Programme Proléval de Valorex : autonomie protéique : on s’y met ?

Valorex livre les résultats de six années de recherche portant sur les protéagineux et leur utilisation pérenne dans les filières d’alimentation animale. Avec pour double objectif de rendre à la France (et à l’Europe ?) l’autonomie protéique perdue et mettre en place une économie circulaire vertueuse où producteurs et consommateurs sortent gagnants.

Si « cultiver la différence » est le crédo de Valorex, son projet de R&D Proléval en est une nouvelle démonstration. Stéphane Deleau, directeur, l’affirme sans détour : « Nous voulons être les pionniers dans l’enjeu de l’indépendance protéique. » Certes les tonnages réalisés par la société basée près de Fougères, en Ille-et-Vilaine, sont bien loin de pouvoir compenser ceux du soja importé pour l’alimentation animale française (3,5 millions de tonnes de tourteaux de soja). Néanmoins la démarche de Valorex attaque de front le défi économique et agronomique que représente l’importation massive de tourteaux de soja. En dehors des ravages de la monoculture intensive au Brésil (sur la santé des populations, la biodiversité, etc.), la dépendance en protéines végétales fragilise bien évidemment les filières agricoles avec la fluctuation des marchés. Et commence à sérieusement déplaire d’un point de vue sociétal. Le « plan protéines », bien que sorte d’Arlésienne européenne, pourrait à nouveau être à l’ordre du jour en France, où l’autonomie protéique a été déclarée cause nationale depuis 2018.

De gauche à droite : Béatrice Dupont, directrice du développement, Stéphane Deleau, directeur, et Guillaume Chesneau, directeur recherche et innovation.

Valorex, a sa petite échelle, entend apporter des bases solides à ce plan : « Cela fait trente ans que nous affirmons que le lin, la fèverole, le tournesol, le colza, la luzerne, le lupin, le soja et le pois métropolitains sont l’alternative au soja importé, rappelle Béatrice Dupont, directrice du développement. En 2015, nous avons démarré un programme de recherche très ambitieux portant sur des procédés technologiques innovants capables d’améliorer la digestibilité des graines oléoprotéagineuses (métropolitaines). » Le fabricant ayant construit son expertise sur la structuration de filières oléoprotéagineuses et sur la mise au point de process dédiés à la cuisson de ces graines, son nouveau programme vise en quelque sorte à combiner ces deux facteurs.

Transférer le modèle appliqué au lin aux autres protéagineux

Parce qu’elle l’a déjà réalisé avec le lin, Valorex s’est intéressée au développement et la pérennisation d’autres filières de protéagineux avec le projet Proleval, notamment la fèverole, le lupin, le pois. Dès les années 1990, le fabricant se concentre sur le lien supposé entre teneur en acides gras poly-insaturé linoléniques (ALA) de la ration des animaux et le profil lipidique de leurs produits (lait, viande). D’où son intérêt pour le lin, particulièrement riche en ALA. En valorisant par ailleurs certaines propriétés nutritionnelles spécifiques de la graine, telles les oméga-3, grâce à un procédé de cuisson breveté, Valorex met sur le marché « un aliment différenciant en nutrition animale ». Une filière soutenant les producteurs de graines de lin avec contrats garantis est mise en place, et le label Bleu-Blanc-Cœur est par ailleurs créé avec un cahier des charges strict. Le fabricant vise désormais à transférer le principe et l’organisation de cette filière pour le pois, la fèverole et le lupin.

« Nous avons établi le développement analytique qui permet de caractériser ces produits comme nous l’avons fait pour le lin, présente Béatrice Dupont. Nous avons réalisé 472 tests variétaux, établi 205 itinéraires culturaux et 2 507 combinaisons technologiques, thermique, enzymatiques. Nous avons ensuite réalisé 1 049 tests animaux. Cela offre une base de données fantastique. »

« Ces itinéraires techniques ainsi que les tests de variété ont été réalisés en collaboration avec les coopératives, complète Guillaume Chesneau, directeur recherche et innovation. La technicité ne pouvant dépendre des fluctuations de prix, nous avons mis en place des prix garantis selon l’approche que nous avions développée pour le lin, c’est-à-dire sur un temps très long. La fourchette de prix indique un prix de vente minimum dans l’intérêt de l’agriculteur et un prix maximum d’achat par Valorex dans l’intérêt des éleveurs. Un contrat négocié au printemps 2019, signé à l’automne 2019, engage l’agriculteur à semer en octobre-novembre pour une récolte en juillet 2020. La livraison pourra se faire jusqu’en juin 2021, soit plus de deux ans après la négociation du contrat. »

Vers une digestibilité optimale

Le bénéfice agronomique permis par la culture des protéagineux participe par la suite aux marges brutes réalisées par l’agriculteur, car la culture d’après gagne en rendement, donc en marge brute. « Un blé qui succède à une fèverole peut générer une différence allant jusqu’à 115 €/ha, par rapport à une rotation classique colza-blé-orge. »

Après la sélection variétale, la troisième étape du projet Proléval a consisté à mettre en évidence les meilleures combinaisons de traitement des graines puis de mettre en service un atelier pilote très modulable comprenant le nettoyage, le fractionnement, la séparation, le traitement hydro-thermique et enzymatique, la cuisson sous pression et enfin le traitement thermique. Les modèles de digestibilité ont quant à eux été étudiés in vitro, in sacco et in vivo. « Le cœur des travaux de recherche a consisté à trouver la mesure de chaque paramètre permettant d’obtenir le traitement le plus efficace pour rendre les graines oléoprotéagineuses le plus digestible possible », résume Guillaume Chesneau. Ces paramètres portaient sur l’humidité (apport en eau et vapeur d’eau), la température (via des actions thermiques et mécaniques), la pression (via des actions mécaniques) et la durée de chaque étape de traitement de la graine.

« Commencer les tests animaux par le poulet était ensuite très ambitieux car c’est une espèce compliquée, très dépendante du soja. Et comme c’est un petit animal nos expériences étaient réalisées au niveau du laboratoire. » Néanmoins, les essais zootechniques menés par la suite ont permis de dégager des indices de consommation au moins équivalents à une ration de soja, avec un impact environnemental moindre. En pondeuses, les performances sont au moins équivalentes à un témoin soja. L’intérêt économique dépend quant à lui du type de filière de valorisation des produits.

La cuisson, un savoir-faire essentiel

Les expériences in sacco ont permis d’obtenir des résultats très intéressants chez les ruminants, confirmant que la technologie de cuisson sous pression peut réduire significativement la dégradabilité de la protéine (20 à 30 points minimum)*. « Ce qui prouve que la cuisson est un vrai savoir-faire qui se maîtrise et dont dépend la qualité finale », souligne Guillaume Chesneau. D’un point de vue économique, la marge sur coût alimentaire dégagée par l’éleveur apparaît supérieure à 77 centimes par vache laitière et par jour.

En porc, le programme s’avère rentable puisqu’il améliorerait la digestibilité de plus de 38 %. Valorex annonce un projet de grande envergure pour cette espèce. « De façon générale, Proléval n’est pas seulement un projet de R&D, il s’agit plutôt d’une méthode pérenne d’agriculture dont l’agriculteur et le consommateur tirent profit », conclut Stéphane Deleau.

L’enjeu de l’autonomie protéique est de taille, et Valorex a le mérite d’apporter des réponses concrètes, réalistes et durables. Or à sa seule échelle, sa production (190 000 t d’aliments et de noyaux extrudés sur une base de 77 000 t de graines cuites) ne permet pas, loin s’en faut de compenser les 3,5 Mt de soja importés. « Mais les cinq sites industriels français licenciés à ce jour pour utiliser le process Valorex de cuisson-extrusion (plus deux sites à l’étranger en Allemagne et en Suisse) devraient être 25 à l’horizon 2025 », annonce Stéphane Deleau. Les priorités affichées par le gouvernement combinées aux attentes sociétales pourraient faciliter la phase d’industrialisation et le développement rapide de filières.

Sarah Le Blé

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