Témoignage de Moulin du Poher : « La nouvelle réglementation aura des impacts très significatifs »

Fabricant d’aliments bio pour animaux, Moulin du Poher donne son point de vue sur les incidences du 100 % bio en filière pondeuse.

Moulin du Poher (Provimi France) est engagé en nutrition animale bio toutes filières depuis 1996. Le fabricant produit actuellement 50 000 tonnes d’aliments bio, dont au moins 75 % concernent la pondeuse. François Boucher, responsable aliments biologiques à Moulin du Poher et Sarah Poirot, chef produit volaille chez Provimi France, évoquent ce qu’ils entrevoient des impacts d’une alimentation 100 % bio en poulettes et pondeuses et des évolutions sur l’utilisation des matières premières dans ce futur contexte.

Contexte et évolutions

Pour François Boucher, directeur de Moulin du Poher, il faudra compter avec des baisses de performances plus ou moins significatives en élevages selon les niveaux zootechniques où se situent les producteurs. « Les conséquences ne seront pas neutres avec des hausses de coûts à tous les niveaux, estime-t-il. La filière devra compenser d’une manière ou d’une autre. 

D’une manière générale, la réglementation bio interdit l’utilisation d’acides aminés de synthèses, certains additifs, comme des enzymes, notamment des phytases. « Les matières premières dont nous disposons sont un peu différentes du conventionnel et très souvent un peu moins digestibles, explique Sarah Poirot. Tout cela créé des aliments dont les nutriments sont moins disponibles pour les animaux. La plus grosse problématique est d’apporter suffisamment d’acides aminés soufrés, pour rappel, la méthionine et la cystine. » Ces acides aminés tiennent différents rôles, intervenant dans la composition des muscles et des plumes et dans diverses réactions métaboliques. « Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’utiliser 5 % de matières premières conventionnelles concentrées en protéines pour nous aider justement à avoir suffisamment d’acides aminés soufrés, en tout cas un minimum, poursuit-elle. Pour demain, il nous faut trouver d’autres solutions qui n’existent pas en bio. »

Les conséquences nutritionnelles

« Pour contrebalancer les carences, la solution est d’augmenter significativement la protéine de l’aliment, mais ce ne sera pas suffisant, souligne Sarah Poirot. Il faudra donc probablement compter avec des baisses de performances, mais aussi beaucoup plus de rejets azotés, donc un impact environnemental non négligeable. » Concernant les poulettes, atteindre un poids cible avant l’entrée en bâtiment pondeuse sera plus difficile à réaliser. « On risque d’avoir une dégradation de l’intégrité digestive avec des fientes plus liquides et de ce fait un moindre confort des animaux. » Pour les pondeuses, les conséquences seront un peu similaires avec une diminution de production d’œufs, une consommation plus importante d’aliments, une petite baisse du calibre, un risque accru de picage. « On sait que des poules en déficit de méthionine ont tendance à surconsommer de l’aliment, en produisant un peu moins d’œufs, précise Sarah Poirot. Nous allons devoir adapter nos programmes nutritionnels. Peut-être qu’on ne trouvera pas toutes les clés. En tout cas il y aura véritablement un surcoût alimentaire à l’œuf. »

Incidences sur les matières premières

« En pondeuse, filière ponte, les conséquences sont très claires à notre niveau, confirme François Boucher. Pour nous fabricants d’aliments, l’arrêt de l’utilisation du gluten de maïs est le fait marquant. Nous allons avoir une hausse prévisible de consommation de matières premières concentrées en protéines dont le tourteau de soja et une suppression pure et dure des protéagineux pour des questions de prix, de teneurs insuffisantes en protéines et profils d’acides aminés. » Les protéagineux resteront consommés par d’autres filières. « En monogastriques, je pense à la filière porcine et un peu la volaille de chair, mais beaucoup moins en pondeuse », précise bien le responsable. Le maïs devrait être un peu moins présent dans les formules, car moins concentré en protéine qu’une céréale à paille. D’ailleurs les impacts des rendements régionaux et nationaux vont être plus importants qu’aujourd’hui sur des notions de qualité des céréales ; d’autant que le lien au sol passera de 20 à 30 % dans la nouvelle réglementation. La part de C2* utilisable baissera, elle, de 30 à 25 %, pour laquelle le fabricant prévoit une baisse de consommation de 17 %. Moulin du Poher réalise des essais de longue durée en 100 % bio. « Nous n’allons pas trahir tous nos secrets, avoue François Boucher. Aujourd’hui, nous avons des idées assez précises sur ce que l’on sera capable de proposer avec des sélections de nouvelles matières premières. Mais cela fera l’objet de discussion avec nos clients. »

F. Ripoche

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