Thomas Dumont. Crédit photo : Adisseo

Sélénite, sélénométhionine, sélénocystéine : que choisir ?

Le sélénium, oligo-élément indispensable, intervient dans plusieurs fonctions telles qu’antioxydante, reproduction, réponse immunitaire, tonicité musculaire, inflammation, etc. Il est disponible sous plusieurs formes : minéral ou organique. Là encore, il existe plusieurs générations de sélénium organique. Alors quel choix est le plus approprié dans les formules d’aliments ? Quelles sont les différences entre chaque produit ? Thomas Dumont, responsable technique et commercial France chez Adisseo, nous éclaircit quant à ces applications.

Thomas Dumont. Crédit photo : Adisseo

Thomas Dumont. Crédit photo : Adisseo

La Revue de l’alimentation animale : D’où provient le sélénium et quel est son mode d’actions dans l’organisme des animaux ?

Thomas Dumont : Le sélénium (Se) provient des végétaux. Leur teneur dépend de la composition des sols. En Europe, les terres sont pauvres en Se, et pour compenser cette faible valeur, les aliments pour animaux doivent être supplémentés. Les besoins connus actuellement sont de l’ordre de 0,5 ppm.

Ce métalloïde qui seul n’a pas d’activité, doit être incorporé dans un acide aminé pour former une sélénoprotéine : sélénocystéine (SeCys). Vingt-cinq protéines différentes contenant de la SeCys ont été identifiées : les glutathions peroxydases (GSH-Px), les thiorédoxine réductases (TrxR), etc. Ces sélénoprotéines interviennent dans de nombreuses fonctions : antioxydante, reproduction, réponse immunitaire, tonicité musculaire, inflammation, etc. C’est ce qui explique le rôle du Se dans la santé des animaux. En outre, les sélénoprotéines sont caractérisées par la spécificité élevée de leurs tissus, elles dépendent de la disponibilité du Se, peuvent être régulées par les hormones et favorisent diverses pathologies si elles sont compromises

La SeCys est considérée comme le 21e acide aminé et la compréhension de la synthèse des sélénoprotéines a largement contribué à la compréhension du code génétique. La SeCys est un acide aminé protéinogène unique en ce sens qu’il est le seul à contenir un micronutriment essentiel (le sélénium) dont la synthèse, la distribution vers les ribosomes et l’insertion dans la sélénoprotéine émergente nécessitent une machinerie synthétique complexe dépendante de l’ARNt.

RAA : Quelles sont les différentes sources de sélénium proposées sur le marché ?

T. D. : L’utilisation d’un sélénium, quelle que soit sa source, est toujours la même et aboutit au dépôt de sélénocystéine. La seule différence est la chaîne de réactions métaboliques plus ou moins longues pour aboutir à ce même résultat. On sait également que le sélénium peut être stocké au niveau des tissus sous la forme de sélénométhionine (SeMet).

On retrouve le Se sous deux formes : organique et minéral (sélénite de sodium). La source minérale a été la première à être utilisée et pendant de nombreuses années. Depuis quelques temps, des séléniums organiques sont proposés, soit sous forme de levures enrichies (contenant environ 60 % de SeMet) ou bien sous forme de SeMet à 100 %.

Le Se minéral n’est utilisé que pour la synthèse de novo de SeCys ou excrété. La voie métabolique de la SeCys implique le passage par une forme appelée sélénide qui est stable dans l’organisme. La SeCys supplémentée dans l’aliment, par le biais des levures par exemple, n’est pas directement utilisée pour la synthèse des sélénoprotéines, celle-ci repasse par la forme sélénide avant d’être retransformée en SeCys pour être incorporée dans les sélénoprotéines.

Les sources de Se organique ont considérablement prouvé leur efficacité à augmenter le dépôt de SeMet dans les différents tissus en tant que réserve de sélénium pouvant être utilisée si nécessaire.

RAA : En quoi la sélénométhionine est-elle intéressante ?

T. D. : Le Se ne peut être présent dans les tissus animaux que sous la forme de SeMet, qui se dépose de manière non spécifique à la place de la méthionine dans les protéines, ou sous la forme de SeCys, qui fait partie des sélénoprotéines comme vu ci-dessus. Tout tissu est donc caractérisé par un taux de SeMet ou de SeCys. Par exemple, le lait entier est riche en SeMet, la SeCys étant la principale forme de Se présente dans le sang des vaches laitières. Chez les poulets et les porcs, la SeMet est plus importante dans les tissus de dépôt, comme les muscles, tandis que l’on trouve plus de SeCys dans les tissus métaboliques comme le foie, les reins et le pancréas. Il a été démontré que les sources pures de sélénium organique (L-SeMet, OH-SeMet) sont plus efficaces que les levures séléniées ou d’autres formes de Se dites organiques lorsqu’il s’agit d’accroître le dépôt de SeMet dans les tissus.

RAA : Vous avez même développé une séléno-hydroxy-méthionine ?

T. D. : La séléno-hydroxy-méthionine (OH-SeMet) a prouvé sa supériorité par rapport à la SeMet puisqu’elle augmente la synthèse de SeCys et enrichit donc les tissus en sélénoprotéines.

La séléno-hydroxy-méthionine (sous le nom de marque Selisseo) est obtenue à partir de sélénium, suite à plusieurs réactions chimiques mettant en œuvre l’hydroxy-méthionine. Ce procédé breveté donne une molécule très pure titrant à 5 % de matière active d’OH-SeMet constituée à 40 % de son poids moléculaire de sélénium : soit 2 %. Proposé sur un support de silice, Selisseo se présente sous forme de poudre blanche dont la taille moyenne de particule est de 215 µ, avec une proportion de fines très faible. Nous possédons des résultats d’une trentaine d’études sur plusieurs espèces telles que volailles et porcs. Des résultats vont également être bientôt disponibles en ruminants.

RAA : Est que les recherches se poursuivent ?

T. D.: Oui comme nous l’avons vu, 25 sélénoprotéines sont référencées aujourd’hui et de nombreuses applications sont méconnues. Les principales actions ciblées sont liées à l’immunité et à l’inflammation mais tout est possible.

Propos recueillis par C. Morice

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