Ufab : nouveau silo de stockage d’une capacité de 12 000 tonnes

Après douze mois de travaux, le silo installé à Châteaubourg (35) est en service depuis juillet pour assurer la collecte 2019. Des moyens de stockage performants et innovants ont été créés pour répondre aux besoins et développer l’activité vers de nouveaux débouchés.

Le nouveau silo de l’Ufab est conçu en premier lieu pour assurer un approvisionnement local de son usine d’aliments de Noyal-sur-Vilaine.

Nous sommes à Châteaubourg sur l’axe Renne-Laval, près de Vitré. C’est là où l’Union française d’agriculture biologique (Ufab) a installé son nouveau site de stockage, inauguré le 4 octobre dernier, à deux pas de Noyal-sur-Vilaine où se situe son usine d’aliments. Elle en produit actuellement près de 95 000 tonnes, principalement pour pondeuse, porc et ruminant. Son premier client est la coopérative Le Gouessant, dont l’Ufab est filiale à 100 %, mais pas seulement. Au total 1 500 agriculteurs sont en lien avec le fabricant, pour les services, la collecte ou l’achat d’aliments. La fabrication suit une croissance annuelle de plus de 15 % depuis trois ans. « En dix ans, le nombre de fermes bio a été multiplié par trois dans la région et représente aujourd’hui 11,5 % des exploitations bretonnes », indique l’Ufab. Son autre silo de 6 000 tonnes, également à Châteaubourg, arrivait à saturation. Pour accompagner ce développement il fallait donc investir. C’est chose faite à hauteur de sept millions d’euros avec un outil de précision, « un site unique en Bretagne par sa taille et ses équipements », permettant aussi au fabricant de se diversifier en alimentation humaine. « Cela répond à une demande et un besoin de la collecte, puisque les agriculteurs convertissent des terres en bio, il faut donc qu’on puisse prendre et travailler la marchandise, leur assurer des débouchés, c’est l’objectif premier de ce site, confirme Carine Maret, directrice de l’Ufab. La grande majorité des matières premières stockées sont destinées à notre usine de Noyal-sur-Vilaine pour l’alimentation animale et si des producteurs ont des produits en food dans leurs rotations, nous sommes maintenant capables de les prendre en charge. » La capacité de ce nouvel outil est basée sur un potentiel de 4 000 hectares.

Tout commence au poste d’agréage
Le site, 100 % automatisés, est géré par une équipe de deux salariés. Les agriculteurs peuvent y accéder directement avec leurs récoltes. Ce sont des cultures en pur ou associant une céréale et un protéagineux. Sur le pont-bascule, des échantillons sont prélevés dans chaque benne à l’aide d’une canne-sonde automatique dont le fabricant s’est équipé. « Cela représente 2 à 3 kg de produit avec lequel on peut déterminer le taux d’impureté et la part de chaque matière première dans un mélange », explique Sophie Feron, responsable de la collecte à l’Ufab. Cette étape est réalisée dans la salle d’agréage à l’aide dans ce cas d’un mini-nettoyeur/trieur muni de trois sorties, l’une pour les impuretés, les deux autres pour les produits séparés. « On passe 1 kg de mélange dans la machine pour récupérer nos pourcentages », précise la responsable. Puis chaque matière première passe à l’humidimètre pour définir la nécessité de sécher ou pas. Les poids spécifiques des céréales à paille et les taux de protéines des blés sont contrôlés. Ces différents points permettent de définir les prix payés au producteur. Un plan est également suivi selon différents critères pour contrôler les risques OGM, pesticides ou mycotoxines. La détection d’insectes, type charançon, est un motif de refus. Mais pour parer à cette éventualité, une des innovations du site permet justement de gérer un lot infecté indépendamment du silo. «Depuis cet été, nous avons reçu du triticale, de l’avoine, de l’orge de brasserie, du sarrasin, du colza, du blé meunier, du blé fourrager et cela déclinés en bio et C2, détaille Sophie Ferron, le jour de l’inauguration (1).

Un outil moderne et performant
Pour stocker une multitude de matières premières, le silo possède vingt cellules à fond plat de 420 à 1 200 m3 pour un volume global de 15 000 m3, soit une capacité de près de 12 000 t. Cinq boisseaux de travail ventilés et à fond conique de 90 m3 permettent également de stocker temporairement des produits. « Hier soir, on recevait les premières récoltes de sarrasin et bientôt ce seront les maïs, précise Frédéric Motel, responsable des sites industriels de l’Ufab. Tout ce qui passe ici concerne l’alimentation animale et humaine. C’est pourquoi le site possède du matériel spécifique agréé alimentaire. » Nous parcourons avec lui, en ascenseur, les sept étages qui constituent cette impressionnante tour de 42 m de hauteur pour gérer les produits par gravité, et deux étages en sous-sol. Deux fosses de réception de 40 m3 d’un débit de 200 t/h reçoivent les matières premières (2). Elles sont acheminées par des élévateurs jusqu’au dernier étage puis, un étage plus bas, passent à travers deux nettoyeurs rotatifs. L’une de ces deux lignes, et c’est l’un des intérêts du site, permet de séparer directement à réception les mélanges de cultures, d’effectuer un calibrage ou d’assurer un nettoyage plus précis de céréales sans avoir à passer par d’autres étapes préalables, telles que du stockage. Il s’agit de limiter les manipulations pour préserver la qualité des grains. Une fois triés, ils circulent sur deux lignes de tapis de 60 m de long, assurant à la fois une vidange intégrale des circuits et un transport doux vers le stockage. L’Ufab met en avant la souplesse, l’hygiène et la sécurité sanitaire de son site : aspiration centralisée à chaque étage, prélèvements d’échantillons ou contrôles bactériologiques facilités, cellules de stockage ventilées, munis d’extracteurs d’air et équipées de thermométrie, élévateurs à fond rasant pour éviter les rétentions de produits. Le silo est relié à une tour de séchage comprenant deux séchoirs, l’un en continu, l’autre en re-circulation. Les grains sont conservés à 15 % d’humidité. On mise aussi sur les économies d’énergie. Le silo est doté d’une paroi double peau « pour éviter les chocs thermiques » et de panneaux translucides laissent passer la lumière naturelle. Le séchage au gaz est réalisé avec des brûleurs munis d’économiseurs. Enfin, deux boisseaux d’expédition de 90 m3 alimentés par tapis permettent de charger directement les camions.

Les vingt cellules de stockage sont équipées notamment de thermométrie pour un contrôle permanent de la température.

Accompagner le développement de la bio

Le silo mis en service pour la campagne 2019 stockait déjà à la fin de l’été 5 500 t de céréales bio et C2 collectées auprès d’une centaine de producteurs. En 2018, ils étaient plus de 250 apporteurs, tous sites confondus. Ils pourraient être plus nombreux cette année. « On verra, la collecte se termine en décembre, le bilan n’est pas fait », précise Carine Maret, prudente. Si l’alimentation animale reste de loin, la première activité de l’Ufab, s’y ajoute la collecte d’orge de brasserie, sarrasin, colza, blé ou encore l’avoine de floconnerie pour différents partenaires en alimentation humaine. « Nous collectons déjà du blé meunier, dont nous récupérons le son, et un peu de colza, mais nous souhaitons notamment développer ce dernier pour avoir aussi plus de tourteaux tracés, de même que l’avoinette peut être réintégrée en alimentation animale », signale la directrice de l’Ufab. La philosophie de l’entreprise reste inchangée, celle de se fournir d’abord en céréales locales et rester premier transformateur. Une équipe de terrain accompagne les producteurs pour les emblavements définis un an à l’avance. « On redonne l’intérêt de mettre en place certaines cultures comme l’avoine ou le colza, précise Thomas Mear, technicien cultures et projet de conversion. Plus les rotations sont diversifiées, plus le producteur est sécurisé ». L’Ufab a aussi vocation à stimuler des conversions. « Ce silo est une vitrine bio sur la commune et le secteur, avoue Carine Maret. Il y a quelques jours un jeune agriculteur bio nous a livré sa première récolte de sarrasin. Il nous a confié être très satisfait d’avoir un tel outil à 20 km de sa ferme. Voilà, j’aimerais qu’effectivement cela permettre à des producteurs dans un secteur géographique proche de pouvoir passer en bio, en se disant j’ai un débouché et je vais pouvoir livrer ma marchandise à proximité. » L’entreprise rayonne sur la Bretagne, le nord des Pays de la Loire et les pourtours de la Manche. En 2016, son usine de Craon en Mayenne mettait en place un process pour séparer la protéine de l’amidon pour les légumineuses, sa fabrique d’aliments de Noyal-sur-Vilaine sécurisait l’aliment pondeuse (thermisation) et au printemps dernier dix-huit cellules de dosage des matières premières y ont été installées. Des projets d’agrandissement sont encore annoncés pour 2020. Le site du nouveau silo, prévu suffisamment grand, pourrait d’ailleurs à l’avenir héberger de nouveaux projets.

F. Ripoche

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