Protéines végétales : lancement de la stratégie nationale

Après un an de concertation, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, a présenté, mardi 1er décembre, la stratégie nationale sur les protéines végétales. Un plan ambitieux salué par les filières.

La France n’est aujourd’hui pas assez autonome dans sa production de protéines végétales, qu’elles soient à destination de l’alimentation animale ou humaine. « Nous devons impérativement regagner en souveraineté agroalimentaire et cela ne peut se faire sans le développement d’une production française », a assuré le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, lors du lancement de la stratégie nationale en faveur du développement des protéines végétales. Fruit d’un travail conjoint mené pendant près d’une année avec plus de 350 acteurs (experts, chercheurs, professionnels, entreprises, associations de défense de l’environnement, etc.), elle « répond à cet enjeu majeur à horizon dix ans ».

Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Elle vise à réduire la dépendance française aux marchés mondiaux et aux importations, en particulier de protéines végétales sud-américaines comme le soja. Elle constitue ainsi une réponse au défi climatique : « En plus d’affaiblir notre souveraineté, les importations de soja depuis les pays tiers peuvent être responsables de la déforestation, de la dégradation forestière et de la destruction d’écosystèmes naturels dans certains pays producteurs. Parallèlement, cultiver des légumineuses favorise la biodiversité des campagnes françaises : ayant une capacité à fixer l’azote de l’air et le transformer en azote directement utilisable par les plantes, elles permettent de réduire le recours aux engrais azotés. » Le développement sur le territoire de protéines végétales assurera aussi un débouché supplémentaire aux agriculteurs« en leur permettant de répondre à de nouveaux segments de marché, de réduire leurs importations en intrants et en diminuant leur exposition à la fluctuation des cours mondiaux du soja ». Le plan répond aussi à « la nécessité d’accompagner la transition alimentaire, les légumineuses pour l’alimentation humaine faisant désormais partie des nouvelles recommandations nutritionnelles et connaissant une forte croissance de la demande ».

Des moyens financiers « inédits » seront mis en œuvre pour commencer le déploiement de ce plan à horizon deux ans, qui sera amorcé par le plan France Relance à hauteur de 100 millions d’euros, auxquels viennent s’ajouter les investissements du 4e Programme d’investissement d’avenir (PIA4) et de Bpifrance. Pour lancer la dynamique, un premier axe est engagé, autour de trois priorités : réduire la dépendance aux importations de matières riches en protéines, notamment le soja importé de pays tiers ; améliorer l’autonomie alimentaire des élevages, à l’échelle des exploitations, des territoires et des filières ; développer une offre de produits locaux en matière de légumes secs (lentilles, pois chiche, haricots, fèves etc.). Objectif affiché : une augmentation de +40 % des surfaces semées d’ici 2022, soit +400 000 ha.

« Une véritable rampe de lancement »

« C’est une véritable rampe de lancement, se félicite François Cholat, président du Snia. Nous avons participé activement à la mise en place de ce plan et avons été entendus. Nous ne pouvons qu’exprimer notre satisfaction. » La nutrition animale est « volontaire pour avancer ». Elle travaille à maximiser les solutions apportées par le végétal et l’animal, « sans concurrence », pour des aliments performants et des solutions sur-mesure apportées aux éleveurs, et agit déjà au travers de plusieurs projets, déposés dans le cadre du Plan de relance : contractualisation avec les producteurs de matières premières, valorisation des protéagineux cultivés, soutien au développement d’outils de transformation, de stockage et recherches variétales. « Pour qu’elle soit couronnée de succès, cette stratégie nationale nécessite d’investir dans la R&D, notamment pour de nouvelles variétés et techniques de production, de développer des moyens de stockage et de transformation pour construire des filières viables économiquementIl est impératif d’avoir une approche territoriale et compétitive dans la stratégie protéines végétales françaises, de renforcer les filières locales souvent plus coûteuses pour ne pas les fragiliser au profit d’importations. »

François Cholat ajoute : « Cette stratégie est ambitieuse, mais il faudra du temps pour la déployer et les engagements de l’État ne permettront pas de remplacer la totalité des importations nécessaires pour nourrir l’élevage français. »Le président du Snia rappelle que « la France n’est pas le mauvais élève : 80 % des matières premières utilisées en nutrition animale sont d’origine végétale en France et 60 % des besoins en matières premières riches en protéines sont couverts par la production française ».

Agir de l’amont à l’aval

L’interprofession des huiles et protéines végétales (Terre Univia) et la Fédération des producteurs d’oléoprotéagineux (Fop) souscrivent également pleinement à cette stratégie. Notamment car « le ministre a confirmé que, pour atteindre les objectifs de surfaces de légumineuses et de plantes riches en protéines, il était important d’agir sur l’ensemble de la chaine de création de valeur, de l’amont à l’aval de l’exploitation. Dans ce cadre, la recherche-innovation-transfert sur tous les maillons des chaines de valeur, les investissements chez les producteurs comme dans les entreprises aval, ou encore la communication et la formation sont autant d’axes stratégiques auxquels sont affectés des crédits importants issus des aides couplées de la Pac, du Plan de relance, du Programme d’investissements d’avenir ou de la BPI ».

Au nom des acteurs de la filière, Antoine Henrion, président de Terres Univia et Arnaud Rousseau, président de la Fop, ont relevé avec satisfaction l’importance conférée par le ministre de l’Agriculture à tout ce qui permet de favoriser et valoriser le développement des protéines végétales (oléagineux, légumineuses à graines et fourragères) : « Favoriser leur développement implique d’avoir accès aux facteurs de production, les valoriser nécessite de conserver les débouchés existants dont les biocarburants, coproducteurs de protéines, et d’en développer de nouveaux avec une reconnaissance par les citoyens-consommateurs de cette création de valeur. » Pour Arnaud Rousseau, « c’est un travail de fond qui se concrétise. Nous sommes prêts à relever avec ce plan le défi de la production, de la diversité des assolements, de la création de valeur, du développement des filières, de l’accompagnement des exploitations sans opposer ni les secteurs ni les débouchés. Nous serons des partenaires exigeants mais aussi allants. »

Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation

Garantir la compétitivité

La Coopération Agricole (LCA) accueille elle aussi « très favorablement » la stratégie nationale protéines végétales présentée par le gouvernement. Ce plan protéines est « une initiative que LCA appelle de ses vœux depuis longtemps » et l’a inscrit dans sa plateforme de Trente mesures d’avenir comme « un des dispositifs essentiels à la restauration de la souveraineté alimentaire ». Elle note deux avancées « majeures et structurantes » dans cet engagement de l’État : l’inscription de la stratégie dans un temps long avec des objectifs à dix ans et un palier intermédiaire, « qui permet de donner de la visibilité aux opérateurs et leur permettra de construire des dispositifs résilients ». Et l’accompagnement financier de 100 millions d’euros, « moyen indispensable pour concrétiser les projets des coopératives, tant en matière de structurations de filière que d’amélioration de l’autonomie fourragère des élevages ».

Les coopératives, « déjà pleinement investies », se mobilisent pour développer la production de protéines végétales et renforcer le lien animal-végétal sur les territoires : au total 33 projets, portés par 28 opérateurs, ont été recensés par La Coopération Agricole, pour un montant d’investissements de plus de 140 millions d’euros et un besoin d’accompagnement financier estimé à 65 millions d’euros. « Le plan présenté est un levier indispensable pour la mise en œuvre de ces différents projets, susceptibles d’être partiellement ou totalement opérationnels sous 24 mois, en offrant aux opérateurs la capacité à investir rapidement. »

Dans la perspective du déploiement de ce plan, La Coopération Agricole tient à souligner « deux points de vigilance absolue : s’inscrire dans une logique de flux tirés, en s’assurant de répondre aux demandes des différents marchés, seule voie possible pour garantir la compétitivité de nos filières et nos productions, notamment face aux importations » et « pousser cette stratégie au niveau européen (volonté affichée par le gouvernement), notamment au travers des outils de la Pac, afin de s’organiser collectivement entre États membres pour éviter les distorsions de concurrence ». Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole, l’assure : « Fortes de leur maîtrise de l’ensemble de la chaîne alimentaire, les coopératives agricoles et agroalimentaires sont le véritable bras armé du déploiement du plan protéines dans les territoires. »

E. Mouraud

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