RSE-RSO : une évidence et un investissement pour l’avenir

Cette année 2020 s’inscrit dans l’inédit et nous bouscule à tous les niveaux. Une crise sanitaire qui a poussé les entreprises à se réorganiser et se repenser. Le rapport d’activité 2020 du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) en a fait son point d’honneur en présentant la démarche de responsabilité sociétale dans laquelle il est entièrement engagé. Tour d’horizon avec François Cholat, président du Snia, et Vincent Héral, chargé de mission responsabilité sociétale.

La Revue de l’alimentation animale : Le Snia a mis en avant, lors de son rapport d’activité 2020, son engagement en matière de responsabilité sociétale des organisations (RSO) et des entreprises (RSE). Quand et pourquoi le syndicat a-t-il décidé de mettre en place une telle démarche ?

François Cholat : Beaucoup de travail a déjà été réalisé pour répondre aux attentes des filières, des consommateurs et de la société. Notre secteur est actif. Il sait s’adapter et investir pour mieux faire dans le cadre très exigeant, souvent contraint, qui est le sien.

Depuis toujours, les enjeux de compétitivité, de sécurité et de qualité de nos productions ont conduit le secteur à pratiquer des actions en faveur du développement durable. En s’impliquant dans les projets de filière, dans les actions interprofessionnelles et par notre importante mobilisation au sein de la plateforme Duralim, nous agissons avec nos partenaires dans de nombreux domaines. Citons également les nombreux travaux menés avec nos partenaires sociaux dans le cadre de la convention collective des métiers de la transformation des grains.

De ce premier constat et pour compléter son action, le conseil d’administration du Snia a décidé d’investir dans la construction et l’évaluation d’une démarche de responsabilité sociétale. Le projet Respons, lancé en mars 2020, intègre trois dimensions : l’ambition du secteur de la nutrition animale, les activités du syndicat et enfin, les actions d’entreprises, le tout, sur chacun des domaines qui constitueront notre stratégie de développement durable. Cela nous permettra de construire des réponses collectives, de démontrer que notre secteur est un secteur responsable et d’aider les entreprises à structurer ou compléter leur propre démarche.

François Cholat, président du Snia.

RAA : Concrètement comment le Snia met-il cela en place ?

F. C. : Comme toujours, nos adhérents sont au centre du dispositif. Stratégiquement, ce dossier est suivi et piloté par le conseil d’administration du Snia, considérant les orientations prises en assemblée générale. Une commission responsabilité sociétale permet d’instruire et de coordonner cette stratégie avec les attentes des entreprises. Cette commission, pluridisciplinaire, est composée de dirigeants et d’experts d’entreprises permettant de s’appuyer sur les réalités et besoins du secteur. Au quotidien, Vincent Héral, anime et instruit l’intégration et le déploiement de ce dossier en tant que chargé de mission « responsabilité sociétale ».

Techniquement, tout a commencé par l’exercice d’écriture de notre rapport d’activité publié en mai 2020, Responsabilité sociétale et nutrition animale – État des lieux et rapport d’activité 2020, il est disponible sur notre site internet. Il nous a conduits à débuter un état des lieux des actions de responsabilité sociétale portées par le syndicat. Cette rédaction est structurée selon la norme Iso 26000 et met en évidence l’implication du secteur et les engagements en faveur d’un développement durable de ses activités. Le conseil d’administration et les adhérents ont toujours émis le besoin de mieux valoriser ce qui est mis en place. Caractériser les actions collectives et les engagements sectoriels avec une norme de référence permet de mieux identifier nos forces et nos faiblesses.

Enfin, cette démarche se veut être pragmatique en associant les dirigeants et les responsables techniques pour apporter des réponses précises aux différents enjeux.

RAA : Quels sont les grands domaines d’action qui ressortent de la démarche collective initiée par la filière au niveau national ?

Vincent Héral : La RSE nous invite à considérer et à intégrer les dimensions du développement durable (dimension économique, sociale, sociétale et environnementale) dans nos activités et nos pratiques. Créer de la richesse, en consommant moins de ressources et en contribuant au développement du progrès social et territorial, c’est le quotidien de nos entreprises. La structuration des politiques et actions syndicales sur les enjeux les plus importants des activités du secteur est nécessaire pour maximiser nos contributions.

Vincent Héral, chargé de mission responsabilité sociétale au Snia.

Mon rôle est d’animer la commission responsabilité sociétale avec Stéphane Deleau pour structurer cette dynamique collective avec les attentes des autres filières. Je conduirai également l’évaluation du niveau de maturité RSE de notre démarche permettant d’identifier les forces et les faiblesses du traitement de nos grands domaines d’action.

Le rapport publié en mai 2020 constitue déjà un bon état des lieux avec des exemples majeurs très structurants : sur le volet social, le Snia s’est engagé, en 2017, dans la définition d’une politique de prévention des risques. Un Observatoire de la sécurité en entreprises (OSE) a été mis en place au niveau de la branche et une étude « terrain » permet d’aboutir à la formulation de préconisations d’actions collectives et individuelles, dans les entreprises. Une nouvelle Convention nationale d’objectif avec la Cnam sera prochainement signée. Concernant la sécurité sanitaire, la certification Oqualim, ses évolutions constantes et les travaux menés pour lutter contre les nouveaux risques démontrent une certaine maturité. Duralim à elle seule, témoigne d’un secteur proactif sur des enjeux qui impliquent toute la chaine alimentaire.

Le Snia et le secteur de la nutrition animale agissent dans de nombreux domaines en particulier celui de l’avenir de l’élevage en France. Le projet Respons permettra également d’identifier là où nous devons progresser, là où nous pouvons agir.

RAA : Comment cette démarche est-elle valorisée auprès des adhérents et de la filière ? et du grand public ?

V. H. : Le traitement de ce dossier par le Snia permet d’apporter un nouveau service aux adhérents. La contrainte règlementaire a déjà embarqué les plus grandes entreprises du secteur dans des démarches individuelles de RSE. Les autres entreprises ont tout intérêt à s’intéresser à la RSE. Notre ambition est de donner accès à la RSE à toutes les entreprises du secteur pour développer leur activité. Le Snia leur apportera les outils stratégiques et opérationnels. Le rapport 2020 a démontré que l’accompagnement des adhérents dans la mise en place d’une démarche interne de RSE était une suite logique.

De nombreuses filières françaises s’engagent dans des démarches RSE. Il est important que l’alimentation des animaux tienne sa place dans ces initiatives étant donné son importance à l’interface des filières végétales et animales. Le travail que nous initions permettra de faire le lien avec les démarches de responsabilité sociétale des autres filières et acteurs de la chaine alimentaire. C’est indispensable pour dialoguer, alimenter et interagir sur nos modèles de développement.

RAA : Quelles sont les prochaines étapes de la RSO-RSE à mettre en place par le syndicat pour ces prochains mois ?

V. H. : Structurer une démarche de responsabilité sociétale, en considérant les attentes des différentes parties prenantes, en construisant une démarche collective et en considérant les réalités économiques du terrain, prend un temps nécessaire. Aujourd’hui, nous faisons l’état des lieux des enjeux sectoriels (économiques, sociaux, environnementaux et sociétaux) et des bonnes pratiques mises en place par le secteur et ses entreprises. La commission responsabilité sociétale est également à la manœuvre dans la définition et la cartographie des enjeux de demain. Les orientations seront débattues lors de l’assemblée générale du Snia reprogrammée le 16 septembre 2020. À l’issue de ce diagnostic, nous construirons notre stratégie, caractérisée par des axes d’engagements ; notre feuille de route RSE pour les années à venir.

L’objectif central du projet Respons est de faire évaluer notre travail par un organisme indépendant permettant de déterminer le niveau de maturité de notre démarche de responsabilité sociétale. Cette évaluation permettra également, d’identifier les points forts et les points faibles de notre démarche, pour l’inscrire dans une démarche de progrès. Nous espérons présenter les résultats de l’évaluation du projet Respons, lors de l’assemblée générale du Snia les 20 et 21 mai 2021 à l’occasion des 50 ans du Snia.

RAA : Comment voyez-vous l’évolution de la RSE à travers notre filière de nutrition animale ?

F. C. : La RSE est un modèle de développement des entreprises et des organisations qui prend de plus en plus d’importance. Les attentes des parties prenantes, les contraintes règlementaires, l’impact de certaines activités et la structuration de nouveaux modes de management ont fait évoluer structurellement des secteurs d’activité.

Intégrer la RSE permet de répondre à certaines attentes de marché. C’est une tendance que nous ne pouvons ignorer : des entreprises responsables évoluant et agissant ensemble dans une société responsable. Assurément, la responsabilité sociétale des entreprises dans son approche de performance globale créatrice de valeurs partagées, nourrie d’un dialogue serein avec les parties prenantes de l’amont et de l’aval peut participer à la transformation de nos relations commerciales dans les années à venir.

Caroline Villéger

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