Quel avenir pour l’élevage en France ? Le Snia répond au sensationnalisme par la pédagogie

En cette fin d’été 2019, la forêt amazonienne en feu est au cœur de l’actualité. Les flammes qui dévorent le poumon de la planète apportent sur le devant de la scène la question de la culture du soja et de son utilisation dans la nutrition animale et interrogent sur l’activité même de l’élevage. C’est dans ce contexte que le Snia a décidé de prendre la parole pour exposer ses arguments et exprimer sa vive opposition au discrédit dont l’élevage et les filières animales font l’objet aujourd’hui.

À la tribune pour répondre aux questions des journalistes, de gauche à droite : Jean-Michel Boussit, vice-président du Snia, Pascal Pringault, président de l’association régional So’Fab et membre du bureau du Snia, François Cholat, président du Snia, et Ludovic Michel, vice-président du Snia et président d’Oqualim.

« Le monde de l’élevage subit des attaques de plus en plus fréquentes et violentes, constate François Cholat, président du Snia, Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale. Intrusions illégales sur les exploitations, reportages à charge, actions violentes envers les boucheries, etc. Nos détracteurs utilisent des armes extrêmement efficaces, en faisant appel aux sentiments, à l’émotion. Ils ne rentrent que trop rarement dans l’analyse. »

Face à ce militantisme anti-élevage toujours plus agressif, le Snia fait le choix inverse et veut faire œuvre de pédagogie pour présenter sa vision de l’élevage. « Le monde de l’élevage a sans doute tardé à réagir, admet François Cholat. Par pudeur et aussi par peur du bad-buzz, les entreprises de la nutrition animale ont longtemps fait le choix de la discrétion. Nous ne pouvons que constater l’échec de cette stratégie. Il nous semble donc nécessaire aujourd’hui de réagir. »

« Nous avons atteint un point de non-retour dans les campagnes françaises, souligne Jean-Michel Boussit, vice-président du Snia. Nous en sommes à un point où les éleveurs ont désormais honte de révéler leur profession. »

Matières premières et Amazonie en feu

Pascal Pringault, président de l’association régional So’Fab et membre du bureau du Snia, a commencé par souligner le rôle stratégique de la nutrition animale, à la croisée des filières animales et végétales : « L’alimentation animale valorise 75 % des coproduits des industries agroalimentaires de premières transformation, souligne-t-il. Ce sont autant de matières premières qui trouvent une utilité dans un cycle économique et écologique. En ce sens, la nutrition animale contribue à l’économie circulaire. » Il cite les chiffres de l’approvisionnement de la filière : « La nutrition animale française utilise pour 49 % de ses besoins en matières premières des céréales, principalement du blé, à hauteur de 5 millions de tonnes, puis du maïs, pour 2,5 millions de tonnes et de l’orge pour 1 million de tonnes. 42 % de ses besoins en matières premières proviennent des coproduits : en premier lieu, les tourteaux d’oléagineux qui résultent de la fabrication des huiles alimentaires. » Il souligne également que « 80 % des matières premières utilisées pour la nutrition animale viennent de France. Sur les 20 % restant, 8 % viennent de l’Union européenne. Reste 12 % provenant de pays tiers, principalement des protéines dont la France manque ».

À l’heure où la forêt amazonienne en feu fait les gros titres des journaux, les questions des journalistes ne manquent pas sur le poids de la France dans les importations de soja brésilien. François Cholat précise : « Le tourteau de soja est la matière première la plus concentrée en protéine dont nous disposons, nous ne pouvons pas nous en affranchir pour des raisons économiques. » Il révèle que la France importe 3,5 millions de tonnes de tourteaux de soja par an, dont les 2/3 proviennent du Brésil : « Mais nous représentons un très petit marché pour le Brésil, devenu le premier exportateur mondial de soja devant les États-Unis. Le Brésil exporte plus de 80 millions de tonnes de soja. Avec nos 3,5 millions de tonnes, nous ne pesons rien dans ce marché et il est illusoire de croire que nous avons le pouvoir de faire changer les modes de production du soja au Brésil. » Il rappelle les démarches commerciales qui existent dans la profession pour importer du soja non OGM et du soja issu de terrains non-déforestés, mais il souligne combien le marché mondial est désormais drivé par la Chine, premier importateur mondial de soja.

Il explique que la France a divisé par deux le volume de ses importations de soja au cours des quinze dernières années : « La recherche agronomique nous a permis d’incorporer de plus en plus de tourteaux de colza dans nos formules. La recherche zootechnique nous a aussi permis de gagner en efficacité alimentaire afin de faire consommer moins d’aliments aux animaux pour un niveau de production équivalent. » La profession a été sollicitée par le ministère de l’Agriculture dans le cadre de l’élaboration d’un plan d’action européen sur les protéines soutenu par seize États membres. « Nous devons rendre notre copie en octobre afin de permettre au ministère d’élaborer sa stratégie nationale », explique François Cholat. Les plans protéines qui se succèdent en Europe n’ont pas encore permis aux sojas locaux d’être compétitifs, ni pour les agriculteurs qui sont peu nombreux à le cultiver, ni pour les industriels qui ne peuvent, sauf cahier des charges spécifiques, les valoriser dans leurs formules.

Rouages économiques

Pascal Pringault insiste sur le poids de la filière de l’élevage sur les emplois en France : « 884 000 emplois dépendent des filières d’élevage en France, dont 415 000 emplois directs. Ce sont des emplois qui participent au dynamisme des terroirs. » François Cholat rajoute : « Les éleveurs et les entreprises qui les accompagnent sont des rouages essentiels de notre société. La disparition de l’élevage voulue par nos détracteurs conduirait à un choc sans précédent sur le dynamisme de certains territoires. »

Ludovic Michel, vice-président du Snia et président d’Oqualim, illustre la manière dont la profession prend en compte les attentes sociétales : « La sécurité alimentaire a été une très forte préoccupation de la société dans les années 2000. Nous y avons répondu avec notre démarche Oqualim qui certifie les sites de production et surveille les plans de contrôle. Nous avons su nous adapter pour accompagner la montée en gamme et la différenciation des filières, que ce soit dans des démarches certifiées officielles ou via des référentiels privés. Dans nos usines, en vingt ans, le nombre de formules a ainsi été multiplié par 5, voire 10 selon les schémas de production. Ce n’est pas simple. Cela implique de nombreuses contraintes pour nous mais nous nous adaptons. » François Cholat précise : « La production d’aliments composés pour l’agriculture biologique a connu une croissance de +23 % l’année dernière. »

Ludovic Michel présente la plateforme Duralim et explique comment les entreprises de la nutrition animale s’y engagent pour la durabilité de leurs matières premières. Il détaille le plan d’action engagé sous l’égide de Duralim pour le soja : « Au niveau français, nous encourageons le développement de la production de soja local. Au niveau européen, nous participons à l’évolution des lignes directrices de la démarche soja responsable au sein de la Fefac. Vis-à-vis du Brésil, nous quantifions les impacts de nos importations sur la déforestation et la conversion des terres et nous identifions les actions efficaces pour développer l’offre en soja responsable et en faire un standard du marché. »

L’agri-bashing : porte ouverte aux importations

Pour le Snia, il existe un véritable danger à dénigrer l’élevage national et les produits animaux qui en sont issus et qui se traduirait par la perte de parts de marché. Il illustre ce risque : « Depuis le début de l’année, le secteur de la volaille a baissé de -5 % tandis que la Pologne dans le même temps gagne +5 % de part de marché sur le marché français. Ce n’est pas acceptable d’un point de vue économique. Nous sommes des entrepreneurs, nous acceptons la concurrence à condition qu’elle se fasse à armes égales. Ce qui n’est pas le cas. Nous sommes sans arrêt défavorisés et tous nos efforts sont anéantis par des communications irresponsables. Nous pouvons accepter la compétitivité si elle se plie aux mêmes règles que nous. » Pascal Pringault rappelle le différentiel qui existe entre les déclarations des consommateurs et la réalité de leur comportement : « Certes le flexitarisme devient une réalité mais il n’en reste pas moins qu’à côté des viandes de très grande qualité que le consommateur privilégie, il existe une demande pour des produits carnés qui entrent dans la composition des salades, des sandwichs et autre pizzas… et ces marchés-là risquent de nous échapper si nos filières ne sont pas compétitives. À trop opposer les systèmes, on risque purement et simplement de laisser la porte grande ouverte aux produits importés qui ne répondent pas du tout aux mêmes standards de production. »

Pour Pascal Pringault et Jean-Michel Boussit : « Le monde de l’élevage a montré son adaptabilité et sa capacité à se réinventer. Nos pratiques vont continuer à progresser pour se perfectionner en fonction du bien-être animal, de la qualité de vie des éleveurs et de l’impact environnemental, et de toutes les demandes sociétales. » Et tous de conclure : « Nos activités, élevage comme nutrition animale, génèrent moins de 1 % de résultat net tous les ans. Nous nous battons parce que nous avons la passion du métier mais il faut que notre passion soit respectée. »

Françoise Foucher

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