MP_Hyperion-min

Observatoire Hypérion – Bernard Valluis : « Connaître la conformité des produits »

Dans un entretien, Bernard Valluis, président d’Hypérion, Observatoire de la qualité sanitaire des céréales et des
produits céréaliers, a présenté la structure et ses résultats.

Bernard Valluis, président d’Hypérion, lors d’une conférence de presse le 31 mai à Paris. © Hypérion

La Revue de l’Alimentation animale : Comment l’Observatoire de la qualité sanitaire des céréales et des produits céréaliers a-t-il été mis en place et quels sont les enjeux ?
Bernard Valluis : Peu avant les années 2000, sous l’égide de I’Institut de recherches technologiques agroalimentaires des Céréales (Irtac), un plan de surveillance sanitaire des céréales a été mis sur pied. Parallèlement, en collaboration avec Arvalis, la Charte de production agricole française a été mise en place. Depuis, celle-ci est devenue une norme : à la clé, un cahier des charges auquel correspondent des centaines de milliers d’hectares de céréales. Dans le même temps, l’essentiel de l’activité de l’Irtac a été recentré sur le plan de surveillance sanitaire des céréales. De ce fait, en 2015, l’institut a changé de nom et est devenu Hypérion, Observatoire de la qualité sanitaire des céréales et des produits céréaliers.
RAA : Comment cet observatoire fonctionne-t-il ?
B. V. : C’est une plateforme collaborative où chacun des abonnés dispose d’un accès sécurisé pour y importer les
résultats de ses autocontrôles. Sur un couple contaminant-produit donné, par exemple grain de blé/mycotoxines ou farine/métaux lourds, l’adhérent peut comparer ses propres résultats avec ceux « anonymisés » de l’ensemble des autres participants. Hypérion est une association loi 1901 constituée d’organisations professionnelles : ces dernières ont la possibilité d’accéder aux résultats agrégés et anonymisés de leurs membres. Si je prends l’exemple de la meunerie, puisque je suis le président délégué de l’Association nationale de la meunerie française, l’ANMF peut avoir une situation de ceux qui travaillent à l’intérieur de ce secteur. Même chose pour la coopération agricole, le négoce agricole, le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale et Coop de France Nutrition animale. Par convention, nous pouvons également communiquer ces résultats (toujours anonymisés) et en discuter avec les autorités administratives : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et Direction générale de l’alimentation (DGA).
RAA : Combien d’abonnés votre plateforme compte-t-elle ?
B. V. : Soixante-dix-sept et ils représentent 156 entreprises : Arvalis, 9 coopératives, 5 négoces, 51 meuniers, 4 amidonniers, l’Union des semouliers de maïs, 3 seconds transformateurs, 2 firmes de protection des plantes et Oqualim, qui représente 79 entreprises. Les cinquante et un meuniers représentent environ 70 % de la meunerie. Quant aux neuf coopératives et aux cinq négoces, ils pèsent environ 20 % du secteur : nous devons convaincre plus de coopératives et de négoces d’adhérer à notre plateforme. Or beaucoup de ces opérateurs ont des plans de contrôle pour éviter les non-conformités. Au niveau des seconds transformateurs, nous sommes également prêts à en accueillir un plus grand nombre. Par ailleurs, nous avons une convention avec Terre Univia : le même logiciel est utilisé pour les autocontrôles dans le cadre du plan de surveillance des oléoprotéagineux (PSO). La plateforme
peut donc recevoir des entreprises d’autres secteurs.
RAA : Quels contaminants surveillez-vous ?
B. V. : Un comité de pilotage constitué de professionnels détermine les produits nécessitant d’être contrôlés. Cela couvre la totalité des contaminants selon la réglementation fixée par la Direction générale de la santé (DGS) de la Commission européenne : mycotoxines, métaux lourds et résidus de produits de traitement. Par exemple, pour les mycotoxines, jusqu’à présent, on travaillait principalement sur le déoxynivalénol (DON). Si, demain, la Commission
est conduite à réglementer les formes modifiées de mycotoxines, cela nous conduira à élargir la gamme d’analyses.
De même, pour les produits phytosanitaires, nous sommes tributaires des décisions prises par la DGS concernant
leurs résidus. Un certain nombre de molécules disparaissent. Mais un dossier se discute beaucoup : le chlorpyriphos-méthyl. Jusqu’à présent, l’ensemble des résultats montrait que nous étions conformes puisque la limite maximale résiduelle (LMR) était de 3 mg/kg. Or, pour le blé tendre, les pouvoirs publics vont baisser cette LMR à 0,5 mg, soit pratiquement le niveau auquel nous sommes. D’où cette question : quand on fixe un niveau trop bas, faut-il encore traiter ? En effet, le produit n’est plus efficace et on risque d’avoir une non-conformité. Le cadmium sur blé dur est également un sujet de préoccupation.  Autre exemple : le glyphosate. Ce produit est utilisé pour le traitement des surfaces, d’où une faible quantité de résidus sur les produits céréaliers. Pour la période allant de 2000 à 2016, nous disposons de quatre cents résultats d’analyses sur blé tendre et sur farine. 96 % des échantillons analysés n’ont pas été quantifiés : ils se trouvaient sous le seuil de détection. Sur les 4 % qui ont été quantifiés, 90 % étaient à moins de 0,5 mg/kg, soit largement sous la limite maximale autorisée (NDLR : 10 mg/kg). Ce genre d’information ne fait pas la Une des journaux ! Mais c’est le grand mérite des entreprises de connaître la conformité des produits qu’elles mettent en alimentation humaine et en alimentation animale.

Propos recueillis par Gilles Hardy

Entre 2005 et 2016, le nombre annuel d’échantillons mis à contribution est passé de 4 200 à 15 000. Par ailleurs, le nombre d’analyses saisies chaque année est passé de 37 400 en 2005 à 200 000 en 2016.

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de La Revue de l’Alimentation Animale.