Space 2019 : focus sur l’aquaculture

Le Space a, pour cette édition 2019, souhaité s’affirmer sur la scène internationale comme une des dates incontournables pour le secteur, en plein développement, de l’aquaculture. Les acteurs de la filière ont répondu présent, notamment lors d’une conférence dédiée au savoir-faire des entreprises françaises en alimentation et nutrition animale.

L’un des objectifs du Space pour cette édition 2019 était de permettre aux exposants et aux visiteurs intéressés par la thématique aquaculture de se rencontrer et d’échanger. « De nombreux exposants disposent en effet d’une offre destinée à la production de poissons et de crevettes mais ne la mettent pas en avant du fait d’une image très terrestre du Space », ont expliqué les organisateurs. Cette volonté s’est accompagnée d’un catalogue spécifique de l’aquaculture, « de la nutrition à la génétique en passant par le matériel. Cette démarche a permis aux visiteurs intéressés par l’élevage des animaux aquatiques d’identifier rapidement et facilement les stands susceptibles de les intéresser ».

Guillaume Le Reste, d’Halieutica, a animé cette conférence.

Des visites en lien avec l’aquaculture ont également été proposées, ainsi que deux conférences « pour permettre au public de découvrir les nouveautés et les grandes tendances des productions aquacoles ». La première demi-journée, baptisée « Feeding for Profit » a d’ailleurs affiché complet. Organisée en partenariat avec Aquafeed.com, elle était destinée aux visiteurs internationaux et français intéressés par l’export et avait pour principal sujet les évolutions des aliments utilisés en aquaculture. La seconde conférence, organisée en coopération avec Halieutica, a permis d’aborder le savoir-faire des entreprises françaises en alimentation et nutrition animales dans le domaine de l’aquaculture.

Première intervenante de cette conférence, Marie Lesueur, directrice adjointe du pôle halieutique Mer et littoral de l’Agrocampus Ouest, a présenté l’établissement et ses différentes formations, soulignant qu’« il s’agit du seul campus français à compter un pôle halieutique mer et littoral ». Celui-ci fédère des enseignants-chercheurs, au service de projets de formation, de recherche et de transfert, dans le domaine de l’exploitation des ressources vivantes aquatiques, en intégrant à l’amont la préservation des écosystèmes et l’aménagement des milieux maritimes et continentaux, et à l’aval, les filières de production et de valorisation, et l’ensemble des usages des milieux aquatiques. Y sont proposés un master en biologie spécialisation sciences halieutiques et aquacoles (SHA), « avec quatre options dont l’option aquaculture » ainsi qu’un master d’économie appliquée parcours agriculture, mer, environnement (E2AME), « avec des enseignements sur les sciences de la mer et l’écologie marine et halieutique ». Le pôle s’appuie sur une plateforme située à Beg Meil, dans le Finistère.

Matrice de formulation en ligne

Pierre Fortin, spécialiste des espèces aquacoles, a ensuite présenté la branche aquaculture de la firme-services Techna, récemment baptisée Aquaneo (anciennement Aqua Techna). Prémix, solutions additives, spécialités nutritionnelles : « Des solutions concrètes et innovantes pour les fabricants d’aliments et éleveurs de poissons marins, crustacés et poissons d’eau douce ». Elles s’appuient sur quatre axes : gestion des risques sanitaires, amélioration de la digestibilité des aliments, contrôle des mycotoxines, optimisation de la croissance et de la performance. « Pour ce dernier point, nous avons développé Aquaviance, un concept révolutionnaire mis au point pour améliorer la croissance et les performances zootechniques. » Il s’agit d’un mélange de plantes aromatiques, d’huiles essentielles et de prébiotiques « utilisés dans le but de stimuler les fonctions digestives, contribuer à un bon équilibre de la flore intestinale et améliorer l’efficacité alimentaire ». La gamme Aquaneo s’appuie sur trois autres produits phares : « Perfostim, additif composé d’un probiotique et d’un mélange d’antioxydants, de vitamines et de minéraux, conçu pour améliorer la résistance au stress, stabiliser la flore microbienne intestinale et augmenter les performances. Calci-S, conçu pour aider l’organisme de la crevette à se remettre du stress généré par la mue. Et Actilip, un émulsifiant conçu pour améliorer la digestion des lipides et des composés liposolubles chez les espèces aquatiques. »

Pierre Fortin a également mis en avant « une offre de services adaptée aux exigences nutritionnelles de chaque espèce ». Avec notamment le logiciel Blackbox, « notre matrice de formulation en ligne. Une riche base de données, qui permet de mettre en place des équations de calcul (propres à Aquaneo) des valeurs nutritionnelles d’environ 70 matières premières. L’intérêt est d’ajuster ces valeurs afin d’optimiser l’utilisation des matières premières pour la formulation. Les données sont ajustées en permanence avec les dernières recherches sur l’évaluation des matières premières menées par les experts de Techna (essais de digestibilité, tests zootechniques, données bibliographiques, etc.). À n’importe quel moment, en quelques clics, la demande de matrice est prise en compte et les résultats arrivent directement par e-mail, sous la forme d’un fichier de données compatible avec le logiciel de formulation du client ». Aquaneo assure également un appui technique lors de problématiques spécifiques liées au process.

Saponines et algues

La présentation suivante portait sur la gestion de l’ammoniac en aquaculture. « L’aquaculture a un impact direct sur l’environnement des élevages, due principalement à l’alimentation des poissons et crevettes et aux rejets d’ammoniac et de déjections dans les eaux environnantes, explique Pierre Caillis, chef produit chez Nor-Feed. La valorisation de l’alimentation est un objectif majeur pour cette production. Nous répondons à ces enjeux en développant des additifs 100 % naturels pour l’aquaculture. » Des produits tels que le Norponin Aqua et le Norponin Opti, conçus pour réduire les émissions d’ammoniac du monde aquatique. Ce dernier est « la référence des produits à base de saponines sur le marché ». Il combine des extraits de Yucca schidigera et d’autres extraits de plantes contenant des saponines.

« Les saponines n’ont pas bonne presse en aquaculture et des effets antinutritionnels sont pointés du doigt, souligne Pierre Caillis. Mais il existe plus de 2 000 plantes à saponines et jusqu’à 100 saponines différentes pour une plante. Avec une variabilité de leur activité en fonction de leur structure. Norponin Opti délivre la même capacité hémolytique, les mêmes activités tensioactives et la même capacité de fixation d’ammoniaque que le Yucca. » Pierre Caillis a présenté les résultats d’un essai mené en station sur du tilapia pendant trois semaines. « Aucun effet toxicité et antinutritionnel n’a été observé, mais une baisse significative de l’ammoniac a été notée. De même qu’un gain de poids supérieur et un FCR plus bas. »

Un essai a également été réalisé en crevettes et grégarines avec le Norponin XO2, lui aussi à base de plantes riches en saponines, pour la gestion des protozoaires (maladie parasitaire) et du risque coccidien en élevage. « Après un traitement de trois jours, des diminutions significatives ont été observées dans des bassins à forte infestation, traitement de trois jours (-64 % pool 1, -73 % pool 2). Il s’agit donc d’une solution alternative naturelle efficace. » Nor-Feed travaille au développement de l’application de ses extraits de plantes en aquaculture.

Marie Gallisot, spécialiste feed chez Olmix.

Il y a « une nouvelle vague d’innovation pour l’aquaculture », assure Marie Gallisot, spécialiste feed chez Olmix, qui a également pour volonté de « diminuer les additifs de synthèse, les pesticides et les antibiotiques grâce aux algues ». Marie Gallisot a présenté les propriétés des algues et molécules pour l’aquaculture, comme l’argile intercalée. « Ce matériau hybride breveté est issu de l’association de polysaccharides d’algue et d’argile. Il a des propriétés naturelles d’absorption importantes, ce qui a un intérêt pour la fixation des toxines ou des métaux lourds et aussi l’amélioration du processus de digestion (biocatalyse). » Il entre donc dans la Gamme MTX Aqua, dédié à la gestion du risque mycotoxines en élevage aquacole, « un piégeage sélectif avec un large spectre. Les mycotoxines ont un effet négatif sur la croissance, la survie et l’immunité des animaux et elles provoquent des changements morphologiques chez le poisson. Les pertes liées à une contamination en mycotoxines de l’aliment peuvent donc être significatives en aquaculture et entraîner des pertes économiques sur la production de poisson. En allant plus loin, il s’avère que la contamination de l’aliment en mycotoxines représente également un risque de santé humaine, puisqu’elles peuvent être accumulées dans les muscles et le foie des poissons et ainsi être consommées par l’homme ».

Marie Galissot a également mis en avant le MFeed+ destiné à valoriser au maximum l’aliment ingéré, grâce à l’optimisation de l’activité des enzymes digestives. « MFeed+ associe des argiles avec différents extraits algaux et favorise ainsi le contact entre les composés alimentaires et les enzymes. En optimisant l’efficacité des enzymes dans l’intestin, MFeed+ permet une meilleure utilisation de l’aliment, cette amélioration se traduit par de meilleures performances de croissance et une diminution de l’indice de consommation. » En aquaculture, son utilisation permet une diminution de l’utilisation de farine de poisson, souligne Marie Galissot. Dernier produit développé par Olmix, Algimun, constitué d’extraits de macroalgues, assure le renforcement de l’immunité des animaux et leur résistance au stress. « Des résultats constants sont observés sur le terrain. Nous avons une approche globale de la production aquacole. »

Coproduits marins et hydrolysat

Arnaud Rossignol, responsable technique des ventes Europe pour Diana Aqua était l’intervenant suivant. Diana Aqua, qui fait partie du groupe Symrise, compte six sites de production sur six continents et 11 bureaux commerciaux. « Nos clients sont essentiellement les fabricants d’aliment, en Asie pacifique (45 %), Amérique latine (40 %) et Europe Moyen-Orient (35 %). Nos produits sont destinés aux salmonidés, crevettes et poissons marins. Nous fournissons 25 000 t d’ingrédients pour environ 2 millions de tonnes d’aliments. Nous développons une gamme de solutions durables et naturelles pour l’aquaculture à partir de la transformation, la valorisation des coproduits marins issus de la filière aquacole : têtes de crevettes, foies de calamar, viscères de thon, etc. Des matières premières fraîches, à proximité de nos clients, toutes durables et traçables, des coproduits de l’industrie du food qui arrivent d’usines certifiées Iffors et GMP+. »

Diana Aqua est spécialisé dans l’hydrolyse enzymatique, « pour tirer le meilleur parti de la nature. L’enzyme coupe la protéine et la rend disponible sous forme d’acides aminés libres et de petits peptides spécifiques ayant des propriétés bioactives. Nous assurons un profil peptidique sélectionné et unique, caractérisé et standardisé, pour en maximiser la performance ». La gamme d’hydrolysats fonctionnels de Diana Aqua, Actipal, fournit à l’animal un concentré hautement diversifié de peptides modulant les voies métaboliques afin d’améliorer les performances physiologiques. Elle repose sur deux principaux produits. « Actipal HP1, un hydrolysat de protéines en poudre obtenu à partir de crevettes, pour l’augmentation de la prise alimentaire chez les salmonidés et espèces marines, avec des bénéfices nutritionnels et santé. Et Actipal HL21, hydrolysat de volaille liquide pour l’appétence, en inclusion ou enrobage, à destination du tilapia, poisson-chat, truite. Les bienfaits de nos ingrédients pour la santé sont bien documentés, et de nombreux tests in vivo et in vitro prouvent l’efficacité de nos solutions pour toutes les principales espèces de poissons et de crevettes d’élevage. »

Benoît Thuillier, spécialiste bactériologie chez Labocea, laboratoire d’analyse située à Quimper (Finistère) a ensuite présenté l’offre analytique dans le domaine de l’aquaculture et de la pathologie aquacole. « Labocea, établissement de mission de service public et d’intérêt général, compte cinq sites, 560 employés et plus de 20 000 clients et partenaires pour un budget de 40 millions d’euros. » Il intervient dans les domaines de la santé animale, santé végétale, l’alimentaire, la chimie, la microbiologie, l’eau et l’environnement et assure différentes prestations : prélèvements, collecte et acheminement d’échantillons, formations et intervention, audits, assistance technique, conseil et expertise, fabrication d’autovaccins, métrologie, etc.

« Nous sommes le premier laboratoire de santé animale en France, souligne Benoît Thuillier. Nous intervenons pour les porcs, volailles, bovins, animaux de bassecour, animaux de compagnie, mollusques marins et poissons. En aquaculture et pisciculture, nous procédons aux analyses bactériologiques, examens parasitaires externes, aux autopsies, analyses PCR, analyses histologiques au niveau de l’élevage comme de la faune sauvage, des analyses de la qualité des eaux des piscicultures et aquaculture, etc. » Labocea propose aussi des analyses des aliments pour la nutrition animale : « Profil, contaminants dans les aliments, mycotoxines LCMS-MS, polluants d’origine industrielle, résidus d’antibiotiques, etc. »

Benoît Thuillier, spécialiste bactériologie chez Labocea.

Solutions de démédication

De son côté, le groupe Le Gouessant compte sept usines d’aliments dont une, à Saint-Aaron, près de Lamballe, dédiée à l’aquaculture. « On y produit 23 000 tonnes d’aliments extrudés par an, à destination des poissons d’élevage et d’ornement (salmonidés 47 %, bar et daurade 15 %, étang, pêche ornement 10 %),indique Louis Lesur, ingénieur développement technico-commercial. L’alevinage et le pré-grossissement représentent 15 %, c’est notre spécialité, avec des aliments techniques et santé (microgranulés, protéines, MOS, betaglucan). » Le Gouessant Aquaculture vise les marchés de niche et veut proposer des aliments à forte valeur ajoutée, grâce à une conduite de process spécifique et un engagement marqué pour la durabilité. Avec une attention particulière portée à la sélection des matières premières entrant dans la fabrication des aliments : « Des matières premières 100 % non OGM, biologiques à 50 %, avec une part réduite de farines et huiles de poissons. Nous favorisons les protéines et matières grasses d’origine végétale comme le blé, la féverole, différents glutens, ainsi que des sourcing plus originaux, comme les protéines marines hydrolysées, les algues ou encore les insectes. » Louis Lesur souligne que « la conversion globale des protéines est meilleure que chez d’autres animaux d’élevage, mais le coût est plus important par kilo de poids vif car l’utilisation des huiles et farines de poisson reste de 20 à 30 % dans les formules. »

Louis Lesur a également précisé les différentes caractéristiques des aliments en fonction des espèces et comportements alimentaires, « coulants ou flottants, plus ou moins résistants à l’eau si les poissons s’alimentent en surface ou au fond ». Le couple espèce et lieu d’élevage est également à prendre en compte. De même que l’enjeu environnemental et la dimension santé et démédication. « Nous menons un travail d’approche nutritionnelle pour certaines pathologies (entérite chez la truite, recherches sur les flavobactéries, etc.) et une vraie réflexion de fond sur le modèle digestif. » Le Gouessant Aquaculture compte au total 250 formules de base et 800 produits.

Chez MiXscience, l’aquaculture est « une activité assez jeune, qui a cinq ans environ et compte trois personnes dédiées », indique Stéphane Frouel, responsable projet aquaculture et dernier intervenant, qui a développé la démarche SAHM, de gestion sanitaire durable (Sustainable animal health management). Un programme basé sur cinq piliers : « Bonnes pratiques en élevage, biosécurité, nutrition et immunité, solutions alternatives et utilisation responsable des antibiotiques. » Avec à cette démarche, MiXscience propose« une large gamme de produits et services pour des productions plus durables, visant à réduire l’utilisation des antibiotiques dans les productions animales ». À l’image d’A-Live, un régulateur de flore « en préventif ou curatif » dédié à l’aquaculture. « Grâce à une combinaison spécifique de divers extraits de plantes, A-live contribue à améliorer l’équilibre du microbiote intestinal des espèces aquacoles et à maintenir une santé intestinale optimale. Il régule la croissance des agents nocifs, améliore le taux de survie et optimise le rendement dans des conditions difficiles. Ce produit a donné d’excellents résultats dans différents contextes dans le monde et garantit une baisse de la mortalité, peu importe l’espèce et le pathogène (bactérie, virus). »

E. Mouraud

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