30 000 pondeuses correspondrait à l’équivalent de 15 tours de la terre en voiture !

2 € de marge en porc

En termes de rentabilité économique proprement dite, les gains sont également très intéressants, précise Béatrice Dupont, directrice nutrition animale France : « Sans prendre en compte le contexte économique exceptionnel mais en se basant sur des valeurs plus traditionnelles, la marge par place en porc atteint quasiment les 2 € et plus de 1 € pour la pondeuse. En poulet de chair, la marge pour un bâtiment de 1 000 m2 atteint les 253 €. Les performances zootechniques supérieures et la réduction de la mortalité permettent en effet de générer un bénéfice économique en porc et en poulet de chair, quand la masse exportée et l’amélioration de l’indice de consommation permettent de générer une marge positive en poule pondeuse ».

Méthode labellisée en ruminant

La méthode permet d’aller encore plus loin en ruminant puisque la diminution du méthane s’ajoute à une augmentation de la production : « L’aliment Tradilin permet non seulement de réduire naturellement les émissions de méthane mais de gagner en productivité », indique Béatrice Dupont en précisant que ces résultats font l’objet d’une publication à paraître au congrès européen annuel EEAP qui se tient à Davos (Suisse) en septembre.
« Des perspectives financières peuvent encore venir s’ajouter s’il est prévu de revendre les crédits carbone.» Le système Tradilin vient d’être certifié par carbone Trust; Cap’2ER, outil de diagnostic développé par l’Idele et largement utilisé par les laiteries, a également reconnu les effets de Tradilin. Enfin Valorex annonce participer à la rédaction d’une méthode Label Bas carbone portée par Bleu-Blanc-Coeur sur le point d’être validée auprès du ministère de la Transition écologique.
Le programme Proléval, outre prouver que remplacer le soja d’importation est possible, vise à rendre la filière oléoprotéagineuse solide et pérenne. Valorex va désormais investir 3,5 millions d’euros pour équiper le site de Combourtillé de nouvelles cellules de stockage, permettant la ségrégation des graines en fonction de leur qualité. Le Groupement d’intérêt économique SVP (service de valorisation des protéines) porté par Valorex, Tromelin et Eureden compte déployer sa méthode de valorisation des graines oléoprotéagineuses et espère d’ici dix ans rassembler 3  375 éleveurs et agriculteurs, 15 000 hectares de surface agricole utile, produire 50 000 tonnes de graines oléoprotéagineuses et permettre de réduire les GES de 37 500 t pour la mise en culture de protéagineux et 110 000 t par l’incorporation en nutrition animale. D’autant que le GIE SVP est soutenu par le nouveau plan protéines végétales de l’État. « On nous demande d’accélérer [l’autonomie protéique], on est prêts », indique Stéphane Deleau.

Sarah Le Blé


Chiffres
Proleval en bref

Démarré en 2015, le programme de recherche PROtéagineux, oLEagineux, VALorisation animale vise à mettre en place une filière française de production et de transformation d’oléoprotéagineux (féverole, lupin, pois et lin) pour alimenter monogastriques et ruminants.
Un projet de 17 millions d’euros : 8 M€ pilotés par la BPI (4 M€ sous forme de subventions et 4 M€ sous forme d’avance remboursable) et 9 M€ fi nancés aux deux tiers par Valorex et le reste par Terrena et Dijon Céréales qui font partie intégrante du projet.
6 unités de recherche de l’Inra impliquées
205 itinéraires techniques analysés
72 tests de variétés
2 507 modalités technologiques
1 049 tests animaux

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