Tecaliman : excellence opérationnelle et performance industrielle

Au travers de deux webinaires, Tecaliman, centre technique dédié aux filières de la nutrition animale et du vrac alimentaire, s’est intéressé aux différents leviers et indicateurs permettant aux usines d’aliments du bétail d’améliorer leurs pratiques et d’optimiser leur production.

Franck Ducatel, président de Tecaliman et directeur des opérations pour Cargill Premix, et Fabrice Putier, directeur de Tecaliman, lors du webinaire Technologie : tendances et enjeux des usines de demain organisé par La Revue de l’alimentation animale le 18 septembre.

Dans le cadre de l’édition digitale 2020 du Space, La Revue de l’alimentation animale a organisé trois webinaires. L’un d’eux avait pour thématique les tendances et enjeux des usines de demain (1). Un sujet abordé avec Franck Ducatel, président de Tecaliman et directeur des opérations pour Cargill Premix, et Fabrice Putier, directeur de Tecaliman. Le premier axe de ce webinaire a porté sur la recherche de l’excellence opérationnelle. Celle-ci désigne l’exécution de la stratégie d’entreprise et se mesure par les résultats. « Il s’agit d’un ensemble de leviers identifiés permettant d’optimiser économiquement ce que l’on fait au sein d’une usine de nutrition animale », résume Franck Ducatel.

La formulation est l’un de ces leviers. « Notre métier évolue, la génétique animale aussi et elle nous amène à repenser la formulation, de manière de plus en plus pointue. L’indice de consommation est un des premiers indicateurs de performance. De même, le client final, l’éleveur, veut acheter le minimum d’aliment tout en ayant la meilleure performance, le plus gros taux de croissance de son animal. Quand on livre une tonne d’aliment, la seule mesure qui existe aujourd’hui c’est cet indice de consommation. Nous voulons donc l’optimiser. Il existe aujourd’hui une grande variation, allant du 1 pour 1 à 1 pour 1,7. »

En usine, cela se traduit par une complexité industrielle. « Nous sommes amenés à utiliser de nombreux produits différents, avec des seuils d’utilisation que l’on n’imaginait pas. De même, le traitement thermique, le broyage, le mélange, etc. : tout cela a un impact sur l’indice de consommation. Notre outil de production en lui-même s’appuie sur des process qui sont individuellement simples, mais qui deviennent de plus en plus complexes car il y a énormément d’intrants. Franck Ducatel l’assure : Nous avons vraiment besoin d’optimiser tout ce que l’on met en œuvre en usine, pour faire en sorte que ce qui est produit continue de répondre aux besoins du client final. Les équipementiers, que ce soit pour les process poudres ou liquides, ont fait d’énormes efforts afin de nous fournir des équipements qui permettent de résoudre cette problématique des formules de plus en plus complexes. Mais il faut absolument avoir une lecture précise de ce qui se passe dans l’usine et analyser les process », souligne Franck Ducatel. Tecaliman s’appuie pour cela sur des outils tels que le diagramme des temps. « Un outil très important quand on est à la tête d’une usine, qui permet de comprendre le process et d’optimiser les sources d’économie, que ce soit en termes de quantité de matière mise en œuvre ou de kilowatt (l’un des premiers postes de coûts de fabrication est l’énergie). »

Pour Fabrice Putier, il faut replacer la nutrition animale dans son histoire : « Les économies font partie de l’ADN de la nutrition animale : la filière est née du recyclage du son de blé. Et elle utilise aujourd’hui, au moins au niveau français, beaucoup de coproduits. Les usines ont aussi été pensées afin de limiter les coûts de manutention, en utilisant la gravité au maximum on économise de l’énergie. De même, la position géographique des usines au plus près des élevages permet la réduction des frais de livraison. Un fonctionnement en 3×8 par exemple et la grande automatisation des sites assurent l’amortissement des installations industrielles. Etc. » Tout cela en ayant toujours comme objectif principal « la nutrition et cette recherche de la performance, vers un meilleur indice de consommation. La performance industrielle au service de la satisfaction des éleveurs ».

Alors concrètement, comment atteint-on cette excellence opérationnelle ? « Cela passe par des machines bien conçues mais aussi des personnels qui savent les utiliser ! Un bon technologue fait partie intégrante de l’excellence opérationnelle, appuie Fabrice Putier. Mais il y a de moins en moins de technologues dans les usines. Tecaliman se veut aussi force de proposition pour la formation professionnelle, pour redynamiser les usines du point de vue de la performance par rapport à son personnel. » L’investissement en formation peut apporter autant aux usines d’aliment du bétail que l’investissement matériel. Franck Ducatel note le turnover important au sein des UNA, avec « près de 80 % de changement sur les cinq dernières années ». En 2018, 18 % des employés avaient moins de 29 ans, 25 % entre 29 et 39 ans et 57 % plus de 39 ans. « Quand on investit dans une machine, on le fait pour longtemps, mais le personnel peut changer : un personnel formé à la conduite des usines fait la performance. »

Publication d’un référentiel

Pour atteindre l’excellence opérationnelle, « il faut également avoir des indicateurs communs qui nous permettent de faire des comparaisons dans le temps ou des comparaisons entre plusieurs sites industriels », indique Fabrice Putier. Tecaliman a ainsi travaillé à l’écriture d’un Référentiel d’indicateurs de la performance industrielle appliqués aux usines de la nutrition animale. Ce guide a été présenté lors d’un autre webinaire (2), le premier organisé par Tecaliman, autour des outils indispensables à la performance industrielle. Pour aborder ce sujet, François Lucas, référent Tecaliman sur les questions d’efficacité énergétique, de performance industrielle, de risques industriels et d’enjeux environnementaux, et Christophe Etoré, responsable des usines Eureden de St-Allouestre et Broons.

François Lucas, référent Tecaliman sur les questions d’efficacité énergétique, de performance industrielle, de risques industriels et d’enjeux environnementaux, et Christophe Etoré, responsable des usines Eureden de St-Allouestre et Broons, pendant le webinaire A la recherche de la performance industrielle : Quels sont les outils indispensables ? organisé par Tecaliman le 22 octobre.

« La performance industrielle fait référence à la capacité de l’entreprise à garantir ses résultats, du fait de son organisation, en satisfaisant les exigences clients. Elle vise à optimiser les fonctions opérationnelles d’une entreprise, dans un objectif de : réduction des coûts de fabrication, gain de productivité, maîtrise qualité, amélioration de la maintenance et des conditions de travail, définit François Lucas. Le cœur de la démarche est l’élimination du gaspillage au sens large. Toutes les opérations qui ne créent pas de valeur ajoutée au produit et à la satisfaction client sont une perte (exemple : fonctionnement à vide). » La performance industrielle repose sur d’autres principes : autonomie des équipes, management participatif, retours d’expériences. « Tout le monde doit être impliqué. Son pilotage repose sur un ensemble d’outils pour mettre en place une démarche de progrès. »

« À son échelle, Tecaliman y participe, notamment via le référentielÀ bientôt quarante ans d’existence, il a initié et réalisé de nombreux travaux (au travers de ses programmes d’étude, prestations de services, ou différents groupes de travail) qui ont contribué à mettre la profession sur les rails de la performance industrielle. Ce référentiel est le prolongement logique de certains de ses travaux menés depuis une trentaine d’années sur l’optimisation et la caractérisation des dépenses et performances énergétiques des usines. La performance industrielle n’est donc pas un enjeu nouveau, mais il est particulièrement d’actualité. »

Le référentiel, réalisé avec le soutien de l’Ademe, est construit sur le retour d’expérience de Tecaliman mais aussi de groupes de travail et de témoignages d’industriels. Il sera publié sous la forme d’un bulletin spécial. Il regroupe des indicateurs de performance énergétique, de productivité, mais aussi économiques et environnementaux. « L’objectif est que les différents acteurs de la profession parlent d’une voix commune et s’entendent. Il va servir à donner un vocabulaire et une terminologie commune, précise François Lucas. Sur le terrain, il y a parfois des confusions ou approximations autour de certaines grandeurs physiques utilisées, par exemple Kilowatt au lieu Kilowattheure, l’une est une notion de grandeur de puissance, l’autre de grandeur énergétique, une donnée instantanée et l’autre une donnée qui intègre le temps. Il peut aussi y avoir des confusions autour des notions de débit, chacun peut avoir sa propre définition, on ne sait pas toujours à quel temps se rapporte ce débit. Or la consommation énergétique et les débits sont des indicateurs de base pour caractériser, mesurer la performance des procédés de fabrication. » Tecaliman souhaite continuer d’explorer et de renforcer son champ d’expertise de la performance industrielle et lancera prochainement un programme d’étude destiné à évaluer l’intérêt et l’adaptabilité des principaux outils existants pour le secteur de la nutrition animale. Un premier atelier sera organisé début 2021.

E. Mouraud

(1) Webinaire Technologie : tendances et enjeux des usines de demain, disponible en replay sur le site de La Revue de l’alimentation animale.

(2)  Webinaire A la recherche de la performance industrielle : Quels sont les outils indispensables ?, disponible en replay sur le site de Tecaliman.

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