Trotec joue l’économie circulaire

Le lancement en 2017 du nouveau site de production d’Albon dans la Drôme permet à l’entreprise belge Trotec de couvrir l’ensemble de l’Hexagone pour produire et distribuer son produit phare, le TrotecQ100, un ingrédient nutritif et énergétique élaboré pour l’industrie de l’alimentation animale à partir de coproduits agroalimentaires.

Depuis plus de cinquante ans, Trotec transforme des produits de l’industrie alimentaire inaptes à la consommation humaine, en aliment pour animaux. « L’entreprise créée en 1968 par mon père à Veurne est partie du principe qu’un coproduit représente une matière première de qualité et non un déchet », affirme Sigrid Pauwelyn, son P-DG qui ajoute que Trotec est synonyme de concept total, recyclage, optimisation, tourné vers l’avenir, écologie en créativité. Et c’est à ce postulat de départ que l’entreprise doit son rôle de pionnier. En développant sa propre technologie et ses propres machines, Trotec est devenu leader du marché, avec deux sites de production représentant un total de plus de 200 000 tonnes par an : Veurne en Belgique et Albon, nouvelle usine lancée en France en 2017 avec un investissement total d’environ 15 millions d’euros. Les deux sites sont spécialisés dans la production du TrotecQ100, un ingrédient nutritionnel destiné à l’alimentation de tous les animaux de ferme sauf les équidés.

Siège de l’entreprise Trotec à Veurne (Belgique). (Crédit : Trotec)

« Notre entreprise familiale s’est développée par étapes », affirme Sigrid Pauwelyn qui nous rappelle plusieurs dates clé. À sa création en 1968, l’entreprise commence par valoriser des écarts de production de chips pour travailler ensuite avec des boulangeries industrielles et autres entreprises de l’agroalimentaire. Puis Trotec engage d’importants investissements en 2009-2010 avec plusieurs objectifs : transformer plusieurs types de produits par la déshydratation indirecte, diminuer la consommation d’énergie et tripler la capacité de transformation qui passe de 35 000 t à 100 000 t. Le succès de l’entreprise est tel qu’elle décide en 2016-2017 d’investir dans un second site de production situé à Albon (Drôme) avec une capacité de production de 70 000 t. « Nous ne pouvons travailler que dans un rayon de 4 à 500 km autour d’une usine, et nous ne pouvions donc couvrir le sud de la France à partir de notre seule usine de Veurne », explique Sigrid Pauwelyn. Valorisant surtout des écarts de production des industries boulangères et pâtissières (50 % de son approvisionnement), le site d’Albon monte chaque année en puissance depuis l’inauguration en 2017 pour produire près de 50 000 t de TrotecQ100 en 2020.

Un produit 100 % fiable

Depuis la collecte des coproduits alimentaires jusqu’au produit final, le process de fabrication du TrotecQ100 s’est régulièrement optimisé et automatisé au fil des années, avec un objectif permanent de qualité. « Nous travaillons avec des fournisseurs audités par nous-même au moins une fois par an, note Sigrid Pauwelyn. Annuellement, 20 % du chiffre d’affaires est investi en R&D. Par notre ambition, nous souhaitons être un pionnier dans chaque étape de notre processus. Telle est la raison de notre force sur le marché. »

TrotecQ100, ingrédient développé et produit par Trotec, nutritif et énergétique, pour l’industrie de l’alimentation animale. (crédit : Trotec)

TrotecQ100 est fabriqué selon les principes HACCP. « Nous sommes certifiés FCA et GMP+, ce qui garantit que tous les fournisseurs de Trotec possèdent des connaissances approfondies dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la gestion qualité », affirme Sigrid Pauwelyn qui précise que l’entreprise s’appuie sur de nombreux partenariats au niveau européen. La résultante de ce process et de cet environnement économique permet à Trotec d’affirmer haut et fort que son produit fini est « 100 % fiable, durable et stable, aussi bien en composition qu’en disponibilité pendant toute l’année ». « À l’aide de notre équipement de haute technologie auto-développé qui consiste en un circuit énergétiquement fermé avec récupération de chaleur, nous assurons une consommation minimale d’énergie tout en maintenant la valeur du produit maximale. Grâce à notre processus de séchage indirect, la qualité microbiologique est garantie et la digestibilité est optimisée », complète Sigrid Pauwelyn.

Par sa composition énergétique et son appétence, TrotecQ100 permet de remplacer d’autres matières premières, telles que le blé, le maïs, l’orge, le soja et même le sucre et l’huile de palme. En fait, TrotecQ100 peut être comparé à une version de graines de céréales habituelles, mais fortifiée en matières grasses (cinq fois plus élevé que le blé et l’orge) et avec un meilleur rendement énergétique. Ces qualités très importantes sont particulièrement appréciées pour l’alimentation des porcs, comme nous l’a expliqué Didier Étienne, responsable achats formulation qualité des Ets Sirugue.

Durabilité et économie circulaire

Trotec était déjà pionnier en durabilité, avant même que le mot « durable » n’existe. « En 1968, quand l’histoire de Trotec commença, nous étions déjà conscients qu’il était important de chérir notre planète, que nos matières premières ne seraient pas inépuisables, commente Sigrid Pauwelyn. Grâce à la fabrication annuelle de 200 000 t de TrotecQ100, une superficie d’au moins 40 000 ha reste libre pour la production de produits agricoles primaires. Ainsi, nous avons une contribution directe et indirecte pour éviter l’importation de matières premières et pour limiter la déforestation. Pour la production d’une tonne de blé, au moins 500 kg de CO2 sont émis dans l’atmosphère. À titre de comparaison, Trotec n’a généré en 2019 que 63 kg de CO2 par tonne pour la fabrication du TrotecQ100. »

La croissance de Trotec est de 10 à 15 % par an et, à ce jour, l’entreprise commercialise TrotecQ100 en Belgique, aux Pays-Bas, en France, au Danemark, en Italie et en Allemagne. Les clients de Trotec sont des fabricants d’aliment ou des éleveurs fabriquant leur aliment à la ferme (Faf).

Pour l’heure, les deux usines de Trotec sont engagées dans le projet européen Life F3 (1,5 million d’euros sur trois ans) dont l’objectif est de développer des technologies innovantes pour transformer les écarts de production et les invendus de l’industrie agroalimentaire en aliments du bétail. Un marché important qui selon l’EFPPA (European former foodstuff processors association) devrait passer de 5 millions de tonnes d’aliment produit en Europe actuellement à 7 millions de tonnes à l’horizon 2025.

Selon la Commission européenne, environ un tiers des aliments destinés à la consommation humaine dans le monde est perdu ou gaspillé chaque année, soit 1,3 milliard de tonnes de denrées, dont 88 millions de tonnes en Europe, et le but de la Commission européenne est de réduire ces pertes alimentaires de 30 % d’ici à 2025 et de 50 % d’ici à 2030. Une initiative à laquelle Trotec entend bien contribuer.

P. Caldier

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